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La machine qui élève des enfants

Article mis en ligne le 21 juillet 2008 à 6:04
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La machine qui élève des enfants
Jacques Brodeur (photo : www.farm1static.flickr.com)
La machine qui élève des enfants
Peu de lecteurs de cette chronique étaient nés lorsque la télé est arrivée dans les foyers québécois. Dès son apparition, certains l'ont décriée, d'autres l'ont adorée. À voir la place où elle trône dans les foyers, on la croirait presque devenue maîtresse de nos vies.
Les promoteurs de son invasion nous la présentaient comme une émettrice universelle d’informations. Des gens de toutes les classes sociales, y compris les plus pauvres, bénéficieraient d’émissions éducatives et le savoir deviendrait accessible à tous. Après un demi-siècle de présence parmi nous, le sociologue Michel Lemieux pense que la télévision est loin d'avoir tenu parole et rempli ses promesses.

Dans le livre La télé cannibale, publié aux Éditions Écosociété, l'auteur dénonce l'emprise du petit écran sur la vie des citoyennes et des citoyens. Pourquoi consacre-t-on autant de temps à des émissions ennuyantes, insignifiantes, dénuées d’esprit critique ou scientifique?

Comment sommes-nous devenus dépendants? La télé serait-elle devenue une arme de distraction massive, pour paraphraser le cinéaste Michael Moore? Michel Lemieux reproche à la télé d'avoir nui aux rapports sociaux, d'avoir contribué à l’augmentation de l’obésité et d'avoir favorisé l’isolement.

Il constate d'abord que tous les médias québécois (ou presque) appartiennent à trois groupes : Desmarais, Péladeau et Radio-Canada. Selon l'auteur, le contrôle de l’information est passé aux mains des agences de marketing et des multinationales de la communication, les deux ayant contribué à l'affaiblissement du contenu des émissions.

Il explique que le caractère vide de la plupart des émissions, entrecoupées d'images touchantes et sensationnelles, de violence, de sexe ou de paroles agressantes, toute cette mise en scène vise essentiellement à attirer et attraper le plus de voyeurs possible!

Pendant que certains espèrent l'intervention de l’État en matière de diffusion de l’information, et que d'autres espèrent que les télédiffuseurs deviendront proactifs, Lemieux nous suggère de développer notre propre esprit critique et de prendre position.

Il propose des alternatives pour se libérer de cet appareil mangeur d'hommes, qui avale des heures, un trésor hebdomadaire de 25 à 30 heures qui pourrait enrichir nos vies : lecture, bricolage, rénovation, marche, bref tout ce que nous laissons de côté pendant que nous zappons, à la recherche d'émissions épatantes rarissimes.

Le sociologue nous invite à combattre le cannibalisme de notre télé, à réduire son emprise sur notre emploi du temps. Il nous invite à tourner le bouton et à récupérer les heures qui nous manquent parce que le monstre à écran plat les engouffre.

Il est difficile de ne pas voir de ressemblance entre le livre de Lemieux et celui de Aldous Huxley, Le Meilleur des Mondes! Entre la dénonciation de l’un et le caractère visionnaire de l’autre, on peut noter les points communs : la léthargie de populations entières, prisonnières d’informations divertissantes, désensibilisantes et désarmantes.

En éteignant le sens critique des gens, on les garde éloignés des prises de décision. Lemieux se demande à qui profite le plus la télévision dans nos sociétés : aux propriétaires de médias ou aux dirigeants politiques?

Même si l'auteur de la TÉLÉ CANNIBALE l'ignore, les parents de l'école Sacré-Coeur, à Princeville, savent qu'en participant au DÉFI des 10 jours sans écrans, ils ont aidé leur enfant à faire un pas dans la bonne direction, en famille.

Un arrêt concerté de petit écran permet d'aiguiser le sens critique des enfants. Il y a donc réellement une lumière au bout du tunnel et il faut faire connaître son existence.

Jacques Brodeur, Edupax, organisme à but non lucratif

Prévention de la violence, éducation aux médias, éducation à la Paix

www.edupax.org <> Jbrodeur@edupax.org

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