Les filles décrochent aussi… pour d’autres raisons que les garçons

Par heleneruel
Les filles décrochent aussi… pour d’autres raisons que les garçons
Au micro

VICTORIAVILLE. On entend bien davantage parler du décrochage scolaire des garçons que de celui des filles. «C’est vrai que les filles réussissent mieux, mais ce ne sont pas toutes les filles! Une sur dix décroche au Centre-du-Québec», remarque Francyne Ducharme, coordonnatrice de la Table de concertation du mouvement des femmes du Centre-du-Québec. Et si les filles décrochaient pour des raisons différentes des garçons? Et s’il leur était plus difficile de raccrocher?

À ces questions, la Table a maintenant des réponses, elle qui vient de dévoiler les résultats d’une étude exploratoire sur le décrochage scolaire chez les Centricoises, intitulée «Raccrocher de toutes ses forces»… puisque c’est l’objectif qu’elle poursuit.

Menée par Julie Raby, la recherche étalée sur un an et demi s’est appuyée sur les récits de neuf femmes ayant abandonné l’école, sur des entrevues de groupe et des rencontres avec des intervenantes.

Différemment des garçons, les filles décrochent de l’école davantage pour des raisons d’«adversité familiale». Les participantes à la recherche ont livré des témoignages bouleversants, a signalé Mme Ducharme, racontant des histoires de violence, d’abandon, de relations conflictuelles, même d’intimidation.

«On n’avait pas vu ça venir! Oui, les garçons vivent aussi de l’intimidation. Mais les filles relient directement l’intimidation à leur désengagement scolaire», note Mme Raby.

La recherche a également mis en lumière que si les filles décrochent – et pour plus longtemps que les garçons – en raison d’une réalité familiale, c’est aussi pour des motifs liés à la famille qu’elles tenteront de raccrocher. «C’est là le paradoxe des mères, la réalité familiale étant à la fois un frein et un moteur», souligne la chargée de recherche.

Des femmes retourneront aux études pour améliorer leur sort. Au Centre-du-Québec, on constate qu’elles ne sont que 40% des femmes non diplômées à occuper un emploi, alors qu’ils sont 60% du côté des hommes à avoir du travail. De Services intégrés pour l’emploi, Annie Perreault a ajouté qu’une précédente étude menée par la Table avait démontré que pour obtenir le même salaire qu’un homme, une Centricoise devait avoir plus de scolarité.

D’autres considérations incitent les femmes à retourner aux études, liées à leurs propres enfants. Elles souhaitent contribuer à la réussite scolaire des enfants, s’offrir en modèles.

Julie Raby constate d’ailleurs qu’est encore grande la part des mères dans le parcours scolaire des enfants. «Diplômer les mères est une voie possible pour lutter contre le décrochage scolaire de tous les enfants. Ça pose en effet la question du rôle du papa, mais on attend encore des mères qu’elles accompagnent leurs enfants dans leur vie scolaire.»

Mme Ducharme dit de ces femmes qui «raccrochent» qu’elles entreprennent un parcours de la combattante, les écueils étant généralement plus importants pour elles que pour les garçons, révèle aussi la recherche.

Cet automne, la Table entreprendra une tournée des organismes de divers milieux, parce que, souligne la coordonnatrice, soutenir le raccrochage scolaire nécessite la contribution de toute une communauté.

On tentera de trouver des solutions, mesures et services pour soutenir le raccrochage. On évoque déjà des moyens comme du soutien financier, le développement de programmes d’école hors les murs (comme le D’École de la rue de Répit Jeunesse), des mesures de conciliation famille-études, de services de garde de logement et de transport.

L’originalité de cette étude mènera la Table au 7e congrès international de recherches féministes qui se tiendra à Montréal en août, a annoncé la coordonnatrice.

Présent à la présentation de la recherche, Lionel Fréchette, président de la Conférence régionale des élus (CRÉ), partenaire financier, a dit qu’il était content que la Table se soucie de ce phénomène du décrochage chez les filles, «dramatique parce qu’il engendre plus de répercussions». Il a aussi ajouté qu’il trouvait «plate» qu’avec la disparition de la CRÉ, la Table perdrait un partenaire pour soutenir ses initiatives.

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