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Alimentation : quand la fibre locale devient un facteur


Publié le 16 juin 2017

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©TC Media - Jean-Pierre Boisvert

La récente décision de la Fromagerie Boivin de rapatrier l'unité de production du fromage en grains de Lemaire à La Baie, suscite des questionnements qui, entre autres, renvoient au principe de l'achat local.

Le fromage en grains de la Coopérative Agrilait de Saint-Guillaume étant maintenant le seul qui est fabriqué dans la MRC Drummond, la vraie question est de savoir s'il est appelé à devenir privilégié par les consommateurs, les commerçants et restaurateurs de la région?

Chez les restaurateurs, certains ont déjà pris une décision et d'autres y réfléchissent.  

Comme L'Express l'a révélé au début de la semaine, l'usine de la Fromagerie Lemaire, à Saint-Cyrille-de-Wendover, est maintenant fermée pour permettre des travaux nécessaires et importants. Le nouveau propriétaire de la Fromagerie Lemaire, Luc Boivin, a confirmé que le fromage en grains de Lemaire est fabriqué dorénavant à La Baie et que l'usine de Saint-Cyrille, lorsqu'elle sera rénovée et modernisée, se verra attribuer une autre spécialisation, fort probablement la fabrication de fromage râpé.

Laurent Proulx, propriétaire du restaurant Canadien à Notre-Dame-du-Bon-Conseil, a déjà fait son choix. «Je n'ai pas l'intention d'encourager un fromager de La Baie, j'ai signé une nouvelle entente avec la Fromagerie Saint-Guillaume pour l'achat de 60 kilos par semaine.» Sur sa page Facebook, il explique : «Nous avons mis un terme à notre relation d’affaires avec la Fromagerie Lemaire qui durait depuis plusieurs dizaines d’années. Cette dernière est désormais la propriété de la Fromagerie Boivin et le fromage en grains est maintenant produit au Saguenay. Nous remercions la famille Lemaire pour toutes ces belles années de collaboration. Afin de soutenir des emplois à Drummondville et notre économie locale, nous servirons désormais les produits de La Fromagerie St-Guillaume».

Nous avons voulu savoir si d'autres restaurateurs de la région pourraient poser le même geste à l'endroit du principal ingrédient de la poutine. Plusieurs s'approvisionnent déjà à Saint-Guillaume, notamment Roy Jucep, Horace au Boulevard, la Cantine Les Bessons, et le restaurant Du Quartier. À ce dernier endroit, le proprio Denis Leblanc estime que le fromage en grains Saint-Guillaume garde son goût plus longtemps.

Déli-Délice est l'un des restaurants clients de la Fromagerie Lemaire. «Je n'entrevois pas faire un changement actuellement, mais je vais attendre de voir si le goût du fromage va changer. Je reconnais cependant qu'il est important d'encourager le local. C'est une histoire à suivre», a indiqué la propriétaire Madeleine Beaulieu.

À la Cantine Beaulac, Hélène Dubuc affirme que le fromage La Chaudière (Mégantic) est celui qui lui donne pleine satisfaction. «La cantine existe depuis 56 ans et moi je suis ici depuis 20 ans. Je veux un produit stable. La stabilité dans le goût des aliments est ce qui fait notre force.»

Du côté de Chez Louis, l'histoire est particulière. Après 11 ans avec les compétiteurs, Éric Durepos, le propriétaire des trois restaurants, est de retour avec Lemaire. «Je boudais Lemaire parce qu'il était un compétiteur avec sa restauration rapide, au coin du parc Woodyatt, et qu'il voulait me vendre du fromage en plus. Avec le salaire minimum montant à 11,25 $ récemment, cela m'occasionnait une dépense supplémentaire de 38 000 $ annuellement. Dans ces conditions, il fallait soit augmenter les prix, diminuer les coûts ou couper du personnel. Sachant que la Fromagerie Lemaire allait être vendue, j'ai offert de signer une entente pour 250 000 $ de fromage par année, ce qui faisait grossir son chiffre d'affaires à l'approche de la vente et, en retour, j'ai obtenu un prix que je n'aurais pas obtenu ailleurs. Quant au principe de l'achat local, je suis en accord avec ça, comme la plupart des autres restaurateurs. Il y a déjà assez de dollars de notre région qui se retrouvent à Montréal», de faire valoir Éric Durepos.

À la Fromagerie Saint-Guillaume, Nathalie Frenette, la directrice générale, a confié qu'elle avait effectivement perçu un mouvement d'une nouvelle clientèle intéressée par les produits de la Coop Agrilait. «C'est sûr que les gens de la région de Drummondville nous considèrent comme étant une entreprise qui offre des produits locaux. Plus de 200 producteurs sont membres de la coopérative. Plusieurs de nos 175 employés habitent à Drummondville et nous sommes membres de la Chambre de commerce et d'industrie de Drummond. Nous sommes en effet heureux de constater que notre fromage est considéré comme un produit local.»