Vent de folie
Le développement durable procède de la conciliation entre le développement économique, la qualité de vie et l’exploitation raisonnable de la nature. Tous ces aspects sont malheureusement bafoués par les projets éoliens industriels qu’on s’apprête à implanter dans la région. Très peu d’emplois pendant la construction (creusage, gravier, ciment, etc.), car la main-d’œuvre pour l’érection des tours proviendrait surtout de l’extérieur et de cinq à sept emplois permanents pour l’entretien du parc. Les redevances versées aux municipalités et aux propriétaires sont négligeables (1% et 2% environ), alors que le promoteur ne paie aucune taxe et que la majorité des profits migre vers l’extérieur du Québec
Les résidants héritent de ces tours de 400 à 450 pieds et qu’obtiennent-ils en retour? Le bruit de ces engins peut-être extrêmement perturbateur et, notamment, entraîner un manque de sommeil, des nausées, des maux de tête et des vertiges, et ce, jusqu’à 2 kilomètres. Cette distance est plus grande en région vallonnée; en Ontario, quatre éoliennes de type Enercon E-82 identiques à celles prévues dans notre région ne rencontraient pas les normes du ministère de l’Environnement de cette province, la plus éloignée se trouvant à 2 km des résidences. L’Académie nationale de médecine de France et l’United Kingdom Noise Association du Royaume-Uni recommandent une distance de 1,5 km entre les résidences et les éoliennes, et davantage pour les structures de 2 mégawatts et plus comme c’est le cas ici. La zone d’influence forte des éoliennes (1,5 km) entraîne une dévaluation foncière de 30 % des résidences, et ce, dans un rayon de 5 km et plus (étude réalisée en Ontario à l’automne 2008 à l’égard de 600 résidences situées dans trois parcs éoliens). L’impact visuel négatif est également majeur; c’est tragique de souiller un des plus beaux paysages du Québec niché dans les plus vieilles montagnes du monde avec, en prime, quelques dizaines de kilomètres de chemins d’accès, de fils et de poteaux, et des sous-stations. Il faut de toute urgence adopter une charte québécoise du paysage comme cela se fait dans d’autres pays afin d’empêcher de tels abus. Le paysage est un bien culturel, collectif et patrimonial.
Le dynamitage intensif requis pour l’ancrage des tours aura un impact certain sur le réseau hydrique, car l’eau prend sa source dans les multiples failles du roc des montagnes. Le milieu rural est un écosystème fragile où les habitants ont trouvé un équilibre entre l’exploitation des ressources, le patrimoine bâti et paysager, et les diverses activités humaines. L’implantation de ces mégaparcs industriels met sérieusement en danger cet équilibre. Le Québec possède de vastes espaces inhabités beaucoup plus propices à l’implantation de ces mégaparcs, et encore faut-il prouver qu’ils contribuent véritablement à diminuer les émissions de gaz à effet de serre. Voilà un bref aperçu des multiples impacts de tels projets. D’autres sont aussi très importants, notamment, l’effet stroboscopique, les tensions parasites, le brouillage des ondes télé et radio et des micro-ondes (cellulaire et Internet), le déboisement, l’érosion et la sécurité, qui devront être pris en compte lorsque la population décidera si oui ou non elle doit laisser cet héritage à ses enfants.
Et vous, habiteriez-vous dans un parc éolien?
Claude Charron
St-Ferdinand