«Une personne handicapée, ça fait peur!»
À sa façon, Éric Sévellec milite pour l’intégration
Ce sont bien davantage les mentalités, parfois aussi, il l’admet, les coûts, qui s’érigent en barrières à l’intégration des personnes handicapées. Éric Sévellec en est convaincu.
Plus convaincu encore depuis qu’il a tenté de vendre, auprès de grandes entreprises, ces comptoirs abaissables que fabrique Modules Suprême, une division d’Usinage Bois-Francs de Saint-Christophe d’Arthabaska.
Lorsqu’il demandait à des entrepreneurs s’ils étaient intéressés à embaucher des personnes à capacités restreintes, ils répondaient «oui, mais» il leur faudrait adapter un poste qui ne pourrait servir à d’autres. «Je poursuivais la discussion pour leur suggérer qu’il faudrait donc une surface que tous les employés pourraient utiliser, on me répondait que c’était là le problème.»
Mais après que M. Sévellec leur annonçait que ces surfaces existaient, les entrepreneurs ne donnaient pas de suite au projet d’insertion professionnelle.
Ces comptoirs, conçus par Laurent Pépin, propriétaire d’Usinage Bois-Francs, comportent un mécanisme d’élévation électrique permettant d’ajuster (par un simple bouton), à la hauteur voulue, la plaque de cuisson, le bureau, l’évier dans lesquels ils sont encastrés.
«C’est un produit universel qui peut servir tout autant à domicile que dans un bureau, un laboratoire. Même une bibliothèque municipale pourrait adapter le mécanisme à une table, permettant aux personnes handicapées de s’y installer avec les autres. C’est aussi cela l’intégration.»
Français d’origine, installé au Québec depuis 1993, à Montréal d’abord comme préposé aux bénéficiaires, puis résidant des Bois-Francs depuis 1998, Éric Sévellec se montre particulièrement sensible au sort des personnes handicapées.
Sa résidence victoriavilloise est d’ailleurs ce qu’on appelle une Ressource intermédiaire (RI) abritant quatre personnes ayant une déficience intellectuelle.
«Une personne handicapée, ça fait peur. Pourtant, elle a toutes ses capacités intellectuelles», dit M. Sévellec, citant les cas de Francine Bruneault et d’Hélène Benoît, dont on a parlé au cours des derniers mois dans La Nouvelle. Les deux ont mené campagne, l’une pour doter l’OMH d’une balancelle adaptée, l’autre pour démontrer que tout le monde, incluant les personnes à mobilité réduite, peut s’adonner au yoga.
En France, dit M. Sévellec, une entreprise qui refuse d’embaucher une personne handicapée écope une amende.
Il raconte aussi que, là-bas, les partenariats «public-privé» sont usuels pour favoriser «l’hospitalisation à la maison». «L’entreprise privée se charge d’adapter le mobilier aux besoins des personnes à mobilité réduite et c’est l’établissement public qui paie la facture.»
Il admet que ces équipements adaptés sont souvent plus coûteux que d’autres. «Mais à moyen et à long terme, c’est rentable et ça l’est pour tout le monde.» Des logements adaptés sont moins onéreux que l’institutionnalisation, précise-t-il encore.
En fait, Éric Sévellec estime que c’est bien davantage le «concept» de l’accessibilité qu’il faut vendre aux entreprises et aux institutions. Une société vieillissante a, de moins en moins selon lui, les moyens d’exclure une partie de sa population, simplement parce qu’elle a des capacités physiques restreintes.
M. Sévellec a l’intention de reprendre sa canne... de pèlerin afin de recruter des agents commerciaux et relancer Modules Suprême. Une façon, pour lui, de militer pour l’intégration.