Jacques Brodeur (photo : www.radio-canada.ca)
Une campagne pour contrer la téléviolence
Les 12 organismes suivants ont endossé cette campagne dès le départ : la Commission scolaire de Montréal et la Fédération des commissions scolaires du Québec, la Fédération des comités de parents du Québec, la Centrale des syndicats du Québec, l'Ordre des psychologues, le Collège des médecins, l'Association des pédiatres du Québec, la Direction de prévention et de santé publique de Montréal-Centre, l'Ordre des conseillers et conseillères d’orientation et des psychoéducateurs et psychoéducatrices du Québec, l'Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec, l'Association des médecins psychiatres du Québec, l'Assemblée des évêques du Québec.
Le 5 mai 2003, le quotidien Le Devoir publiait une lettre publique signée par les présidentes et porte-parole de ces 12 organismes. «L’urgence de diminuer la téléviolence. La violence télévisée exerce une influence indéniable sur tous les enfants. Elle ne transforme pas tous les enfants en criminels et elle n’est pas seule à influencer les enfants. Mais les études effectuées conduisent toutes à la même conclusion : les risques qu’elle fait courir à un nombre grandissant d’enfants auront un jour des répercussions sur la qualité de vie et le sentiment de sécurité de l’ensemble de la société. C’est dans ce contexte que les organismes signataires invitent la population québécoise à appuyer leur demande au gouvernement fédéral afin de réglementer la violence télévisée présentée aux enfants.
La présente campagne vise également à fournir aux parents des moyens concrets d’intervenir auprès de leurs enfants. Elle vise enfin à susciter dans les écoles des interventions pédagogiques sur ce problème.
Retour historique sur les campagnes antérieures de 1989 et 1993
La première campagne d’envergure pour diminuer la téléviolence au Canada a eu lieu au Québec en 1989. Elle avait deux objectifs : éliminer des ondes les émissions pour enfants faisant la promotion de la violence
comme façon normale de résoudre les conflits ; renvoyer en fin de soirée la diffusion des films de grande violence afin d’en protéger les enfants.
La décision d’organiser cette campagne faisait suite à l’augmentation
considérable de la violence en Amérique du Nord au cours des années qui précédaient. Le taux de crimes violents avait en effet été multiplié par quatre au Canada, entre 1962 et 1989. Au cours de la même période, on a observé une croissance exponentielle de l’incitation à la violence en provenance des États-Unis, cela autant via la télévision que de nombreux autres véhicules culturels: jouets, jeux vidéo, musique… Dès le départ,
des artistes de renom, reconnus pour leur prise de position en faveur de la liberté d’expression, ont appuyé cette campagne. La censure n’est en effet pas en cause ici.
Pour les adultes qui tiennent absolument à voir des films de grande violence, ils peuvent facilement les enregistrer à l’aide de leur magnétoscope ou les louer au club vidéo. Les deux règlements proposés n’avaient pour but que d’économiser la santé mentale de nos enfants. S’ils avaient été adoptés, ils auraient permis d’envoyer un message clair sur les dangers de la téléviolence, comme cela a été fait avec la cigarette.
Le résultat fut une pétition de près de 200 000 noms, dont la signature s’est terminée deux semaines avant la tuerie de l’École polytechnique. La pétition a finalement pris un sens particulier quand il est devenu connu que l’auteur de la tuerie était grand amateur de films violents.
Au printemps 1990, le ministre des Communications, M. Marcel Masse, a par la suite mandaté le président du CRTC, Keith Spicer, pour former une table de négociation incluant les directions des chaînes de télévision québécoises et les représentants de la pétition. Les discussions
ont duré un an. Avec un résultat mixte. Elles ont d’abord conduit TVA à retirer des ondes les séries du style G.I. Joe. Cependant, il a été impossible de s’entendre sur une politique générale. Il faut souligner ici que les émissions visées provenaient presque toutes des États-Unis.
En 1993, suite à l’assassinat de sa sœur de 11 ans, la petite Virginie Larivière (13 ans) a repris le flambeau et recueilli, cette fois, 1,5 million de signatures, dont près de la moitié au Québec. Devant un tel raz-de-marée, le premier ministre Mulroney a promis d’agir. Il invita les diffuseurs à s’autoréglementer. Les expériences étrangères avaient pourtant fait la démonstration que ce genre de solution ne fonctionne pas. Un code d’autoréglementation sera effectivement mis en place par les télédiffuseurs, en janvier 1994.
Pourquoi une nouvelle campagne en 2003?
Récemment, deux professeurs de l’Université Laval rendaient publique une étude démontrant que la téléviolence a augmenté de 432% dans les réseaux privés québécois depuis que les télédiffuseurs ont adopté leur code d’autoréglementation.
Ces résultats illustrent une fois de plus qu’il est illusoire de compter sur la bonne volonté des diffuseurs pour diminuer la téléviolence. Il semble donc urgent de réagir et d’obtenir, cette fois-ci, une réglementation permanente qui permette d’aider les parents et les écoles à prévenir la violence.
Nous invitons donc tous les organismes et conseils d’administration à adopter une résolution invitant le Gouvernement fédéral à réglementer la violence télévisée. Les citoyens sont également invités à signer une pétition dans le même sens.
En parallèle, des outils pédagogiques ont été préparés à l’intention des enseignantes et des enseignants pour leur permettre de développer l’esprit critique des enfants face à ces héros violents qui leur sont quotidiennement offerts pour meubler leur imagination.
Enfin, il ne faut pas se contenter de demander au gouvernement d’agir ; il existe aussi un «gouvernement familial» qui peut agir. C’est pourquoi nous
proposons des conseils pratiques aux parents désireux d’intervenir auprès de leurs enfants. Bref, il est urgent que tous les acteurs sociaux se mobilisent pour protéger nos enfants contre cette incitation à la violence qui ne cesse d’augmenter. Que sommes-nous donc en train de faire à nos enfants quand nous les inondons d’émissions violentes à l’heure où ils la regardent? Tous les outils pour participer à cette campagne (pétition, conseils aux parents, cahiers pédagogiques, argumentaire, ...) sont disponibles sur le site internet de la Fédération des commissions scolaires du Québec à l'adresse suivante :
www.fcsq.qc.ca
Jacques Brodeur