Quelques leçons du Burkina Faso

Depuis que nous avons mis le pied en territoire burkinabé, plusieurs éléments nous ont marqués profondément. Maintenant que notre choc culturel est derrière nous, nous sommes désormais en mesure d’apprécier réellement certaines spécificités typiquement burkinabées, au point même de souhaiter qu’elles deviennent une petite partie de nous. Voici quelques leçons que notre expérience des derniers mois nous a apportées.

La gentillesse et l’humour trouvent toujours leur chemin

Au Burkina Faso, on peut tout obtenir en faisant preuve de gentillesse, de patience et d’humour. Par exemple, lorsqu’on désire acheter quelque chose au marché on doit négocier le prix et, ici, la négociation est davantage un processus qu’une fin en soi.

Il s’agit de prendre le temps de discuter et de créer un lien plutôt que de faire baisser agressivement le prix d’un item. Si on se prête au jeu avec le sourire et une pointe d’humour en plus, le succès est garanti.

La langue n’est pas nécessairement une barrière à la communication

À Pô, on parle le Kassem. Cette langue est un dialecte local parlé par moins de 200 000 personnes dans le monde et qui ne ressemble en rien aux langues latines ou germaniques qu’on connait. Pour nous donner une idée, en Kassem, il y a cinq genres (masculin, féminin et trois autres qui nous échappent complètement). Bref, je ne connais pas un traître mot de Kassem à l’exception des salutations et remerciements de base.

À ma grande surprise, j’ai eu une facilité incroyable à créer des liens avec les femmes et les enfants, encore une fois à l’aide des signes, des sons et de l’humour. C’est toujours étonnant de constater qu’on a eu un dialogue sans avoir prononcé une seule parole dans une langue commune. Et à nouveau, un sourire à une signification universelle.

L’ami de mon ami est mon ami

En dehors de nos activités au travail, nous avons eu la chance de parcourir un peu notre magnifique pays d’accueil. Les Burkinabés se sont avérés être un modèle d’accueil et de chaleur humaine. Dans chaque ville visitée, il y avait l’ami d’un ami présent pour nous accueillir, nous prendre sous son aile et s’assurer que nous avions tout ce dont nous pouvions avoir besoin.

L’hospitalité burkinabé est tout simplement légendaire et sans égale. Ici, le concept de famille s’étend bien loin au-delà du lien de sang.

Il n’y a pas de soucis

Cette phrase entendue à un million de reprises pendant les derniers mois m’a amenée à faire le point sur ma propre conception de ce qui constitue un réel problème. Lors d’une conversation avec un ami burkinabé pendant laquelle un des stagiaires a dit : «tu sais, tout le monde a ses problèmes», un gros point d’interrogation est apparu sur le visage de notre interlocuteur : «hein?». Pour lui, il n’y en a pas de problème, il n’y a que des solutions. L’approche fataliste n’est pas celle qui prédomine au Burkina Faso et l’ambiance est généralement assez détendue.

Inch Allah (Si Dieu le veut)

Cette expression aussi fait partie du vocabulaire quotidien de tout bon Burkinabé. Chez nous, au Canada, nous ressentons tous un certain besoin de contrôle. Pour nous sentir en confiance et calme, nous avons besoin de savoir que nous avons la situation bien en main.

Personnellement, le cas contraire tend à me rendre complètement folle. Mais la vérité est qu’il y a des facteurs qui échappent totalement à toute forme de contrôle, comme la maladie ou la température par exemple. On a beau tenter de leur tenir tête et de lutter, rien n’y fait et c’est à ce moment qu’il faut apprendre à lâcher prise.

J’en fais personnellement la quête de ma vie, mais après dix semaines dans un pays où la vie s’arrête dès qu’il y a un brin de pluie et où rien n’est certain, je peux dire que j’ai fait le cours d’été intensif du « lâcher-prise ». Inch Allah, si Dieu le veut, comme quoi il faut parfois laisser certaines choses dans les mains du destin et ça fait du bien.

Ne pas avoir peur de se mouiller

Je baragouine trois mots de Kassem et je danse très mal le jongo (danse traditionnelle des gourounsi, groupe ethnique de la région de Pô). Mais à chaque fois que je suis passée par-dessus la gêne et l’orgueil pour prononcer des syllabes qui ne veulent probablement rien dire ou pour faire des pas de danse qui relèvent davantage de la crise d’épilepsie que de l’expression corporelle, j’ai vécu des moments totalement inoubliables avec les gens de ma communauté d’accueil. Ils riaient bien entendu, mais ils semblaient tellement fiers. Fiers qu’on partage leur culture, qu’on parle leur langue et qu’on danse leurs pas. Comme quoi le ridicule ne tue pas, loin de là!

Le réel défi

Toutes ces leçons ont contribuées à rendre nos vies meilleures pour l’espace de quelques mois. Le réel défi sera cependant de continuer de les intérioriser afin qu’elles deviennent lentement une petite partie de nous.

Après tout, ce n’est pas parce qu’on est de retour à la maison qu’on ne peut pas garder un peu du meilleur du Burkina Faso.

Par Marie-Michèle Thibodeau

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