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Expo 2020 à Montréal...

Article mis en ligne le 5 février 2009 à 9:23
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Expo 2020 à Montréal...
Le chef de l’opposition officielle à l’hôtel de ville souhaite tenir l’Exposition universelle 2020 à Montréal. Si Benoît Labonté devient maire en novembre prochain, il déposera la candidature de Montréal au Bureau international des expositions (BIE). La compétition oppose déjà New York, San Francisco, Manille et Houston.

Plus qu’un ballon politique, Expo 2020 constitue LE grand projet de M. Labonté, par lequel il espère raviver la fierté des citoyens, dynamiser la ville et lui offrir une visibilité mondiale. Bien que l’aspirant maire ne puisse fournir une seule donnée chiffrée sur son projet, Expo 2020 deviendra un enjeu électoral émotif et déterminant au jour du scrutin. Dans quelques mois, la sirène tentera de séduire l’électorat avec des appels qui frapperont l’imaginaire collectif. Gare au récif.

Chose sûre, il faudra que les électeurs puissent voter en toute connaissance de cause, car la réalisation d’un tel événement lierait financièrement plusieurs générations de contribuables. Si le maire de l’arrondissement Ville-Marie se considère comme un administrateur public responsable, il devra présenter une étude d’impact et de faisabilité avant septembre 2009.

Il en va du sérieux et de la crédibilité de sa personne. Pour éviter que les citoyens se fassent servir des conclusions orientées, l’étude devra être confiée à une firme indépendante. Vu que ce projet s’inscrit dans un discours électoral partisan, l’étude devra être défrayée à même le budget de recherche de son parti.

Octroyé annuellement par la Ville, ce budget aura enfin une utilité plus pertinente que celle de payer des épluchettes de blé d'Inde ou le brunch dominical aux sympathisants.

Est-ce qu’une ville présentant une exposition universelle obtient une visibilité planétaire réelle, un rayonnement international enviable? Qui se souvient des expositions universelles d’Osaka 1970, de Séville 1992, ou d’Hanovre 2000? Qui d’entre nous a même déjà su l’existence de ces expositions?

Ce qui est déplorable et inouï, c’est que la télévision canadienne n’a jamais présenté de reportage sur ces trois événements majeurs, et aucun topo sur les pavillons canadiens, pourtant construits avec nos impôts. Si les médias d’ici n’ont jamais manifesté d’intérêt pour les expositions universelles tenues hors du pays, peut-on vraiment croire que les médias étrangers aient accordé plus d’attention et de visibilité à Montréal lors d’Expo 67? Il est vrai que la tenue d’une exposition universelle fait grand bruit, mais ça n’a rien de planétaire, c’est plutôt local.

Très désireux de profiter des grands projets financés par les pouvoirs publics, certains affairistes et vendeurs d’illusions lancent sans circonspection des informations tordues, notamment en matière de retombées de toutes sortes.

Avant la réalisation des projets, on gonfle les projections à dessein de gagner l’opinion. Après, on présente un bilan enjolivé visant à rassurer les «citrons pressés» et à laisser bonne impression dans les livres d’histoire. Dans le présent dossier, fera-t-on miroiter que l’immense popularité d’Expo 67 justifie que nous récidivions en 2020?

Les données sur l’achalandage des expositions font voir qu’Expo 67 a coiffé, voire écrasé presque toutes les expositions qui l’ont précédée ou suivie : 50 millions de visiteurs... Expo 2000 à Hanovre, qui avait 93 pays participants de plus qu’Expo 67, a attiré 18 millions de visiteurs!

Et dire que l’Allemagne a une population 10.6 fois supérieure à celle du Québec. Trouvez l’erreur. Expo 67 avait innové avec l’utilisation d’un passeport donnant un accès illimité (35 $ pour un adulte, en dollar 67). Grâce à ce passeport, des centaines de milliers de visiteurs ont exploré Terre des Hommes plusieurs dizaines de fois. Et se sont ajoutés des millions d’autres qui, sans passeport, ont visité le site à plus d’une occasion. Le nombre magique de 50 306 648 est un trompe-l’œil qui n’indique pas tant le nombre de visiteurs que le nombre d’entrées.

Pour ce qui est du coût des grands événements internationaux, la sécurité pour contrer le terrorisme est devenue une charge incontournable depuis 2001. Et la note s’avère plutôt salée. À titre d’exemple, pour seulement deux à trois semaines d’activités, le coût prévu de la sécurité des Jeux Olympiques 2010 à Vancouver dépassera 500 millions (Le Devoir, 24-11-08). Peut-on imaginer ce qu’il en coûtera en 2020 pour une exposition universelle qui doit durer six mois? Côté financier, les organisateurs des JO 2010 espèrent, sans trop de conviction, éviter le désastre qu’a connu Montréal en 1976.

Vingt-neuf expositions universelles se sont tenues depuis 1851, dont seulement trois depuis 1968. Avec le temps, les villes ont compris qu’une exposition de cette envergure ne met pas tant une ville hôtesse sur la «map» que dans le trou...

Le déficit d’Expo 67 avait atteint près de la moitié du coût total de l’événement, soit 1.3 milliards (en dollar 2009). Ce déficit et la dette des JO de 1976, éliminée sur trente ans, ont privé Montréal d’assumer ses obligations de base, notamment la réfection des infrastructures souterraines, l’entretien décent des voies publiques et le développement responsable et sensé d’une ville devant prioriser les besoins et le sort de ses citoyens. La fierté dont parle M. Labonté ne passe-t-elle pas avant tout par l’amélioration continue et significative de la qualité de vie des nôtres? Pour un maire digne de sa fonction, Montréal est un vaste chantier de possibilités à matérialiser. Il y a tant à faire... entre la réalisation d’un rêve éphémère, aux lendemains difficiles, et la règlementation des mégots de cigarettes...

Selon le BIE, l’Expo d’Hanovre a coûté près de 14 milliards (dollar 2009). Si Montréal, ville importante la plus pauvre du pays, n’a pu soutenir une équipe de baseball et le Grand Prix de la F1, est-il sérieux d’envisager que notre ville puisse tenir une Expo qui coûtera plus de 22 milliards en 2020? Il va de soit que ce montant fait abstraction de notre expertise en dépassements de coûts, traditionnellement astronomiques. Interrogé récemment par le soussigné, M. Labonté a démontré une logique particulière. Il dit vouloir ignorer tout déficit... il faut plutôt regarder ce que Montréal perdrait à ne pas présenter Expo 2020! Obnubilé par son projet pharaonique, le chef de Vision Montréal aurait-il la vision obstruée par une poutre dans l’œil?

Dans le passé, les difficultés financières des villes ayant tenu des expositions universelles ont été si cuisantes que le BIE favorise depuis longtemps la présentation d’expositions internationales spécialisées, moins grandioses et moins coûteuses (17 depuis 1968).

Vancouver présenta en 1986 une expo de ce type portant sur les transports. Malgré cette orientation, le BIE n’a pu éviter certains désastres, comme le désistement tardif des villes mandatées pour tenir les expositions de 1989 et 1992. Paris et Chicago abandonnèrent après avoir englouti des sommes colossales.

Michel Bédard

Chef du Parti Éléphant Blanc de Montréal,

directeur de conscience du conseil municipal

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