Percée importante pour vaincre l’Alzheimer

Par carolinemireault
Percée importante pour vaincre l’Alzheimer
Judes Poirier joue un rôle capital dans les recherches sur la maladie d'Alzheimer.

Judes Poirier, un ancien du Collège de l’Assomption (CLA) où il reste impliqué à titre de président de la corporation, est un généticien de renommée internationale qui, depuis des décennies, ne cesse de faire avancer les recherches afin de contrer la maladie d’Alzheimer. Le Dr Poirier, qui a livré les résultats de sa dernière étude sur la maladie lors de la Conférence internationale de l’Association Alzheimer à Copenhague, le 15 juillet dernier, lance un message d’espoir pour la communauté scientifique et aussi pour tous ceux qui peuvent être touchés par la maladie d’Alzheimer.

En 1993, les recherches du Dr Poirier ont permis d’identifier le gène défectueux responsable de la maladie d’Alzheimer, soit l’APO E4. En entrevue avec TC Media Hebdo Rive Nord, Judes Poirier explique : «Dans un premier temps, nous avions réalisé à l’époque que chez les personnes ayant un des parents qui souffraient d’Alzheimer (environ 2 à 3% de la population), un enfant sur deux, soit la moitié de la fratrie, allait développer la maladie. Dans la forme commune de la maladie, 80% des causes sont attribuables à des causes génétiques et 20% au style de vie dans son sens large. Nous avons donc concentré nos recherches sur la génétique et nous avons réussi à faire le lien entre l’APO E4, qui sert à transporter le cholestérol d’une cellule à une autre, et la maladie d’Alzheimer».

Le Dr Poirier souligne que 25% du cholestérol se retrouve dans notre cerveau et qu’il représente 2% de notre masse corporelle. Il ajoute : «[…] Les excès de cholestérol sont habituellement évacués dans les selles, mais comme l’APO E4 est en quelque sorte un gène paresseux, il assure un mauvais transport du lipide qui favorise le développement de la maladie».

Judes Poirier et son équipe de chercheurs ont aussi constaté, avec les années, que certains sujets porteurs de l’APO E4, âgés de 80 à 90 ans, n’avaient pourtant pas développé la maladie. «C’était une découverte importante, même si elle impliquait que nous nous étions peut-être trompés. Mais il y avait aussi une autre possibilité que je me suis mise à explorer, c’est-à-dire que si un gène de risque existait, il y avait peut-être en revanche un gène protecteur et c’est exactement ce que nous avons trouvé avec le HMGCR.»

Un gène protecteur

Vingt ans après la découverte de Judes Poirier et de son équipe sur l’APO E4, qui demeure le facteur de risque le plus important dans le développement de la maladie d’Alzheimer chez un individu, celui qui a développé son intérêt pour la chimie au CLA, en 1975, présentait à Copenhague une nouvelle piste très prometteuse.

«Nous avons découvert que des variantes génétiques spécifiques dans un gène appelé HMG CoA réductase, qui est responsable de la production et la mobilisation du cholestérol dans le cerveau, pouvaient modifier le processus et retarder de près de quatre ans le déclenchement de la maladie d’Alzheimer.»

Par voie de communiqué, la professeure Brigitte Kieffer, directrice scientifique du Centre de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas, explique que cette percée médicale est importante. «Ces derniers résultats génétiques obtenus par l’équipe du Dr Poirier représentent un pas important dans la compréhension de la neurobiologie de la maladie d’Alzheimer, et aussi dans l’utilisation de la génétique pour découvrir une nouvelle cible moléculaire qui réponde aux nouveaux traitements développés.» La découverte de cette variante associée à la forme la plus commune de la maladie d’Alzheimer offre une protection substantielle contre la forme la plus commune de cette maladie, ce qui permettra d’explorer de nouvelles pistes thérapeutiques.

Au sujet d’une médication éventuelle, le Dr Poirier est confiant. «Bien que cela prendra certainement quelques années, ce qui est intéressant, c’est que plusieurs recherches en pharmacologie existent déjà au sujet du cholestérol, puisque c’est un facteur de risque important en lien avec les maladies cardiaques. Nous avons peut-être 75% du chemin de fait avec les recherches de nos confrères, on ne part pas à zéro. Toutefois, un des problèmes auxquels nous ferons face est que tout ce qui a été fait dans ce domaine a été réalisé en fonction de ne pas toucher au cerveau alors que c’est précisément ce que nous devons faire.»

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