Alain Laveault et Éric Alain, les «hôtes» du 14e congrès
Du passé… et du boulot futur pour les entreprises d’insertion
Des entreprises comme PRISE et Parvélo, il y en a 45 autres disséminées au Québec, dont 21 à Montréal et 5 à Québec. Elles se sont donné rendez-vous à Victoriaville ces jours-ci pour prendre part au 14e congrès annuel de leur Collectif des entreprises d’insertion du Québec, coiffé de la thématique «Retour vert le futur».
Visites touristiques, conférences, ateliers, assemblée générale, souper ont ponctué la programmation des trois jours du congrès.
Avec l’adoption, l’année dernière, du nouveau Pacte pour l’emploi, les entreprises d’insertion peuvent désormais accueillir dans leur boutique, atelier, magasin, cuisine, quelque 3 000 participants par année (2 750 auparavant), des jeunes adultes de 16 à 35 ans, dont on dit qu’ils sont «éloignés» du marché du travail.
Pendant six mois, rémunérés au salaire minimum par Emploi-Québec, les participants bénéficient d’une formation technique et d’un encadrement psychosocial dans un véritable environnement de travail. Ce «stage» de six mois, en moyenne, leur permet d'intégrer ou de réintégrer le marché du travail, peut-être même de retourner à l’école ; ça marche dans 80% des cas, note Stéphanie Guérette, responsable des communications du Collectif.
Jean-François Ruel, directeur régional d’Emploi-Québec, a rappelé que si les entreprises d’insertion jouent un rôle social, elles avaient aussi une mission économique, puisqu’elles sont des entreprises réelles, ayant généré un chiffre d’affaires de 300 millions $ en 2007-2008 et créé 700 emplois durables. Leur existence est d'ailleurs tributaire de leurs ventes puisqu'il leur faut payer leur personnel permanent, leur local, leurs équipements.
Les 47 entreprises offrent ainsi une large gamme de 300 produits et services dans divers secteurs : le bois ouvré pour Prise, le recyclage et la réparation de bicyclettes chez Parvélo, la récupération de vêtements pour les neuf boutiques montréalaises de Renaissance, la couture à l’atelier des Petites mains, plusieurs services de traiteur, des services d’entretien ménager et de mécanique auto comme à La Relance, la «doyenne» des entreprises de ce type au Québec, née en 1982.
L'organisme est né à l’époque où l’expression «mesure d’employabilité» n’avait pas encore investi le vocabulaire, a rappelé Pierre Marcotte, un fonctionnaire d’Emploi Québec à qui le Collectif a rendu hommage à quelques jours de sa retraite. M. Marcotte a accompagné les premiers pas de La Relance et connaît très bien les entreprises d’insertion, faisant partie du comité national de suivi du cadre de reconnaissance et de référence de ces entreprises. Ne devient pas entreprise d’insertion qui veut ; pour accéder au budget dévolu par Emploi-Québec pour les salaires des participants, elle doit se conformer à sept exigences.
En 1982, s'est souvenu M. Marcotte, c’était la récession, la «fin d’un paquet de rêves», la venue d’un chômage structurel. Les entreprises d’insertion sont nées dans la «gravelle», a-t-il ajouté, en «réaction» à l’exclusion, à la pauvreté de ces gens qui, souvent, «partent de très loin». «Je salue leur courage et leur détermination ; ils ont le guts de se reprendre en main (…) Les entreprises d’insertion ont été le fer de lance de l’économie sociale et solidaire, de l’empowerment.»
Si, lors du souper, les organisateurs comme Alain Laveault et Éric Alain, respectivement directeur général de PRISE et de Parvélo, ont voulu projeter le Collectif dans une «odyssée 2096», les entreprises auront fort à faire d’ici là, selon M. Marcotte.
Des enjeux
Il a parlé de l’«alourdissement» des clientèles. «Les politiques publiques auront à s’adapter et vous aurez à vous demander jusqu’où il vous faut intervenir.»
Puisqu’elles sont des entreprises réelles, certaines sont, comme d’autres, frappées par la récession, a ajouté M. Marcotte. Tout en gardant le cap sur la lutte à la pauvreté et la réintégration des exclus, les entreprises d’insertion doivent assurer leur vitalité économique et faire tout en sorte pour conserver leur personnel-clé, par des conditions de travail concurrentielles, a-t-il précisé. Il a salué, notamment, le travail des directeurs généraux, en les qualifiant d’«entrepreneurs ayant une âme».
Le fonctionnaire a également abordé la question de la «dévolution» et de la «restriction» du rôle de l’État, de l’augmentation des contraintes administratives. «Vous travaillez avec des gens et des services publics. Il est important pour vous de préserver ces liens.»
Pierre Marcotte a enfin loué le concept de l’entreprise d’insertion, disant qu’il pourrait être utile à contrer l'exode des villages. Par exemple, une entreprise d’insertion pourrait exploiter des services de proximité (dépanneur, garage, station d’essence, etc.) et contribuer à maintenir une économie locale.
Des «bons coups» ont été soulignés aux quatre coins du Québec, comme cette entente de D-3-Pierres de Pierrefonds avec Montréal pour prendre soin de 110 hectares de terre abandonnée afin d'y cultiver du blé biologique. Ou encore de ces services d’assistance informatique que des jeunes offrent au public. Ou encore de cette attestation ICI on recycle que PRISE vient de recevoir de Recyc-Québec.