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Quand l'escalade devient une véritable passion

David Bouffard a trouvé sa voie


Publié le 7 août 2017

La performance de David Bouffard lors de la qualification à la compétition de la Coupe du monde en Suisse en janvier.

©Gracieuseté

Il y a trois ans, à l'âge de 19 ans, le Plessisvillois David Bouffard a découvert l'escalade. Cette discipline s'est rapidement transformée en passion pour le jeune homme qui habite et travaille maintenant à Québec. Entrevue avec un passionné.

David Bouffard a toujours été actif, s'adonnant à différents sports, le hockey, la natation, le biathlon. «Mon père m'a toujours encouragé dans les sports et m'a fait essayer différents sports, golf, baseball, soccer, pour que j'en trouve un que j'aime», raconte-t-il en entrevue téléphonique.

Mais c'est en participant à une journée découverte, au Mont Grand Morne près de Thetford Mines, qu'il a découvert l'escalade. C'était au cours de l'été après l'obtention de son diplôme d'études professionnelles (DEP) en techniques d'usinage et avant son entrée au Cégep de Lévis.

David Bouffard en pleine action!
Photo Matt Tayo

«Lors de cette journée, j'ai discuté avec un homme de Thetford Mines et ça a cliqué. Il m'a proposé, en après-midi, de me faire découvrir en montagne la vraie escalade. On a fait des falaises d'une centaine de mètres. Vraiment impressionnant, ça m'a donné la piqûre automatiquement», souligne David Bouffard. Dès ce moment, le jeune homme pensait constamment à l'escalade. «Tout l'été, j'ai grimpé», se rappelle-t-il.

Des compétitions

Une fois installé dans la région de la Vieille Capitale pour ses études collégiales, loin de ses amis dans une ville où il ne connaît personne, il cherche à combler ses temps libres. «Il me fallait trouver un sport. Mes recherches m'ont mené au Centre d'escalade Délire à Québec. J'y ai fait une journée d'essai, j'ai tripé», confie-t-il.

David Bouffard profite, le 25 janvier, d'une journée de repos entre les championnats d'escalade de glace de Suisse et d'Italie
Kendras Strich

Le patron du centre n'a pas tardé à lui parler du club compétitif. «Mon niveau d'escalade était très bas comparativement aux jeunes de mon âge de niveau compétitif qui s'adonnent à l'escalade depuis au moins 10 ans. Mais j'ai décidé de m'inscrire», mentionne David, désireux de s'améliorer dans cette discipline.

Ainsi, tout en composant avec le travail et les études collégiales, il ne ménage pas les efforts, s'entraînant à raison de quatre jours par semaine.

Deux mois plus tard, David Bouffard tente le coup et participe, à Montréal, à sa toute première compétition d'escalade, question de constater le niveau des participants. Tout un constat! «C'est inimaginable le niveau très fort des grimpeurs. J'ai terminé dernier, loin derrière», dit-il en toute franchise.

Il sait fort bien tout le chemin encore à parcourir pour parvenir à ce niveau. «Je ne cessais de penser à l'escalade, poursuit-il. À la fin de ma session d'études, ma décision était prise. J'ai annoncé à mon père mon intention de quitter le Cégep et de me consacrer à temps plein à l'escalade.»

Le paternel, surpris, sait que son fils, ayant déjà en poche un DEP, n'est pas mal pris. «Il m'a dit, si cela te rend heureux, vas-y, mais vas-y pour vrai, ne fais pas semblant», relate le jeune passionné.

Journée d'escalade à la fin mars aux Gorges de la rivière St-Alban
Antoine Damour

Dès lors, en plus d'occuper un emploi au Centre Délire, David Bouffard s'est mis à s'entraîner sur une base quasi quotidienne avec un objectif en tête : des compétitions à temps plein! «Je me présentais à toutes les compétitions possibles, peu importe si je finissais dernier. Ainsi, j'ai constaté des améliorations», signale-t-il.

L'escalade de glace

Arrive l'hiver 2015-2016. Un ami lui suggère de tenter l'expérience de l'escalade de glace.

Pas très enthousiaste à l'idée, David Bouffard décide tout de même d'essayer. Une journée marquante dans les Laurentides. «Nous avons fait des voies très faciles de 200 mètres. Je suis tombé amoureux de l'escalade de glace. Cet hiver-là, j'en ai fait le plus possible.»

Et comme il l'avait fait avec l'escalade traditionnelle, le jeune adepte a souhaité, dès le départ, se mesurer aux meilleurs en escalade de glace.

Mais, par ses recherches, il constate l'absence de circuits provincial et national, ce qui limite ses options.
David, en août 2016, déniche finalement une compétition devant se tenir vers la fin de l'année à Durango, au Colorado. «Je décide de m'inscrire pour, finalement, me rendre compte qu'il s'agit d'un championnat du monde. Je contrôlais bien mon stress jusqu'à ce que je vois les participants de haut niveau», raconte-t-il.

En échangeant avec eux, toutefois, le jeune grimpeur a senti un très bon accueil. «Une ambiance fabuleuse, comme une grande famille. Ça a été la plus belle expérience de ma vie», note-t-il.

Deux volets, difficultés et vitesse, composaient la compétition. David ne devait, au départ, que participer au volet difficultés. Des performances très difficiles pour lui, décevantes. «J'étais capable de faire mieux. Démoralisé, j'avais le goût de rentrer au Québec, mais mon père m'a encouragé à tenter l'épreuve de vitesse pour m'amuser. Fais-en l'essai, m'a-t-il dit, pour voir si t'aimes ça, tu découvriras peut-être ta discipline.»

Photo prise à la suite de la remise des médailles au Championnat nord- américain en escalade de vitesse au Colorado à la mi-décembre 2016
Photo gracieuseté

Des amis l'ont aussi incité à tenter le coup, lui fournissant de l'équipement et lui prodiguant des conseils. «J'ai complété mon troisième essai avec un temps de 5,75 secondes, obtenant ainsi le 4e rang mondial et le premier rang nord-américain. Ça remonte le moral de terminer ainsi sur une bonne note.» Ce résultat lui a ouvert les portes à toutes les autres compétitions de la Coupe du monde.

David Bouffard pensait d'abord prendre part à une compétition, mais il s'inscrira finalement à deux épreuves, celles de Suisse et d'Italie, revenant de ces pays satisfaits de ses performances. Deux mois plus tard, le jeune David se rend en compétition au Michigan. Avec son papa qui, pour la première fois, verra son fils pratiquer l'escalade. Et il ne sera pas déçu. «J'ai terminé au troisième rang au volet difficultés», souligne le compétiteur, fort heureux de clôturer une saison d'aussi belle façon.

Sa voie

S'il se dit très attiré par l'escalade de glace, l'athlète pratique, en fait, tous les styles, comme l'escalade mixte. «J'aime l'aspect de la précarité. Un grand stress existe toujours quand on grimpe. On doit observer la première règle de base : tu ne tomberas point», souligne-t-il.

Est-ce à dire qu'il carbure à l'adrénaline? «Un peu, répond-il, mais c'est vraiment technique. Il faut s'appliquer dans nos grimpes. Et pour être bon, il faut juste prendre le temps de savourer nos grimpes. C'est ce qui m'attire. Si tu n'es pas capable de le faire, tu ne seras jamais en mesure de performer.»

Avec l'escalade, David Bouffard a trouvé sa voie. «Oui, vraiment, il n'y a pas de doute», lance-t-il. Ce qu'on peut lui souhaiter, comme il le dit, c'est de pouvoir participer à la série de compétitions de la Coupe du monde au complet. «C'est ce que je veux faire. Ce serait la plus belle des choses. Il s'agit de six compétitions dans six pays, et un championnat», signale-t-il, indiquant ne pas se fixer d'objectifs précis. «Simplement prendre le maximum d'expérience possible.»

Parce qu'en Coupe du monde, des éléments comme la force et l'endurance importent, mais l'expérience joue beaucoup. «Environ 95% des athlètes dans le top 10 cumulent plus de huit ans d'expérience. L'expérience change tout, ça n'a pas de prix», fait-il valoir. Enfin, David Bouffard ne donne pas seulement dans la compétition. Le jeune homme transmet sa passion, «enseigne l'amour du sport» à des jeunes de 8 à 13 ans à titre d'entraîneur de l'équipe de la relève au Centre d'escalade Délire.

À titre d'animateur chez Délire, il fait aussi un peu de tout, animant des groupes scolaires de passage ou créant des problèmes sur les murs d'escalade. «Un travail diversifié, très plaisant. Pas de quoi se blaser», conclut-il.