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Être entrepreneur? «Faire confiance et partager», selon Bernard Lemaire

Hélène Ruel par Hélène Ruel
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Article mis en ligne le 20 mai 2009 à 11:28
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Être entrepreneur? «Faire confiance et partager», selon Bernard Lemaire
Bernard Lemaire
Être entrepreneur? «Faire confiance et partager», selon Bernard Lemaire
Être entrepreneur, ça ne s’apprend pas à l’école! Il faut avoir ça dans le sang, ce goût «naturel» de faire des choses par soi-même, a déclaré Bernard, l’aîné des frères Lemaire, les bâtisseurs de ce «monstre» qu’est devenue Cascades.
Avant même de prononcer sa conférence, Bernard Lemaire a été accueilli d’une ovation debout par la centaine de convives de l’Association des gens d’affaires de Warwick (AGAW) pour qui ce souper-conférence constituait une première. Son frère Laurent était également présent à l'activité.

Pourquoi chercher ailleurs un conférencier réputé quand on en a un tout près de chez soi?, s’est dit Denis Théorêt, président de l’Association.

À celui qui a présidé la destinée de Cascades de 1963 à 1992 (Laurent a alors occupé la présidence), on avait demandé de parler du «défi d’être entrepreneur».

Il l’a fait.

Racontant, avec bonhomie, comment lui et ses frères, Laurent et Alain, stimulés par l’«inventivité» de leur père «Tonio», un «avant-gardiste, créditiste et syndicaliste» et par le leadership et le pragmatisme de leur mère, ils avaient bâti une entreprise constituée de 110 usines dispersées dans le monde, employant 13 000 personnes, dont 1 200 à Kingsey Falls, toujours la patrie «mère» de Cascades. Chiffre d’affaires? 4 milliards $.

L’entreprise s’est diversifiée depuis que, dans ce moulin abandonné de Kingsey Falls, elle recyclait des vieux papiers pour en faire des contenants pour les œufs, entre autres. «On ne connaissait rien dans le papier. (…) À l’époque, du recyclé, c’était de la cochonnerie!» Les temps ont bien changé.

La fabrication de boîtes de carton, les papiers tissus et les produits spécialisés, sans parler de ces huit centrales de cogénération de Boralex produisant de l’énergie à même 2 700 tonnes d’écorce et de copeaux, tout cela est aujourd’hui Cascades.

Bernard Lemaire voulait donner la mesure de Cascades pour démontrer qu’à partir de «rien», on peut créer une entreprise.

Sous l’enseigne Dopaco, par exemple, Cascades fournit 50% de tout ce qui emballe le fast food du marché nord-américain, les Pizza Hut, Burger King, McDonald et compagnie, un chiffre d’affaires de 500 millions $. Dans le papier hygiénique, il est le quatrième plus gros fabricant en Amérique du Nord, avec un chiffre d’affaires oscillant entre 800 et 900 M $.
Faire confiance et partager
Certes, pour développer Cascades, il fallait d’abord posséder ce bon «mix» des valeurs inculquées par leurs parents. Jamais, les frères Lemaire n’ont eu à renouveler leur première convention d’actionnaires. «On a toujours travaillé ensemble, on s’est toujours bien entendus, sans nécessairement fraterniser à l’extérieur.»
Le développement de l’entreprise est largement attribuable à ses employés, a affirmé Bernard Lemaire, se souvenant du premier noyau de «gars» dont la moitié provenait de chez Roland Boulanger et Warwick. «Faire confiance et partager» a constitué le leitmotiv du trio. «Les employés sont la clé de la réussite, la richesse d'une entreprise. On leur a donné des responsabilités et on leur a fait confiance», a-t-il dit. Il a rappelé que les frères Lemaire ont toujours partagé les profits, leur en distribuant 10% après les frais bancaires. «On nous avait dit que c’est beaucoup 10%, mais il nous en restait toujours bien 90%.»
Fierté… et orgueil
À 32 ans, le drop out en génie civil de l’Université de Sherbrooke était déjà millionnaire… sur papier, a-t-il précisé. Parce que les profits, les frères les réinvestissaient pour donner de l’expansion à Cascades, pas pour s’exiler pendant de longs mois dans une grosse maison en Floride. «Et on se payait des petits salaires. La compagnie, c’est notre fierté.»
Il en faut de la fierté… et une pointe d’orgueil pour être entrepreneur, a-t-il ajouté. Cette fierté, cet orgueil, l’homme d’affaires québécois l’affiche encore, rappelant qu’à l’époque, en 1963, le monde des entreprises était surtout l’affaire des anglophones. Les banques ne prêtaient pas beaucoup et du côté des caisses, les prêts concernaient surtout les hypothèques.

Bernard Lemaire l’admet. Jamais, en développant l’entreprise, les trois frères n’auraient envisagé qu’elle prendrait l’envergure d’aujourd’hui. Et elle continuera de se développer, promet M. Lemaire, vice-président du comité exécutif du conseil d’administration de Cascades et président de celui de Boralex que dirige son fils.

Il dit encore que l’entreprise a été malmenée, mais qu’elle a «survécu» à 2008, une année rendue difficile par une combinaison de facteurs : la valeur du dollar, le prix du pétrole… les «vieux papiers qui s’en allaient chez les Chinois». La valeur de l’entreprise avait chuté de 1,3 milliard $ à 170 millions, l’action passant de 5,02 $ à 1,70 $. Les frères Lemaire possèdent 34 millions des actions de Cascades. «S'il avait fallu qu'on se mette à regarder ces chiffres!». Heureusement, 2009 s’annonce bien différente, l’entreprise ayant enregistré un profit net de 37 M $ à l’issue du premier trimestre.

Comme cela a été évoqué lors de l'assemblée annuelle, les frères Lemaire ont pensé, momentanément, racheter leurs actions publiques pour s’extirper du marché boursier où Cascades est inscrite depuis 1982.

Mais, à une question posée par un convive, Bernard Lemaire dit ne pas regretter ce recours à l’actionnariat public, justement parce que les capitaux sont difficiles à trouver. «Et on a pu grandir avec ça!»

À une autre question, Bernard Lemaire a répondu que oui, effectivement, Cascades avait raté l’occasion d’acheter l’entreprise warwickoise Industries Ling, son offre étant moindre que la compagnie américaine qui s’en est portée acquéreur. «On était intéressé, mais le prix qu’on avait proposé ne satisfaisait pas le propriétaire… On ne fait pas toujours que des bons coups!»

La grande force de Cascades a été de redémarrer des entreprises en difficultés, a-t-il dit. Et, pendant un certain temps, le marketing a constitué un maillon faible. «On se disait simplement que le meilleur produit au meilleur prix, ça se vend en maudit!»

Certains s’inquiètent de l’avenir de Cascades, de l’après Bernard, Laurent et Alain, l’actuel p.d.g. «On a un plan de restructuration. On veut que Cascades grandisse encore et on a des projets», a répondu Bernard Lemaire. Il a aussi évoqué la création d’une fondation pour tous ces organismes que Cascades soutient… et dont Gleason pourrait continuer de profiter, a-t-on soufflé dans la salle.

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