Conflit d’intérêt?
France Morin, coordonnatrice au réseau local de services et à la qualité du Centre de santé et de services sociaux (CSSS) d’Arthabaska-et-de-l’Érable, nous faisait part de la visite de l’équipe du Conseil québécois d’agrément.
À première vue, cela semble très rassurant de voir une équipe de cinq personnes du Conseil québécois d’agrément, débarqué dans notre région. Et ce, pendant toute une semaine pour voir, comprendre, questionner et voir même enquêter sur la manière dont notre établissement s’y prend pour dispenser ses services à la population.
Mais qu’en est-il exactement et quel est le message que l’on veut transmettre à la population?
Il faut se rappeler que le Conseil québécois d’agrément a vu le jour le 19 décembre 2002. À cette époque, l’Assemblée nationale sanctionnait la loi sur les services de santé et des services sociaux afin de se doter d’un moyen de vérification «indépendant» concernant la prestation sécuritaire des services de santé et de services sociaux (L.R.Q., chap S-4.2).
L’agrément se définit d’ailleurs comme étant un processus d’autoévaluation et d’évaluation externe utilisé par les établissements de santé et des services sociaux pour évaluer la qualité et la sécurité des soins et des services. Cette démarche s’inscrit dans un programme d’amélioration continue de la qualité.
Il s’agit bien d’un organisme privé sans but lucratif et indépendant. Mais créé par le réseau d’établissements et soutenu financièrement par lui et par le ministère de la Santé et des Services sociaux?
D’ailleurs, pas étonnant de voir la composition de l’équipe, soit trois directeurs généraux d’établissements? Bref, c’est comme si je demandais à des membres de ma propre famille de venir vérifier (à mes frais) si je suis un bon garçon?
Jacques Baril, ancien député d’Arthabaska, s’est déjà interrogé sur la question soit à savoir si l’Agrément était une cote fiable (L’Union du mercredi 11 avril 2001). Depuis cette date, plusieurs établissements ont obtenu leur accréditation. Mais, en contrepartie, nous avons été trop souvent témoins de situations d’abus.
Rappelons-nous les événements tragiques de Saint-Charles-Borromée. Rappelons-nous également cet autre exemple, survenu dans un autre centre d’hébergement, où l’on nous présentait un vieil homme se faire traîner sur le sol par une préposée.
Ces événements avaient profondément choqué la population québécoise. Les médias n’ont pas cessé de nous alimenter sur le sujet. Ils questionnent toujours les mesures misent en place par le gouvernement afin d’assurer une qualité de vie et de services.
Il ne s’agit pas ici de discréditer le Conseil québécois d’Agrément, ses employées ou ses membres. Il ne s’agit pas non plus de mettre en doute la capacité de l’équipe de l’Agrément. Mais plutôt de se questionner sur l’outil et sur le résultat que nous voulons atteindre.
Pourtant, que ce soit du Conseil québécois de l’Agrément, du Protecteur du Citoyen, du Protecteur de l’usager, la majorité des visites ou enquêtes semblent bien cibler les problématiques. Là où il semble manquer un peu de rigueur, c’est dans le suivi? C’est comme si on ne vivait aucun changement sur le terrain et que rien n’avait été fait.
Nous sommes en mesure de nous questionner sur le pouvoir réel des différentes instances qui ont un rôle de vigie et d’enquête? Jusqu’où doit-on aller afin de s’assurer des changements de comportements et d’attitudes de nos administrateurs?
En septembre 2004, le Dr Yves Lamontagne, président du Collège des médecins, avait déclaré lors d’une conférence de presse du ministre de la Santé : «Peut-être qu’il faut se poser des questions et changer les comportements des gens, l’organisation du travail, les mentalités, la collaboration entre professionnels de la santé».
Quel est le coût monétaire et en ressources humaines, pour l’obtention d’une accréditation de l’Agrément? On augmente de façon significative le stress dans l’établissement parce l’on doit monopoliser les ressources humaines afin de rencontrer les exigences d’un tel processus, alors que nous sommes en pénurie d’infirmières et médecins.
Ce que Jacques Baril n’avait pas nommé ou compris : c’est qu’il fallait aller plus loin? Où était-il limité dans ses actions comme le député et ministre Yvon Vallières, qui refuse toujours de nous rencontrer? Il y a plus d’un an que nous lui avons acheminé plus de quatre demandes écrites en plus de nombreuses demandes verbales de rencontres sur le sujet.
Sans être alarmiste, ce que l’on voit via les médias n’est que la pointe de l’iceberg. L’impact est majeur! Malgré le vol social que l’on vit, le plus terrible est la dilution de la qualité des services à la clientèle, face à des établissements délinquants.
Il est grandement temps de poser un geste concret. Seule une enquête publique, avec un mécanisme de reddition de compte public et indépendant, pourra assurer des changements significatifs afin de rehausser la qualité de services de nos établissements publics.
Pierre Hébert
Sainte-Élizabeth-de-Warwick