Droit de passage… droit de saccage?
Un propriétaire du mont Arthabaska s'exaspère
S'il le pouvait, Florent Dupuis ceinturerait son érablière d'un haut mur de béton pour la protéger des gens sans scrupule! «Ce n'est pas tout le monde qui est déplaisant, mais j'en ai assez de tous ces actes de vandalisme!»
La propriété de M. Dupuis, c'est cette érablière d'une centaine d'acres située au flanc du mont Arthabaska (reliant les sentiers de la rue Girouard jusqu'au Rang Blanchette), un boisé qu'on longe ou qu'on traverse si on a l'habitude d'emprunter, hiver, comme été, les sentiers du parc municipal.
Cet hiver, par une lettre d'opinion, M. Dupuis dénonçait le manque de civisme. Quelques mois plus tard, il se sent de nouveau acculé à dénoncer tous ces méfaits à l'encontre de sa propriété.
Et il énumère ces actes de vandalisme perpétrés au cours des derniers mois : tubulures arrachées, coupes d'arbres, dont un rare cerisier tardif, pillage systématique de plantes dont la cueillette est pourtant réglementée. «On ne se gêne pas pour se frayer de nouveaux sentiers, pour arracher des pancartes où il est écrit qu'il s'agit d'une propriété privée. Même mon fils et mes travailleurs se font apostropher!»
Le propriétaire a tenté de bloquer certains de ses sentiers à l'aide de troncs d'arbres… que certains ne se sont pas gênés de couper à la scie mécanique pour retourner dans les chemins interdits.
Florent Dupuis n'a décidément pas digéré que, l'an dernier, un organisateur se mêle d'orchestrer, sans sa permission, une randonnée cycliste à travers son érablière, clouant aux arbres une série de panneaux de signalisation.
À un autre moment, ce sont d'autres malfaiteurs qui s'étaient amusés à allumer un feu que les pompiers ont heureusement pu éteindre avant que le vent ne le propage à toute la montagne.
Depuis longtemps, M. Dupuis offre un droit de passage à la corporation du mont Arthabaska, offrant aux citoyens la possibilité d'une longue randonnée en forêt.
Mais il a le sentiment que cette autorisation ne lui procure que des désagréments. «Je n'attends pas de médaille, ni de remerciements, mais un peu plus de respect.» Et il ajoute que la Ville ne fait rien pour lui faciliter les choses.
«La Ville n'a pas les «moyens de ses ambitions», poursuit-il. Elle devrait, selon lui, investir de l'argent pour surveiller les lieux et s'assurer que les randonneurs se contentent des sentiers désignés.
Ces jours-ci, Florent Dupuis doit renouveler son entente avec la Ville de Victoriaville. Il se sent presque tenu de maintenir le droit de passage. «Mais on ne signera l'entente que pour deux ans», assure-t-il.
Et il ajoute que l'entente n'engagera pas l'éventuel futur propriétaire de son érablière. Car il jongle, ces temps-ci, avec la perspective de vendre sa propriété, sa condition physique ne lui permettant pas de s'en occuper comme il le souhaiterait.
Attaché à ce boisé qu'il possède depuis plus d'une dizaine d'années, il dit avoir reçu trois offres, dont une, de la Ville de Victoriaville, la plus basse des trois, révèle-t-il.
Qu'il la conserve ou qu'il la vende, à la Ville ou à un acquéreur privé, Florent Dupuis s'inquiète de l'avenir de cette forêt en particulier et du mont Arthabaska en général.
Réactions du maire
«Je ne peux que déplorer les gestes inconsidérés», a répondu le maire de Victoriaville, Roger Richard, appelé à réagir aux déclarations de M. Dupuis.
Chaque fois qu'il en a l'occasion, le maire dit en appeler au sens civique des citoyens. Il l'a fait à plusieurs reprises au cours des derniers mois, pour protéger, par exemple, la Place Sainte-Victoire et l'environnement du garage municipal.
Le maire a dit souhaiter que Florent Dupuis accepte de renouveler l'entente pour le droit de passage dans son érablière. «On a toujours apprécié sa grande collaboration», a précisé M. Richard.
Sur la question de la surveillance des lieux, le maire a indiqué qu'elle était en partie assurée par les bénévoles dans les sentiers municipaux. «Mais on ne peut pas intervenir sur une propriété privée!», a spécifié M. Richard.
Relèvent également du domaine privé toutes les procédures de négociations que la Ville a pu entreprendre avec M. Dupuis pour l'acquisition de son érablière, a répliqué le maire.
«M. Dupuis est toujours dans son droit, tant pour l'autorisation du droit de passage que pour sa décision de vendre ou non. S'il veut vendre, il est aussi dans son droit de choisir l'acheteur.»