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Plongée dans l’inconnu

Une journaliste se mouille pour le 24 heures de science

Kateline Grondin par Kateline Grondin
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Article mis en ligne le 11 mai 2008 à 12:58
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Plongée dans l’inconnu
Trouver la “rainette” au milieu des autres hommes-grenouilles…(photo : Richard Poudrier)
Plongée dans l’inconnu
Une journaliste se mouille pour le 24 heures de science
Je ne devais que rapporter la nouvelle… «Dans le cadre de l’événement provincial 24 heures de science, organisé par le regroupement des organismes québécois de culture scientifique et technologique Sciences pour tous, une entreprise de la région a permis à une douzaine de participants de tremper dans l’univers de la plongée sous-marine»… Mais bien sûr, il a fallu que l’instructeur et propriétaire de Plongée XL, Michel Labrecque, me lance «veux-tu essayer ?»
Premièrement, je ne suis pas une poule mouillée. Et puis, j’avais déjà raté ma chance de me payer une tranche de sensations fortes au dernier Challenge sur glace, alors que Samuel Charland devait me prêter son bolide pour faire la course des femmes et que nous nous sommes aperçus, à la dernière minute, qu’il n’y avait aucune chance pour que mes petites pattes atteignent ses lointaines pédales… mais ça, c’est une autre histoire.

Troisièmement, je nageais comme un poisson dans l’eau déjà au moment de sortir de la «pataugeoire» maternelle, alors ce n’est pas un masque, un détendeur, une paire de palmes et une bonbonne de gaz à 3 000 lbs de pression qui allaient m’arrêter, non… non? Au nom de la science, je me mouille!

Mais qu’est-ce que la science a à voir avec ce sport sous-marin? «Au début, quand on nous a approché pour offrir cette activité, nous nous sommes posé la question», confie Julie Ouimet, responsable des communications et instructrice chez Plongée XL. «En y pensant bien, il y a beaucoup de principes physiques, mécaniques et chimiques. Il ne faut pas oublier que la NASA utilise la plongée sous-marine pour entraîner ses astronautes, puisque les réactions physiques à l’environnement sous-marin sont similaires à celles rencontrées dans l’espace» a ajouté l’instructrice, pendant que je me débattais avec mes palmes pour rester à la verticale, dans la piscine du Centre aquatique de Princeville.
La flottabilité
Oubliez l’expression «nager comme un poisson dans l’eau». Avec tout l’appareillage qu’on doit d’abord apprivoiser, je me sentais plus comme une rainette myope avec deux pattes gauches. Pas étonnant qu’on appelle les plongeurs, des « hommes-grenouilles»… Qui aurait cru que même croulant sous un gilet de plongée, sa bonbonne, ses boyaux, un masque, et une paire de palme aussi longues que mes propres jambes, je serais la seule à trouver le moyen de flotter à la surface?
«Ça arrive parfois quand une personne a les os plus poreux. Certaines personnes vont directement au fond et d’autres resteront toujours à la surface», m’explique Michel Labrecque, avant de me proposer d’ajouter un peu de plomb pour pouvoir m’aider à… couler. «Ma mère m’a toujours dit qu’il me manquait un peu de plomb dans la tête», que je lui ai répondu en tentant de sourire, pas du tout convaincue que je souhaitais finalement aller visiter le fond de la piscine.
L’être humain n’a pas tant besoin d’oxygène
«Contrairement à ce que certains pensent, les bonbonnes pour la plongée ne contiennent pas seulement de l’oxygène, ça risquerait, à la limite, d’être toxique», explique Michel Labrecque, sur la composition de ce que nous allons respirer pour la prochaine heure.
«L’air que l’on respire est composé de seulement 21% d’oxygène, 78% d’azote et de 1% d’autres gaz. Pour la plongée sportive, nous utilisons le Nitrox, un mélange où on augmente la proportion d’oxygène à 40%, en réduisant la proportion d’azote à 60%.» Ce mélange permet de diminuer l'absorption de l'azote et, par conséquent, diminue les risques d'accidents de décompression. Le Nitrox améliore également l’élimination de l’azote saturé au moment de la plongée, ce qui diminue ainsi le risque d’essoufflement.

«Pour une plongée plus technique, qui peut aller jusqu’à environ 1 000 pieds, nous utilisons cependant le Trimix, un mélange auquel on ajoutera de l’hélium, dans une proportion, par exemple, de 50%, avec 18% d’oxygène et 32% d’azote. Ça permet de diminuer la flottabilité et d’aller plus en profondeur.»

En attendant, son mélange me donnait l’impression que j’allais manquer d’air, même que j’avais quelques palpitations. «C’est normal, ce n’est pas naturel pour un humain de respirer dans l’eau.» Tu m’en diras tant…

Questionné à savoir si le bruit sifflant que j’entendais en «respirant» dans le détendeur (le tuyau que l’on «croque» entièrement dans sa bouche) était normal, l’instructeur me répond : «tu verras, une fois sous l’eau, ce bruit devient comme une détente…» Pendant que j’essayais de m’en convaincre, le second instructeur à ma droite, Gilles, me dit : «ça irait mieux si tu mettais le détendeur à l’endroit, dans ta bouche». Oups.

Après avoir reçu un peu de plomb dans l’aile et gonflée à bloc, j’ai finalement entrepris de visiter les bas fonds de la piscine. Effectivement, une fois dans l’eau, on y prend goût et on ne veut plus en sortir. Il me restait cependant d’autres principes à réaliser.
Décompresse!
On observe, avec la plongée sous-marine et ses équipements, différents principes physiques, dont la pression et la décompression.
Évidemment, l’air de la bonbonne ne peut être respirée telle quelle, sans d’abord être décompressée en deux étapes. Pour décompresser jusqu’à 135 lbs les 3 000 lbs de gaz de la bonbonne, le gilet est équipé d’un premier détendeur. Le second, qui nous permet de respirer, décompressera l’air à la pression ambiante. «Il est équipé d’un bouton de purge hypersensible. Aussitôt qu’on entre dans l’eau, l’équivalent d’un pouce d’eau pourra le faire réagir et détendra le gaz. On observe aussi un principe de climatisation. Si un gaz comprimé se détend longtemps, ça givre!», explique à ce sujet Michel Labrecque.

L’être humain aussi réagit à la pression. C’est pourquoi on doit constamment pincer fortement et souffler dans son nez, au fur et à mesure qu’on descend plus profond, pour la rééquilibrer. Certains plongeurs en eaux profondes vont jusqu’à souffrir de la décompression. C’est pourquoi il est nécessaire d’établir pour ce genre de plongée différents paliers. «Cependant, c’est un mythe que nous avons besoin de paliers de décompression en plongée sportive, puisque nous allons rarement au-delà du 130 pieds de profondeur (40 mètres)», précise à ce sujet Michel Labrecque.
Dernier principe : l’humilité
Même sans vouloir me mettre de pression, je l’ai subi à mon insu. À peine à 12 pieds sous l’eau, mes «muscles» auditifs en avaient assez de se faire comprimer. Je n’ai donc pu aller plus en profondeur dans mon expérience, malgré toute la volonté et le professionnalisme de mes «collègues de laboratoire».

Il faut savoir reconnaître ses limites… pour l’instant, du moins.

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