Une mesure qui accentue les préjugés
À l’attention de Mario Dumont
Le Comité pour la défense des personnes assistées sociales de Victoriaville tient à dénoncer la manière dont vous vous faites porteur des préjugés contre les personnes assistées sociales. Nous tenons à vous faire réaliser qu'être sur le Bien-être social n'est pas un mode de vie, mais un mode de survie.
Qui choisit de vivre avec 560 et quelques dollars par mois? Ce qui devrait être temporaire devient une contrainte à l'emploi du fait que plus le temps passe, plus la personne perd ses acquis matériel et social (auto, résidence, estime de ses pairs, participation à sa société, etc.). À la longue, elle obtient de nouveaux acquis : perte d'estime de soi, isolement forcé, sentiment d'exclusion renforcé par les préjugés. Selon son bagage personnel physique et mental, elle peut aussi sombrer dans le découragement ou la dépression, vivre des problèmes personnels graves, subir l'incompréhension de son milieu.
Cette personne se retrouve vite en fin de liste des employeurs parce que la perception de soi-même est un élément essentiel pour bien communiquer et se développer. L'image préjudiciable véhiculée par des propos comme les vôtres, M. Dumont, renforcent les préjugés et valident des mesures punitives plus sévères envers une personne sans emploi que pour bien d'autres : même un présumé criminel, après avoir été jugé coupable, n'est ni affamé ni sans abri...
L'image renvoyée aux personnes en processus d'appauvrissement, c'est la HONTE. Et ça ne devrait pas se vivre ainsi. L'aide sociale est un filet de protection pour les citoyens. Ni plus ni moins. Ce qui est honteux, c'est de considérer un être humain comme une machine économique et le soumettre à des mesures administratives sans égard à la dimension humaine.
Les mesures proposées par M. Dumont, en plus d'être d'une ignorance apparente de la réalité vécue par les personnes en situation de pauvreté, sont bien en avant des sources réelles du problème : le manque de formation, le manque d'emplois variés et accessibles, le manque de réseau d'entraide et, pour amplifier et cimenter l'effet des histoires de vie difficiles, la PAUVRETÉ ELLE-MÊME.
L'argent de nos jours, c'est l'air et l'eau. L'être humain est ainsi fait qu'il doit manger trois fois par jour, tous les jours de sa vie, pour se maintenir en santé physique et mentale; il doit dormir à l'abri et à la chaleur; il doit être en relation harmonieuse avec son environnement social. Si ces besoins ne sont pas comblés sur une période plus courte qu'on l'imagine, il peut développer des dysfonctionnements qui n'ont rien à voir avec des «défauts» de paresse, d'égoïsme, d'inconscience et d'irresponsabilité.
Oui, ça devient peut-être un mode vie pour certains, car l'être humain est ainsi fait qu'il s'adapte aux pires situations. «Je ne suis jamais retenu(e) pour un emploi? Je ne vais pas me retrouver à la rue et souffrir de la faim et du froid. Je vais me débrouiller autrement en attendant.»
Sauf que l'attente peut se prolonger indéfiniment. Vous voudriez peut-être que ces personnes participent à n'importe quel programme sans avenir plus favorable à l'employeur qu'au prestataire - programmes jamais remis en question d'ailleurs quant à leur efficacité réelle à moyen et long terme - avec seule alternative de se laisser mourir à petit feu? Mettez sur pied des solutions réalistes et respectueuses, des mesures par étapes avec un soutien axé sur la personne prestataire et non sur l'administration ou les utilisateurs de «cheap labor», réalisez qu'une mesure aussi drastique que condamner des personnes à la faim, au froid ou au désespoir est improductive si le résultat souhaité est le plein emploi.
Vous sauverez quelques dollars, mais vous n'aiderez pas ainsi à construire un mode de vie équitable et durable. La pauvreté fait parfois de citoyens honnêtes des délinquants «administratifs». Mais les préjugés font de nous tous des complices d'un des fardeaux le plus lourd des êtres humains : la pauvreté.
Manouck Germain
Personne en situation de pauvreté et membre du C.D.P.A.S.