Un silence qui fait mal
C’est avec un mélange d’indignation et de tristesse que j’ai pris connaissance de l’intention de l’Église catholique de Québec de s’entêter dans un silence froid et hautain relativement aux crimes sexuels que m’a infligés l’un de ses représentants, l’abbé Armand Therrien.
Violée par ce membre du clergé, qui m’a imposé le silence et a détruit ma vie, je n’arrive pas à croire que l’Église, et ses représentants, dont le cardinal Ouellet, se cachent derrière le paravent de processus bureaucratiques et refusent un minimum d’humanité et de compassion. Ce silence et cette froideur sont une nouvelle blessure pour moi et une nouvelle source d’indignation.
Le viol est un acte criminel. Et ceux qui camouflent les actes des criminels et qui augmentent les souffrances des victimes sont eux aussi des criminels.
J’aurais souhaité que le cardinal Ouellet accepte de me rencontrer, comme j’en ai plusieurs fois fait la demande. Ma requête s’est butée à un silence. Aujourd’hui, l’Église catholique de Québec répond encore avec le silence.
Il y a des silences qui font mal…
J’ai été violée par l’abbé Therrien : l’Église et le cardinal Ouellet le savent.
Des tests d’ADN, imposés par la cour, ont démontré que l’abbé Therrien était le père de mon fils : l’Église et le cardinal Ouellet le savent.
L’abbé Therrien m’a imposé le silence : l’Église et le cardinal Ouellet le savent.
J’ai vécu pendant des décennies avec la douleur de cette immense blessure : l’Église et le cardinal Ouellet le savent.
L’Église et le cardinal Ouellet savent tout ça et ils continuent de se cacher dans le silence.
En se montrant ainsi indignes de leurs prétentions morales, ils ajoutent à mes souffrances et à toutes celles des victimes de crimes sexuels commis par les représentants du clergé.
Ils prêchent la compassion, l’amour et la générosité, mais ils agissent avec froideur, calcul et indifférence.
France Bédard
Saint-Hubert