Alaister MacKenzie et Lucille Giroux en bordure du Rang 3, là où se trouve la bergerie de La Moutonnière. Tous les jours, le lait des brebis prendra la route vers la fromagerie du village.
La Moutonnière déménage sa fromagerie au village
Comme Sainte-Élizabeth, Sainte-Hélène-de-Chester aura aussi sa fromagerie au cœur du village, alors que La Moutonnière déménagera une partie de ses activités, sa fromagerie justement, dans ce qui était aussi, un presbytère à l’origine.
La décision de la Municipalité de Sainte-Hélène-de-Chester d’acquérir l’ancienne école du village et de se départir de son centre administratif, a ravivé ce projet de Lucille Giroux et de son associé, Alaister MacKenzie, de construire une nouvelle fromagerie.
L'entreprise investit quelque 450 000 $ pour réaménager le bâtiment afin d’y localiser ses salles de transformation, d’affinage, d’emballage et d’entreposage, ses bureaux et sa boutique.
Lucille Giroux explique qu’il y a aussi des travaux à entreprendre pour installer des systèmes de traitement des eaux de procédés, refaire la ventilation.
La Moutonnière sera locataire du bâtiment pour les deux prochaines années, la Municipalité lui offrant la possibilité d’acheter l’immeuble au terme du bail.
Le chantier s’est amorcé il y a deux semaines pour se terminer au plus tard à la fin août, espère Mme Giroux. La balade gourmande de la fin septembre devrait permettre au public de visiter les nouvelles installations. «Mais les gens pourront aussi venir chez nous, à la bergerie»… à trois kilomètres de là.
Heureuse de pouvoir contribuer à redynamiser le cœur du village, La Moutonnière concocte déjà la recette d’un nouveau produit – le dixième de sa gamme – à «l’image de Sainte-Hélène». Mme Giroux révèle qu'il s'agira d’un fromage affiné, mariant deux laits, celui des brebis et celui des vaches.
Par son installation au village et le lancement de ce nouveau produit, on lance un double appel, aux producteurs de lait de vache… et aux producteurs de lait de brebis, les invitant à se rapprocher des montagnes de Sainte-Hélène-de-Chester.
Sortir de la maison!
Depuis les débuts de la fromagerie, en 1993, c’est dans le sous-sol de sa maison du Rang 3 que la bergère transforme le lait de ses brebis.
Toujours dans une aire de 22 X 12 pieds et un bassin d’une capacité de 500 litres, elle produit maintenant jusqu’à 8 tonnes métriques (8 000 kilos) de fromage par année. «C’était 800 kilos par an au début!», se rappelle-t-elle.
Avec de telles installations, il était à peu près impensable de vouloir prendre de l’expansion, à moins d’ajouter du personnel et des quarts de travail, ce qui aurait encore hypothéqué l’intimité de Lucille et de son conjoint, Richard Caisse.
Inutile aussi d'espérer une accréditation fédérale qui permettrait à l’entreprise d’exporter ses produits en Ontario, aux États-Unis… ou au Japon! «Avec toutes les récompenses que nous avons gagnées à la Société américaine des fromages depuis cinq ans, on pourrait trouver de la place sur des marchés américains. Après tout, Boston, c'est moins loin que Toronto!»
Des 10 000 kilos que la fromagerie pourra produire, à court terme, il y aurait ainsi des possibilités d’écouler les surplus sur d’autres marchés que le Québec, croit Mme Giroux. «À court terme, on vise davantage l'Ontario.»
Pendant quelques années, les deux associés de La Moutonnière avaient jonglé avec le projet de construire une fromagerie pas très loin des prés où paissent les brebis, sur une terre appartenant à Lucille et à son conjoint. Après une «saga» auprès de la CPTAQ – qui avait finalement accepté le projet – les deux associés en ont conclu qu’il coûterait trop cher de construire une entreprise dans le Rang 3, sans garantie d’approvisionnement en lait.
L'entreprise de Sainte-Hélène transforme le lait des 300 brebis de son troupeau et aussi celui de quelques autres producteurs québécois. Des bergers qui font la traite, il n’y en a pas des masses au Québec. «Même si je le fais depuis 15 ans, notre secteur en est encore à ses balbutiements. Nous n’avons pas d’organisation, ni de structure, nous en sommes encore au débroussaillage. Mais il y a du potentiel.»
Ainsi, avant que la Municipalité offre à ses citoyens la possibilité d’acheter son centre administratif, Lucille Giroux et Alaister MacKenzie avaient remisé leur projet, s’étant plutôt occupés à améliorer la gestion de leur troupeau afin d’avoir du lait durant toute l’année.
D’autres, avant eux, avaient flairé que le site était tout indiqué pour une fromagerie. «On était allés visiter l'immeuble en se disant que de nos amis pourraient peut-être y ouvrir une auberge. On n'y allait pas pour nous!», rappelle Mme Giroux.
Les commentaires de l’inspecteur de l’agence canadienne ont achevé de convaincre le tandem Giroux-MacKenzie de s'y installer. Deux étages de 27 X 65 pieds font déjà rêver la bergère préférée de Daniel Pinard, sa «héros» comme il l’a appelée lorsqu’il lui a consacré, à Pâques, une de ses émissions Du cœur au ventre.
En nichant sa fromagerie au village, c’est un peu comme si Lucille Giroux sortait l’entreprise de son giron, lui donnait une nouvelle erre d’aller. «Il est important que La Moutonnière puisse poursuivre son chemin.»
Entre une terre agricole et un parc industriel, Lucille Giroux estime que d'installer la fromagerie dans le village de Sainte-Hélène-de-Chester constitue un bien beau compromis, congruent avec ses valeurs et son attachement au terroir.