L’espoir de se rétablir d’une maladie mentale

Par heleneruel
L’espoir de se rétablir d’une maladie mentale
Originaire d'Arthabaska

VICTORIAVILLE. On est souvent prêt à investir beaucoup dans sa santé physique… mais rien du tout pour prendre soin de sa santé mentale, soutient le psychiatre Pascal Lambert-Comeau.

Son diplôme tout neuf, il vient de l’accrocher au mur d’un des bureaux du sixième étage de l’Hôtel-Dieu d’Arthabaska, acceptant de parler de «rétablissement» en cette semaine de sensibilisation aux maladies mentales (du 6 au 12 octobre).

Il n’aurait jamais fait psychiatrie, dit-il, s’il n’entretenait pas l’espoir que les patients puissent se rétablir d’une maladie mentale.

Il n’y a pas de profil, soutient-il, qui rende impossible le rétablissement.

Cette notion de rétablissement a fait son apparition aux Etats-Unis dans les années 1990… au sein même de groupes de patients, rappelle le jeune spécialiste.

Se rétablir, explique le psychiatre, c’est non seulement sortir de l’embourbement d’un trouble mental, se restaurer, mais c’est optimiser son potentiel, retrouver le goût de vivre et la capacité de rêver. «En d’autres mots, on peut reprendre du pouvoir sur sa vie et se retisser un réseau interpersonnel sain.»

Le doc Lambert-Comeau donne l’exemple de la dépression qui, pour certains, a constitué un «cadeau du ciel», une occasion de se redéfinir, de revenir à ses valeurs. Une dépression, explique-t-il encore, c’est, parfois, le signal du corps, une distorsion entre le corps et l’esprit. «C’est ce qui ferait en sorte que certains cancéreux sont dépressifs, d’autres pas.»

Le grand tabou

Il est vrai, admet le spécialiste de 31 ans, que la maladie mentale reste taboue et que les tenaces préjugés peuvent entraver le rétablissement. La maladie est taboue… parce qu’invisible.

Un diagnostic de maladie mentale peut être encore plus difficile à encaisser que l’annonce d’un cancer, croit le psychiatre. «Parce que, généralement, le diagnostic de cancer s’accompagne d’une offre de possibles interventions. Et il y a les gens qui se regroupent autour de la personne atteinte.»

Dans le cas d’une maladie mentale, des patients se replient sur eux-mêmes. «Beaucoup s’enferment dans le déni, s’obstinent à ne pas reconnaître le problème. Refusent l’hospitalisation qui permettrait une intensivité de soins… ce qu’ils ne refuseraient pas s’ils avaient une jambe cassée à trois endroits.»

Le jeune spécialiste considère exercer deux essentielles fonctions. Il joue son rôle médical, d’intervention. Dans sa mallette, il a toutes sortes d’instruments à sa disposition pour intervenir, des médicaments jusqu’aux électrochocs dont on se sert rarement, mais parfois.

Il considère aussi que sa position d’«écoute», celle qui l’a fait choisir cette spécialité, peut induire le changement, le patient détenant une grande part de responsabilité dans son processus de rétablissement.

Oui, la médication atténuera les hallucinations de la personne atteinte de schizophrénie. Mais il lui appartiendra à elle de reconnaître l’existence de son trouble, de se responsabiliser afin de vivre mieux. Tous les toxicomanes n’ont pas de troubles mentaux, mais plusieurs personnes affligées d’un trouble mental tenteront d’en noyer les symptômes dans les drogues ou l’alcool, observe le nouveau psychiatre. Ce qui n’arrange rien et contribue à l’«embourbement».

De bonnes nouvelles

Une personne sur cinq aura une maladie mentale au cours de sa vie, rappelle le psy. Et la maladie ne fait aucune distinction quant à l’âge ou au statut. «Les statistiques restent stables dans le temps, c’est une bonne nouvelle. L’autre bonne nouvelle, poursuit-il, c’est qu’il n’y aura pas une personne sur cinq qui aura une vie misérable en raison de la maladie mentale.»

Les statistiques de reprise en main sont impossibles à tenir, répond-il, le rétablissement étant une affaire expérientielle.

Faisant partie de l’équipe des neuf psychiatres de l’Hôtel-Dieu d’Arthabaska (dont huit pour les adultes), le doc Lambert-Comeau entretient l’espoir que les patients aient un accès plus facile aux soins. Il est plus difficile de se «reconstruire» quand, en raison de son trouble mental, une personne a vu tout son monde démoli.

L’ordonnance du doc Lambert-Comeau

Pour prendre soin de sa santé mentale

Avoir de bonnes habitudes de vie

Avoir un horaire stable

Manger, dormir

Entretenir des relations saines

Avoir le sentiment d’avoir du pouvoir sur sa vie

Faire le point et méditer

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