Laval Perreault et Gaston Dorion devant leur maison
Le secret bien gardé de La Courtisane
Bien plus de touristes canadiens, américains et européens que de Victoriavillois connaissent, du dehors comme du dedans, cette magnifique maison patrimoniale située à l’angle des rues Onil et Lavigne. Et pourtant, elle fait partie de leur décor depuis 1912. Outre son environnement foisonnant et les couleurs qui l’ornent maintenant, elle n’a pas vraiment changé.
Frank Leahey, son premier propriétaire, puis ses filles, les deux institutrices Madeleine et Annette qui l’ont habitée si longtemps, la reconnaîtraient du premier coup d’œil.
Et ils seraient probablement heureux de savoir qu’elle arbore encore une valeur patrimoniale «supérieure» selon cette étude du patrimoine bâti de Bergeron et Gagnon qu’avait commandée la Ville de Victoriaville en 2002.
Gaston Dorion et Laval Perreault, ses propriétaires depuis 15 ans, n’ont pas l’intention de transformer leur résidence… pas même pour ajouter un cinquième et ultime «soleil» à leur classification.
«Pour avoir un cinquième soleil, il nous faudrait, par exemple, entreprendre des travaux pour ajouter une salle de bain à chacune des chambres. Pas question d’abattre des murs!»
La Courtisane
On l’aura deviné, MM. Dorion et Perreault exploitent un gîte dans leur maison du 7, rue Onil, qu’ils ont baptisée La Courtisane, une sorte de clin d’œil, équivoque, admettent-ils, à une autre époque, explique Gaston. Là-dessus, une anecdote. Lorsqu'ils ont choisi le nom de leur gîte, les nouveaux propriétaires ne savaient pas qu’une «courtisane» d’un autre genre proposait ses services dans les petites annonces du journal. «On a réussi à la convaincre de changer de nom… pour lever toute ambiguïté», raconte encore Gaston.
Ils sont les seuls à posséder un gîte en plein centre-ville de Victoriaville et figurent parmi les pionniers dans ce domaine sur le territoire de la MRC d’Arthabaska. «Même s’il y a plus de gîtes aujourd’hui – seize – on ne se fait pas vraiment concurrence entre nous. On s’entraide même», disent les tenanciers de La Courtisane.
Un coup de coeur
Ils racontent avoir eu un «coup de cœur» pour cette maison de style néo Queen-Anne, pour son cachet, son état de conservation, des détails comme ses portes d’arche, ses fenêtres à guillotine. Ils l'ont achetée des mains d'une dame Lemieux - qui ne l’a possédée que durant un an.
La résidence est située tout juste à l’angle des rues Onil et Lavigne. Elle a même gardé précieusement, collées à sa façade et à l’un de ses murs de côté, les anciennes affiches de rues.
«La maison ne comportait pas de volets. C’était tout nu. Il n’y avait pas d’arbres, ni fleurs, ni haies. Mais c’était une belle et bonne maison», se rappellent Gaston et Laval.
L’idée d’en faire un petit établissement d’hébergement ne leur a été soufflée qu’un an plus tard. «C’est un ami qui nous a proposé de louer des chambres à des Français pour un court séjour. Au début, on a refusé, on ne se voyait pas accueillir des gens qu’on ne connaissait pas!»
Une maison-musée
L’environnement extérieur était nu… l’intérieur aussi, se rappellent-ils. Pour ce qui concerne l’intérieur, les sœurs Leahey, si elles pouvaient se réincarner, seraient tout à fait dépaysées!
Elles ne sauraient plus où poser l’œil tellement il y a à voir!
Laval Perreault et Gaston Dorion, formant un couple depuis 18 ans – marié civilement depuis quatre ans – ont créé une sorte de maison-musée, acquérant une multitude d’antiquités, des pièces de mobilier jusqu’aux poupées, de la vaisselle, des lampes, même des robes d’époque pour habiller, différemment, l’effigie de leur gîte, La Courtisane elle-même!
«Il y a des gens qui, en entrant ici, dans ce décor chargé, ont l’impression de se retrouver chez leur grand-mère!»
Toutes les pièces comportent leurs trésors, du grand salon au rez-de-chaussée, à la cuisine et à la salle à manger où, cette table et ces chaises auraient accueilli Sir Wilfrid Laurier lui-même au temps où elles meublaient une des résidences cossues de ses amis de la rue Laurier.
À l’étage, les portes des trois chambres s’ouvrent sur des univers tout à fait différents. Il y a la chambre du «Chapeau melon», celle de la «Campagnarde» et l’autre «La Belle époque».
Si les meubles et les accessoires sont issus de diverses époques, les propriétaires ont bien pris soin de cacher ce téléviseur qui jurerait dans leur décor!
Laval et Gaston affirment que même si leur maison ne servait pas de gîte, ils l’auraient ainsi parée. Pour le bonheur de collectionner et de décorer.
Un travail de restauration
Au-delà du décor, on repère toutefois le travail de restauration qu’ont mené les propriétaires.
Certes, ils ont changé la vocation de certaines pièces, une chambre du rez-de-chaussée devenant la salle à manger, la cuisine ayant été adaptée aux besoins contemporains, rehaussée d’une crémaillère à l’européenne.
Laval dira que pour ces travaux, ils auront investi au moins trois fois l’investissement requis pour l’achat de la maison. Ils ont, par exemple, enlevé prélarts, contre-plaqué pour retrouver le pin et l’érable des planchers, le lambris des murs.
Les propriétaires du 7, rue Onil, estiment que la Ville de Victoriaville pourrait offrir de l’aide à ces gens dont la maison revêt une valeur patrimoniale. «Il s’en est beaucoup démoli de belles maisons à Victoriaville! Si la Ville voulait encourager la préservation, peut-être lui faudrait-il verser une aide financière pour l'entretien extérieur (comme la Ville de Québec) et revoir certains de ses règlements. Et puis, on aurait voulu, ici, agrandir notre galerie, mais on nous l’a refusée parce que nous étions trop proches de la rue. Pourtant, rue Notre-Dame, il y a plein de terrasses collées sur la rue.»
Et ils ferment cette parenthèse… euh politique.
Un florilège de touristes
Ainsi, pour au moins trois nuitées par semaine, six mois durant, Laval et Gaston prennent plaisir à accueillir toute une diversité de touristes. «On ne fait pas pour le commerce ou pour l’argent. Le gîte nous permet de rencontrer des gens, de partager avec eux. Des clients sont devenus des amis, comme cette petite famille de Belges, le père, la mère et la fille.»
En quatorze ans, ils ont accueilli toutes sortes de gens dans leur maison où flottent le fleurdelisé, l'unifolié même le drapeau des gais. «Mais jamais, on n’a voulu que notre gîte n’accueille qu’un type de clientèle!», prennent-ils la peine de spécifier.
Séjournent chez eux des cyclistes de passage sur le Parc linéaire, des parents accompagnant leurs petits joueurs de soccer, des musiciens ou des techniciens du Festival international de musique actuelle de Victoriaville, des touristes surtout du Québec, du Canada et d'autres des États-Unis et d'Europe. En 2004, c’est chez eux, que, tout un été, ont séjourné des membres de l’équipe des Artisans du rebut global.
Tant qu’ils auront du plaisir à dire à leurs hôtes qu’ils peuvent faire comme chez eux, Laval et Gaston garderont ouvertes les portes de leur demeure.
Doris Ducharme
Commentaire mis en ligne le 29 juillet 2008Gaston et Laval,
Quel bonheur de visiter votre maison par l'entremise de notre journal local.
Merci de m'avoir permis ce plaisir des yeux.
Félicitations! Bel été!