Alain Rayes : du vert au noir!

Je vous fais parvenir le texte d’une lettre adressée à Alain Rayes cette semaine. Il a eu l’obligeance d’y répondre sur sa page Facebook.

M. le maire,

J’ai 71 ans. J’ai été professeur au Collège de Chicoutimi la plus grande partie de ma vie active. Lorsqu’est arrivé le moment de notre retraite, ma conjointe (native de Victoriaville) et moi (de la région de Québec) avons choisi de nous établir ici. Nous aimions la région des Bois-Francs et souhaitions nous rapprocher de nos familles.

Pas un instant avons-nous regretté ce choix et nous profitons d’une retraite heureuse avec toute la qualité de vie que permet notre nouvel environnement, partisan renommé et modèle du développement durable.

Je ne vous cacherai pas le choc que j’ai éprouvé l’été dernier quand La Nouvelle Union a fait sa primeur autour d’une photo vous affichant fièrement, sur la berge de notre réservoir d’eau potable, avec le ministre conservateur Denis Lebel. Quelle ironie! Plus, en prime, la révélation candide de vos préférences pour les valeurs «conservatrices» et la réaffirmation publique de votre adhésion à ces valeurs tout récemment.

Si votre réflexion présente vous conduit sous la bannière conservatrice, c’est votre droit fondamental. Mais il nous faudra, comme citoyens, juger de cet engagement pour le parti fédéral le plus ouvertement hostile au développement vert (durable) qui nous impose un développement noir (pétrolier), un parti homophobe, opposé à la science, à la justice et l’équité sociale, partisan de la répression vs la réhabilitation des jeunes délinquants, un parti qui semble nier le droit de mourir dans la dignité reconnu légalement au Québec et par la majorité des Canadiens, un gouvernement qui, en dix ans, a transformé la réputation du Canada de pro-paix en celle de faucon pro-guerre et pro-armes à feu.

Si vous décidez de contribuer à la réélection de M. Harper en le faisant profiter de votre image et de vos réalisations comme maire de notre communauté, vous aurez montré votre vrai visage et perdu l’estime – et probablement le vote – d’une grande partie de vos concitoyens. La petite histoire retiendra sûrement de votre vie publique ce revirement du vert au noir comme la démonstration d’une duplicité et d’un opportunisme manifestes.

Je vous conjure donc de bien réfléchir aux multiples critiques que vous avez reçues de vos concitoyens quant à votre candidature éventuelle pour le Parti conservateur.

Je termine en vous suggérant, si ce n’est déjà fait, la lecture du manifeste signé par des centaines de personnalités de tous les milieux et allégeances politiques rendu public par Le Devoir du 7 avril. J’en cite quelques lignes :

«Une noirceur nouvelle se répand sur le Québec. Elle a franchi les portes de notre pays. La pensée unique revient en force et s’empare de notre démocratie […] La science est muselée chaque jour davantage. Le dogme de l’argent, de la croissance à tout prix et de ses impératifs s’empare de la raison. […] Les signaux d’alarme se multiplient. La survie même de notre espèce est mise en cause. Les populations d’espèces sauvages de notre planète ont diminué de moitié en 40 ans. Les océans s’acidifient. Les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère ont atteint un seuil qui nous rapproche de l’irréversible. La science est claire : pour éviter un dérèglement irréversible de notre climat, l’essentiel des réserves de combustibles fossiles doivent demeurer enfouies dans le sol. Extraire le pétrole à notre tour devient carrément immoral dans ces circonstances. Le Québec a fondé sa modernité sur des valeurs fondamentales, dont l’énergie propre et le partage des richesses. C’est ce que nous sommes. C’est ce que nous voulons être. Nous exigeons le respect de cette identité […]»

(Manifeste pour un élan global, Le Devoir, 7 avril 2015)

Sincèrement,

Jean-Noël Ringuet,

Victoriaville

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