De l'avant à l'arrière-plan, France Auger, Karine Lesage et Mélanie Pinard
Va pour les principes, c’est dans les moyens que ça grince
Les propriétaires de maisons anciennes s’inquiètent
Les consultations publiques se suivent, mais ne se ressemblent pas, a constaté la conseillère municipale France Auger, présidente du comité chargé d’élaborer la politique du patrimoine de la Ville de Victoriaville.
Autant les échanges avaient été animés lors de la première consultation en septembre, autant, par les questions et commentaires surtout des propriétaires de maisons anciennes, France Auger a pu mesurer l’ampleur des inquiétudes. La «corde sensible» a été touchée, a-t-elle dit, celle du patrimoine immobilier privé.
«Faites-nous confiance!», a-t-elle dit à l'auditoire en guise de conclusion.
Une soixantaine de personnes ont participé à la rencontre d’un peu plus de deux heures, animée, entre autres, par l’agente de développement culturel, Mélanie Pinard et Karine Lesage de la Société de développement commercial.
Il s’agissait, ce soir-là, d’élaborer les prémisses du plan d’action dont veut se doter la Ville de Victoriaville, pour mettre de la chair autour de la charpente qu’est la politique du patrimoine.
Des idées d’actions, il n’y en a pas eu à la tonne lundi soir, de sorte qu’il est fort possible que le Comité doive se réunir de nouveau au cours des prochaines semaines pour l’élaborer. «C’est certain que les citoyens ont encore jusqu’au 30 juin pour nous faire parvenir leurs idées. Et puis, depuis le début de nos travaux, nous avons reçu aussi des suggestions d’actions», a indiqué Mme Auger.
Les propriétaires de vieilles maisons, surtout ceux d’Arthabaska ont démontré qu’ils avaient la mémoire longue, se souvenant de cette réglementation que l’ex-Ville d’Arthabaska avait voulu imposer. La Ville avait dû reculer sous le tollé de protestations.
Encore aujourd’hui, des propriétaires se questionnent sur les intentions de la Ville. Veut-elle instituer un cadre réglementaire qui ajouterait des contraintes aux résidants pour lesquels les rénovations d’une maison ancienne relèvent déjà du casse-tête? «On voit poindre d’autres inconvénients», s’est inquiétée la notaire Josée Morin, propriétaire d’une maison qu'elle est en train de rénover rue Laurier. «Ceux qui achètent ces maisons, les aiment beaucoup», a-t-elle ajouté.
Les propriétaires ne bénéficient pas de beaucoup d’avantages, a-t-elle dit, eux qui contribuent à préserver le patrimoine, à stimuler le tourisme culturel. Rue Laurier, les fils ne sont pas enfouis et le nom des rues n’a pas fait l’objet d’un joli affichage de type victorien comme au centre-ville de Victoriaville, a-t-elle mentionné.
Que souhaiteraient les propriétaires des maisons anciennes? Des subventions, des allégements fiscaux, de l’aide technique? Le propriétaire du Grand Union, Laurent Marcotte, ne dédaignerait pas une aide financière.
«Les opinions là-dessus sont contradictoires!», a remarqué France Auger.
Certains, comme André Poirier, autre propriétaire d’une vieille maison de la rue Laurier, veulent conserver leur «liberté d’agir». Carole Laliberté, pour sa part, souhaite que la Ville fasse preuve de «respect» à l’endroit des propriétaires. «Faut pas s’empêcher de vivre dans ces maisons, de les modifier et de continuer de faire tourner l’économie.»
L’architecte et propriétaire d’une maison patrimoniale, Caroline Roberge, ne vit pas si mal avec la réglementation de la Ville de Victoriaville dans son quartier. «Les contraintes viennent bien davantage du Code du bâtiment, a-t-elle dit. Si j’entretiens ma maison comme il faut, je n’aurai pas de problèmes avec la Ville.»
Certaines des craintes des propriétaires sur l’éventualité d’une réglementation ont incité Ghislaine Foucault, présidente du Comité consultatif d’urbanisme, à rectifier certaines affirmations. Jamais, a-t-elle dit, le Comité n’a empêché un propriétaire de choisir, par exemple, la couleur de sa vieille maison.
Si la Ville doit tenir une consultation publique pour un nouveau projet de réglementation patrimoniale, les propriétaires lui ont demandé davantage. «Étant donné la sensibilité du sujet, il faudrait une réunion comme celle de ce soir», a demandé Jean Verville.
Le «trésor des trésors»
Les commentaires sur la protection du patrimoine immobilier se sont également élargis aux «monuments» religieux.
Il a été question de la maison des Frères du Sacré-Cœur, le «trésor des trésors» de la région, un patrimoine significatif pour le Québec, a dit Josée Morin.
Elle aurait espéré que, tout en respectant la volonté des Frères de se départir de leur maison, «ma Ville crée un comité qui aurait pu les aider à trouver un acheteur et mettre en valeur ce trésor». Depuis toujours, a-t-elle poursuivi, la communauté religieuse a laissé au public l’accès à son immense domaine bordant la rivière Nicolet. «Aura-t-on encore un accès?». Me Morin aurait souhaité plus de «transparence» dans ce dossier.
La conseillère municipale a indiqué que lorsque la Ville avait appris le projet de vente, l’immeuble était déjà entre les mains d’une agence. «De la transparence dans ce genre de dossier peut nuire ou faire fuir un promoteur», a-t-elle déclaré.
D’autres, comme Guylaine Martin, de la Société d’histoire et de généalogie, ont exprimé leurs inquiétudes quant au sort de l’église et du cimetière Sainte-Victoire où, l'été dernier, une quarantaine de lots ont été vendus.
Pierre Ducharme a, de son côté, mentionné que le «lobby» de protection du patrimoine ne faisait peut-être pas le contrepoids devant des gens plus portés à la défense du développement économique.
D’ailleurs, a indiqué Jocelyne Lévis, coordonnatrice des Fêtes victoriennes, les rares interlocuteurs en cette matière sont à la veille de se «retrouver à la rue», faisant allusion, notamment à la vente imminente de la maison des frères où loge justement la Société.
Une ville de statues!
Pourrait-on fabriquer aujourd’hui le patrimoine de demain, s’est demandé Pierre Carisse, suggérant de créer ici, une ville de «statues» pour rappeler qu'ont vécu ici de grands personnages comme Wilfrid Laurier, Suzor Coté, etc.
On a également envisagé l'implantation d'un Musée du meuble et du vêtement pour se rappeler que c’est la vitalité de ces deux secteurs que s’est bâtie Victoriaville.
Et Nancy Shaink rêve toujours que la Ville installe des infrastructures pour profiter du passage des oies blanches, plus nombreuses ici au réservoir Beaudet qu’à Baie-du-Febvre.
Là-dessus, Jean Verville a invité le Comité à faire preuve de «simplicité volontaire». On n’a pas toujours besoin de lampadaires et d’équipements bétonnés pour mettre en valeur les attraits de Victoriaville, a-t-il dit.
Il suggère d’ailleurs que la Ville alloue un certain pourcentage, toujours le même, à la protection du patrimoine.
Enfin, la Ville cherche le slogan de sa politique du patrimoine. Jacques Pelletier, attaché politique du député d’Arthabaska, Jean-François Roux – qui a assisté à toute la rencontre – a été le seul à en suggérer un : un héritage durable rassemble et se raconte.