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Entrée progressive au préscolaire

Article mis en ligne le 30 juin 2008 à 10:47
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Entrée progressive au préscolaire
En vue de la rentrée scolaire de 2008-2009, les enseignantes du préscolaire auront à se débattre, comme chaque année, afin de permettre aux élèves de bénéficier d’une entrée progressive à l’école.
Or, l’entrée au préscolaire est une étape importante pour l’enfant de 5 ans. Cette transition représente une période de vulnérabilité pendant laquelle se développent des attitudes et des comportements qui ont un rôle capital dans le développement et la réussite des élèves. Il faut donc y accorder l’importance nécessaire en donnant le temps à l’enfant de s’approprier son nouveau milieu et à ses parents de créer une relation de confiance avec l’enseignante et l’école. La fréquentation antérieure de la garderie, contrairement à ce qu’on pourrait croire, a peu d’influence sur l’intérêt de l’enfant pour l’école et son autonomie en classe dès le début de l’année.

Le modèle d’entrée progressive privilégié par les enseignantes s’articule autour de deux prémisses, soit la diminution du temps de présence de l’élève à l’école, accompagnée d’une diminution du nombre d’élèves dans le groupe. Ce contexte de diminution groupe-minutes avantage l’enfant qui, selon une recherche menée sur le sujet, s’approprie davantage son rôle d’élève et se sent plus vite à l’aise avec son enseignante. Cette façon de faire en début d’année permettrait à l’enfant d’aimer davantage l’école. La recherche démontre que plus ce dernier a passé du temps dans un contexte de groupe restreint lors de son entrée à la maternelle, plus la relation avec son enseignante est empreinte de chaleur. De plus, la relation de l’enseignante avec les parents serait aussi plus positive. Globalement, ceux-ci rapportent plus d’échanges relatifs à l’adaptation de l’enfant, à ses apprentissages, de même qu’au vécu parental et familial. Ils signalent aussi mieux connaître les pratiques éducatives de l’enseignante.

Des enquêtes menées par la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE CSQ) auprès de ses membres qui travaillent à l’éducation préscolaire corroborent la recherche en faisant ressortir clairement que l’entrée progressive à la maternelle est bénéfique sur les plans individuel, familial et scolaire. Sur ce dernier plan, une entrée progressive, selon des enseignantes, leur permet d’accorder plus d’attention à chaque enfant, de prendre contact individuellement et d’une façon plus chaleureuse et d’être plus à l’écoute. Elle permet à l’enfant d’avoir plus de temps pour intégrer les routines et s’approprier l’environnement. Elle lui permet aussi d’apprendre les règles de vie de la classe et de l’école et de mieux connaître les autres. Une entrée progressive diminue le niveau de stress auquel l’enfant doit faire face parce qu’elle lui donne le temps de s’adapter.

Or, même si cette modalité est jugée incontournable par plusieurs, la FSE constate que, depuis 2006, les commissions scolaires semblent vouloir se rétracter sur ce sujet. Ainsi, dans plusieurs milieux, la période réservée à l’entrée progressive a diminué de moitié. Les commissions scolaires allèguent la règle des 180 jours (article 16 du Régime pédagogique) pour empêcher la mise en place de mesures d’accueil en début d’année. Cette attitude s’explique mal, compte tenu du caractère non obligatoire du programme du préscolaire. N’y aurait-il pas lieu d’adopter une certaine souplesse dans l’interprétation de cet article pour les élèves du préscolaire ?

La FSE a déjà demandé que l’on assure une entrée progressive d’au moins cinq journées de classe, ou l’équivalent pour les élèves de 4 et 5 ans. Cette mesure est primordiale et doit être inscrite dans le régime pédagogique. Nous comprenons mal, d’une part, qu’on prône l’intervention préventive en investissant des sommes importantes et qu’on ignore, d’autre part, l’importance du premier contact des enfants avec l’école pour la suite de la scolarité en empêchant d’offrir aux enfants une entrée plus personnalisée.

De nombreuses recherches affirment le rôle capital de l’entrée à la maternelle et de la maternelle elle-même sur le développement et les apprentissages de l’enfant. Dans ce contexte, favoriser la création d’une relation de qualité entre l’enseignante et chacun des enfants contribue à la réussite scolaire et éducative de ces derniers. D’un point de vue éthique, notre responsabilité est de tout mettre en place pour que l’éducation préscolaire puisse remplir son mandat, notamment celui de « faire de la maternelle un rite de passage qui donne le goût de l’école » (MEQ, 2001).

Le gouvernement et son ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport doivent utiliser tous les moyens dont ils disposent pour atteindre l’objectif national d’une qualification de 100 % des jeunes en fonction des choix et du potentiel de chacun.

Manon Bernard,

Présidente de la Fédération des syndicats de l'enseignement

Francine Boily,

Présidente de l'Association d’éducation préscolaire du Québec (AÉPQ)

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