Agressions sexuelles : une des voix pour le dire

Hélène Ruel helene.ruel@tc.tc
Publié le 23 mars 2011
Sarah Bureau et son conjoint, Jean-François Picard. L’on voit quelques-unes des jouets cousus que présentera Sarah lors d’une exposition d’œuvres créées par des victimes d’actes criminels.

Le témoignage de la Victoriavilloise Sarah Bureau marque la Semaine nationale 2011 de sensibilisation aux victimes d’actes criminels. La jeune femme a été choisie par le ministère fédéral de la Justice pour se prêter à la réalisation d’une vidéo, où avec son conjoint, Jean-François Picard, elle raconte brièvement et sobrement, les agressions dont elle a été victime alors qu’elle était une toute petite fille.

Il y a un an, pour la première fois, elle se confiait publiquement à La Nouvelle Union, réagissant, notamment au flot de commentaires qu’avait suscités la comparution d’un jeune enseignant de l’École Le boisé.

À rebours, ce premier témoignage public amorçait ce que Sarah appelle aujourd’hui sa «mission de sensibilisation». Dans cette vidéo, déjà en ligne sur le site du ministère fédéral de la Justice (http://www.semainedesvictimes.gc.ca/accueil-home.html), on peut l’entendre parler de ce qui l’a menée, trente ans après les agressions que lui a fait subir son ex-beau père, à entreprendre des démarches judiciaires.

L’ex-conjoint de sa mère, ayant plaidé coupable aux accusations, est maintenant détenu, pour trois ans, dans une prison de Montréal, d’où la jeune femme est originaire.

Rattrapée par le passé

Elle raconte comment, pendant trente ans, elle a, de toutes ses forces, nié ce qui elle avait vécu. Mais le passé l’a finalement rattrapée.

«Quand on est très jeune, on n’intellectualise pas ce qu’on ressent. On subit les agressions dans son corps… et c’est lui qui, plus tard, réagit.»

Pour tourner la vidéo ainsi que pour la plupart des conférences qu’elle donne désormais à l’Université de Montréal, Sarah Bureau tient à se faire accompagner de son conjoint.

Dès le début de sa relation avec Sarah, Jean-François savait ce qu’elle avait vécu, toute jeune. Et il y est pour beaucoup dans la décision de Sarah d’oser porter plainte, même trente ans plus tard. «Beaucoup s’étonnent que nous soyons encore ensemble», disent-ils. La nature et la longueur des procédures judiciaires dans des cas comme ceux-là font généralement éclater le couple. «On estime à 15% le nombre de couples qui réussissent à passer à travers tout le processus.»

S’adapter, consulter

Jean-François dit que, souvent, le conjoint, ne sait plus à quoi s’attendre, se confrontant à des réactions, des attitudes, des comportements qu’il ne comprend pas. Il raconte qu’un jour, il est entré dans la chambre alors que Sarah était à s’habiller. «Elle s’est retournée brusquement et son regard m’est apparu comme celui d’un fauve prêt à m’attaquer. Ce n’était plus Sarah.»

Cette réaction l’a incité à aller consulter la psychologue de Sarah pour lui demander pourquoi sa conjointe avait eu si peur de lui.

Jean-François n’hésite pas à dire qu’il a adhéré à un organisme international MKP dont le slogan est «Changer le monde, un homme à la fois». «Avant d’être un frère, un père, un conjoint, je suis d’abord un homme», dit-il. Pour soutenir Sarah, il dit qu’il lui a fallu s’ouvrir à elle, accepter lui-même de «revisiter ses bibittes», communiquer… et ne pas hésiter à aller chercher de l’aide.

Souvent, avec Sarah, il participe à ses conférences de trois heures à l’Université de Montréal dans le contexte du cours «Victimologie» offert à des professionnels (intervenants, policiers, etc.)

«On cherche à les resensibiliser, les ramener à leurs tripes lorsqu’ils ont à traiter des dossiers d’agressions. Qu’ils redeviennent des humains à l’égard des victimes, qu’ils puissent mieux les accueillir. Ces affaires sont souvent des dossiers qui puent à leurs yeux. Dénoncer un abus sexuel, c’est se confronter souvent à des réactions de déni, d’inconfort de la part des proches», explique Sarah.

La seule présence de son conjoint à ses côtés, tant sur la vidéo qu’en conférence, instille l’espoir qu’il est possible de se «reconstruire». «Ce ne sera peut-être pas une grande cathédrale, mais un petit château», dit Sarah.

En avril, le couple sera fort occupé, participant au Colloque national sur les victimes d’actes criminels, à Ottawa, le 11 avril, offrant une nouvelle conférence le 14 avril à l’Université de Montréal. Sarah a aussi été invitée à exposer ses jouets cousus à la galerie montréalaise Off InterArts (5145, rue Saint-Laurent), activité organisée par le Centre de services de justice réparatrice afin de marquer la Semaine nationale de sensibilisation aux victimes d’actes criminels. Ses créations (des poupées, notamment), elle les a regroupées, sous la thématique «L’enfance, c’est fait pour jouer».

D’ici un an, elle souhaiterait aller à la rencontre de son agresseur, si celui-ci le veut, évidemment. «Parce qu’on a des choses à se dire!»

Jean-François dit que le témoignage de Sarah n’a pas le caractère spectaculaire de celui d’une Nathalie Simard. «Mais il touche des gens qui se reconnaissent dans ce qu’elle est, si proche d’eux.»