Joséphine et Mamie Karagi
Mamie et Joséphine ont davantage le mal des amis… que du pays
Les deux sœurs Mamie et Joséphine Karagi n’ont pas le mal du pays, mais bien davantage, comme elles disent, le mal des amis qu’elles ont laissés derrière elles en fuyant le Congo. «Quand on veut sauver sa vie…», bien des questions ne se posent plus, laisse entendre Mamie, 29 ans, la plus jeune des deux sœurs.
Avec leur maman, Isabelle, qui ne parle que le swahili, les deux sœurs et leurs six enfants (trois chacune) viennent à peine de s’installer à Victoriaville, leur nouvelle terre d’accueil.
Leur emménagement est tellement récent que lorsque Mamie rêve, elle se revoit encore à Brazzaville, là où elle était déjà réfugiée, partie du Congo-Kinshasa. «Non, moi je rêve que je suis à Victoriaville!», dit sa sœur Joséphine, âgée de 39 ans.
Elles racontent, dans un français impeccable - «mais c’est que nous avons été colonisés par les Belges!», s'exclame Mamie – comment elles se sont retrouvées à Victoriaville, elles qui, il y a quatre ans, entreprenaient des démarches pour quitter le pays, pour sauver leur vie, beaucoup aussi celle de leurs enfants… et pour avoir des droits, précisent-elles.
Si elles sont nées au Congo (l’ancien Zaïre), jamais elles n’ont pu renier les racines rwandaises de leurs parents. «Même si nous n’étions pas au Rwanda au moment du génocide de 1994, nous étions forcément en deuil. Tous ont perdu des proches. Et c’est ce deuil qui nous dévoilait», explique Mamie.
La folie de la guerre
Dans ce qu’elle appelle la «folie de la guerre» qui a renversé le gouvernement de Mobutu en 1997, tous ceux et celles que les soldats zaïrois soupçonnaient d’être liés aux militaires rwandais risquaient leur vie.
Tout les «dévoilait», répète Mamie. Leur deuil, les traits de leur visage, même leur manière d’apprêter le riz et le haricot à la rwandaise! «J’ai été enfermée et interrogée durant quelques heures à Kinsasha par des militaires qui croyaient que j’étais une espionne», raconte Mamie.
Les sœurs Karagi ont fui les persécutions, les menaces, la peur vissée au ventre d’être battues, fusillées. Des gens de leur entourage ont été tués, d'autres, encore plus proches, sont passés à un cheveu de l’être.
Elles se voyaient partout ailleurs dans le monde… sauf au Congo. Au Rwanda? Ce n’est pas notre pays, on n’y a jamais vécu.»
Comme des «colis»
Au Commissariat pour les réfugiés de Brazzaville où elles ont adressé leur demande d’émigration, elles ne savaient pas où, sur la planète, elles allaient atterrir.
«Ce n’est pas nous qui choisissons le pays de réinstallation. C’est le pays qui nous sélectionne si nous répondons à leurs critères. Deux pays pouvaient nous accueillir, l’Australie et le Canada. Nous avons choisi le Canada!»
Dans l’avion, avec plus de questions que de bagages, les deux Africaines se sentaient transportées comme des «colis» ne sachant rien de ce qui les attendait.
Bien sûr, qu’on leur a dit qu’elles débarqueraient à Montréal. Mais Montréal, c’est où?, se sont-elles demandé. Elles ont fini par comprendre que Montréal était au Québec, une province du Canada!
Comme elles n’avaient de famille nulle part au Québec, les agents d’immigration les ont dirigées vers Victoriaville, une des treize villes de destination québécoise dotées d’une structure, le Comité d’accueil international, coordonné par Isabelle Blouin.
Un repère
À leur arrivée à Victoriaville, le seul prénom d’Isabelle a constitué pour les sœurs Karagi un réconfortant repère, puisque c’est le prénom et de leur mère et de l’aînée des enfants de Joséphine, ont-elles immédiatement remarqué. «On n’était pas tout à fait dépaysées!», disent-elles en riant.
Elles ont séjourné au Victorin pendant quelques jours avant d’emménager dans deux logements d’un même immeuble, les enfants de Mamie, Anthony, Deborah, Priscilla et ceux de Josephine Isabelle, Sylas et David allant déjà à la rencontre des enfants d’une famille irakienne, aussi fraîchement installée dans leur voisinage.
«Les enfants ne parlent pas la même langue, mais ils se comprennent par leurs gestes, leurs jeux, leurs mimiques.»
Pour l’instant, ce sont les détails de la vie quotidienne qui accaparent les Congolaises. Tellement qu’elles n’ont aucune idée de ce qui les attend, à moyen ou à long terme. Quel métier voudraient-elles exercer elles qui faisaient du petit commerce au Congo? Veulent-elles retourner aux études? Espèrent-elles obtenir leur nationalité canadienne pour avoir le droit de vote?
«Faire avec le temps»
«On va faire avec le temps… le temps de connaître», dit Mamie, bien sagement. Et elle ajoute que l’essentiel, c’est la sécurité. «Après qu'on a trouvé la sécurité, on peut travailler, on peut aimer. Le reste, c’est des petites choses. Et on n'est pas exigeantes.»
Le Comité d’accueil international, par sa coordonnatrice, par l’intervenante sociale Geneviève Pinette, les accompagne dans toutes sortes de démarches. Des formulaires à remplir, des vêtements à acheter, des supermarchés d’alimentation à découvrir, des ressources à connaître, dont Accès Travail qu’elles ont commencé à fréquenter. Elles ont également reçu beaucoup d’informations sur Victoriaville de l’hôtesse Nicole Lafrance.
Gentillesse et politesse
«De la gentillesse et de la politesse», répondent les deux jeunes femmes lorsqu’on leur demande ce qu’elles ont trouvé à Victoriaville.
Certaines gens les abordent, les croyant Haïtiennes, les questionnent sur leurs origines, s’étonnent qu’elles parlent français. Et non, elles n’ont pas encore goûté la poutine!
Elles trouvent à peu près tout qui leur faut pour préparer leurs repas. «On mange les mêmes viandes, porc, poulet. Et on cuisine beaucoup les haricots, le riz, la pomme de terre, le chou, l’épinard. Ce n’est que la manière de les apprêter qui fait la différence.» L’igname et les feuilles de manioc leur manquent toutefois.
Bien sûr que l’environnement les surprend. Tous ces visages blancs! Pour la première fois de leur vie, elles sont la «minorité visible». C'est à leur tour de se sentir observées.
Elles se font aussi l’oreille à l’accent québécois. «Même ma fille en a déjà le ton», dit Mamie, tandis que Joséphine admet le décoder moins facilement. Quant à maman Isabelle, si elle comprend un peu le français, celui du Québec la déroute complètement.
Dans leurs pérégrinations à travers Victoriaville, Joséphine a attiré l’attention de sa sœur vers un phénomène qu’on ne verrait jamais au Congo… une femme conduisant un gros camion! Les conditions des femmes québécoises et celles des Congolaises, c’est le jour et la nuit, ont déjà constaté les nouvelles résidantes victoriavilloises.
RICARDO
Commentaire mis en ligne le 15 juillet 2008Bravo! Vous trouverez que les Victoriavillois sont très gentils.