Les Lavigueur, au-delà de l'histoire
Comme des milliers d’autres personnes, j’ai regardé, dimanche dernier, la soirée des prix Gémeaux. Et j’ai été content de voir qu’on avait donné des trophées à l’équipe ayant réalisé la série «Les Lavigueur, la vraie histoire».
J’ai été content pour le scénariste Jacques Savoie, que j’ai connu un peu au Nouveau-Brunswick, alors qu’il était venu me présenter son premier livre (Lanti-livre), au moment où j’étais coordonnateur de la Maison du chômeur de Bathurst, un organisme communautaire que j’avais fondé en 1972. J’ai été content aussi pour le comédien, l’humoriste Pierre Verville, un gars de chez nous, à Victoriaville.
Est-ce la vraie histoire? Ceci n’est pas tellement important. Ce qui est sûr, c’est l’histoire telle que perçue par Sylvie et Yves, les derniers rescapés de cette aventure. Les seuls, pourrions-nous dire. Et pour tout dire, l’histoire de la vie est souvent une question de perception. Et la perception la plus juste est sûrement celle venant de ceux et celles qui vivent l’histoire.
J’ai été content pour une autre raison aussi. Dans ce cas-ci, dans l’histoire des Lavigueur, il y a quelque chose d’important qu’on peut appeler «au-delà» de l’histoire. Pour moi, cette histoire réhabilite quelque peu l’image, les perceptions que beaucoup de personnes ont sur tout ce qui touche les personnes vivant de l’aide sociale et dans la pauvreté. Il y a une dignité qui se dégage de toute cette histoire…….
C’est quoi la vraie histoire des gens en situation de pauvreté? Pour les uns, c’est la caisse de 24 bières à chaque semaine et des gens qui ne veulent pas travailler. C’est une perception, basée sûrement sur quelques faits, mais que beaucoup multiplient sans discernement.
Pour moi, il y a bien d’autres faits que j’ai été amené à constater, tout au cours des mes près de quarante ans de travail auprès et avec les personnes en situation de pauvreté.
Un instant, j’ai pensé à la révolte de milliers de chômeurs du Nord-Est du Nouveau-Brunswick qui avaient perdu leur emploi, au moment où j’étais dans ce bout de pays et que les moulins à papiers et les mines diminuaient leurs effectifs et que la mer se vidait de son poisson.
Un instant aussi, j’ai pensé aux personnes rencontrées en consultation budgétaire à l’ACEF, au début des années ’80, qui en plus de perdre leur emploi dans le meuble ou le vêtement, se voyaient aux prises avec un endettement problématique parce que les taux d’intérêt hypothécaires venaient soudain de dépasser les 20%.
J’ai aussi en tête cette femme dans la quarantaine, ayant eu un emploi bien rémunéré, et qui l’a perdu, à la suite d'une dépression profonde. Elle n’a jamais voulu entrer dans «les contraintes sévères» car, pour elle, elle était apte au travail, quoique inapte temporairement.
Je connais aussi des personnes en fauteuil roulant qui, malgré tout, gagnent une bonne partie de leur vie. En fait, j’en connais beaucoup de gens qui ne correspondent pas du tout à la perception grandement répandue…..
Aujourd’hui, j’ai reçu un communiqué du ministère de la Solidarité sociale qui parlait d’investir des millions au Centre-du-Québec, par le biais programme PACTE pour l’emploi, afin de sortir plus d’un millier de personnes de l’aide sociale dans la région Centre-du-Québec.
Je me suis dit juste une chose en lisant le communiqué plein de chiffres. Je n’ai rien vu qui incite à lutter contre les préjugés et cela m’inquiète. Car c’est probablement la première chose à faire, connaître, vouloir connaître les choses au-delà de l’histoire trop racontée, trop multipliée. Merci donc aux Lavigueur pour avoir permis qu’un bout de chemin se fasse en ce sens.
Henri-Paul Labonté
Coordonnateur AGÉPA Centre-du-Québec