Avec le Burkina Faso, d’autres voies à suivre pour la coopération

Par heleneruel
Avec le Burkina Faso, d’autres voies à suivre pour la coopération
Le fondateur du groupe Song-Taaba (qui veut dire solidarité)

VICTORIAVILLE. Pourquoi soutiendrait-on le Burkina Faso ainsi que les projets de coopération qu’y mène le groupe victoriavillois Song-Taaba avec la communauté de Doulou alors que les États-Unis ont suspendu leur aide à ce pays? À cette question posée par Richard Leroux, responsable du groupe Song-Taaba, Kisito Bado avait une réponse. «Parce que si les états doivent suivre les règles démocratiques générales, les populations, les humains entre eux, suivent d’autres voies de coopération, celles de la sensibilité, des cris du cœur et de la réalité sociale.»

Par Skype et en direct de la capitale Ouagadougou où il s’est réinstallé, Kisito Bado a accordé une entrevue à Ri>La Nouvelle Union à l’heure des grands bouleversements politiques que connaît son pays.

Burkinabè d’origine, citoyen canadien, Kisito Bado a séjourné durant deux ans à Victoriaville (entre 2010 et 2012), travaillant au marketing de la coopérative théâtrale du Parminou. C’est à cette époque qu’il a connu Richard Leroux et qui lui a prêté main-forte pour la création du groupe Song-Taaba.

«L’Afrique a besoin de nous»

«L’Afrique a besoin de nous», dit le Burkinabè de 44 ans, lui qui a pris la décision de retourner dans son pays d’origine, après avoir résidé durant sept ans au Canada (en Alberta d’abord à partir de 2005). Sa formation et son expérience lui procurent ce qu’il appelle un utile «double regard».

«À cheval entre deux cultures», burkinabée et victoriavilloise, il agit comme lien et liant entre le groupe Song-Taaba et la communauté de Doulou pour les projets qui s’y développent depuis trois ans, la création d’un orphelinat et l’implantation d’un fonds de microcrédit.

Parce qu’il est à la fois canadien et burkinabé, M. Bado dit qu’il peut établir des liens de confiance entre les gens de Victoriaville et les villageois de Doulou. Les cultures diffèrent. «Il faut s’adapter à la culture pour créer une relation gagnante.» Il parle d’un trait des Burkinabés qui ne disent jamais non, même s’ils sont en désaccord. «Pour interpréter leurs non-dits, il faut étudier leurs mimiques et leurs comportements afin de déceler leurs besoins.»

Le calme revenu

M. Bado dit que le calme est revenu au Burkina Faso après cette insurrection populaire ayant chassé du pouvoir le président Blaise Compaoré qui s’y maintenait depuis 27 ans. Les activités ont repris, les écoles ont rouvert leurs classes et ne subsisterait qu’un couvre-feu à minuit, par mesure de précaution.

Sans cautionner les gestes posés – incendie de l’édifice de l’Assemblée nationale, par exemple -, M. Bado fait remarquer que le «courroux populaire» était exclusivement dirigé vers le gouvernement.

Il manifeste son optimisme au lendemain de ces événements, a hâte que le pouvoir passe des mains armées à des mains civiles. Il dit qu’un premier pas a été franchi, qu’on sentira, chez le peuple burkinabé, une soif de liberté, de prise en charge. «C’est une nouvelle ère qui commence», dit-il. Et le pays connaîtra une période de balbutiements, après avoir été figé dans le « non-changement» pendant 27 ans.

Il croit aussi que la population de son pays aura moins peur de parler, établira des rapports plus directs avec les pouvoirs administratifs.

Il dit que, justement ces temps-ci, un village comme Doulou a d’autant plus besoin du soutien des Victoriavillois que l’aide des états est suspendue.

D’ailleurs, ajoute-t-il, «les gens de Victoriaville qui sont venus à Doulou ont touché du doigt la réalité du terrain». La coopération entre peuples est nécessaire et doit se placer au-dessus des clivages politiques, poursuit-il. «C’est le moment de multiplier les efforts afin que chaque jour, chaque personne, chaque enfant puissent sortir de sa situation précaire.»

Ebola?

Père de trois garçons, Kisito Bado a hâte de revoir le groupe victoriavillois qui a dû reporter, de décembre à mars prochain, son troisième voyage à Doulou. En fait, c’est davantage la crainte d’Ebola qui avait d’abord incité Song-Taaba à retarder le séjour en terre africaine.

Là-dessus, Kisito Bado précise que le Burkina Faso ne fait pas partie de la zone de l’épidémie et qu’il n’a aucune frontière commune avec les trois pays les plus affectés, Sierra Leone, Guinée et Libéria. Des campagnes d’affichage sont menées dans les écoles et les édifices administratifs sur les règles d’hygiène à adopter. À l’aéroport, des mesures légères ont été adoptées, parce que les avions en provenance des pays affligés sont détournés vers la Côte d’Ivoire, là où on a adopté des mesures plus sévères. Ont aussi été annulés au Burkina de grands rassemblements, comme le Salon international de l’artisanat qui s’y tient tous les deux ans.

Le groupe Song-Taaba a amorcé une nouvelle campagne de financement, laquelle prend fin dans deux semaines. On souhaite amasse 5000 $ pour continuer d’alimenter les projets à Doulou, augmenter entre autres les fonds de microcrédit. Au www.tilt.com/campaigns/campagne-de-financement-songtaaba on peut visionner une vidéo et faire un don en ligne.

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