Debout, le directeur général, Nicolas Théberge lors de la soirée d'information des résidants du secteur de la Plage Hamel
«Ça se peut que je vous évacue encore pour rien cette année!»
Nicolas Théberge, directeur général de la Ville de Victoriaville et coordonnateur des mesures d’urgence préfère être enguirlandé pour évacué des résidants inutilement que d’être blâmé d’avoir laissé quelqu’un mourir à la suite d’une inondation. «Ça se peut que je vous évacue encore pour rien cette année!», a-t-il déclaré.
Son message, M. Théberge l’a répété à maintes et maintes reprises à la vingtaine de résidants présents à cette réunion d'information convoquée mercredi soir, par la Ville de Victoriaville.
Ces résidants, du secteur de la Plage Hamel, faisaient partie du groupe des 78 personnes (29 résidences) évacuées lors des débordements de la Bustrode au début du mois de janvier.
Accompagné de Martin Leblond, directeur de la Sécurité publique, Nicolas Théberge voulait dresser objectivement le bilan de cette opération et, surtout, préparer la prochaine.
Parce qu’on s’attend à d’autres débordements de la rivière Bulstrode dans ce secteur. Deux fois plutôt qu’une dans une même année, par surcroît. Avec toute cette neige tombée, le printemps qui tarde à s’installer, il y a un fort risque pour que les résidants des rues Dorilla, Fraser, Lavoie et Yannick soient de nouveau menacés par une crue des eaux.
Trop vite?
Au bilan des opérations de janvier dernier, bien des résidants ont eu le sentiment que la Ville avait «pesé trop vite sur la gâchette», ordonnant l’évacuation alors que, dans leur environnement immédiat, le niveau de l’eau n’était pas si inquiétant.
Si certains se réjouissent que la Ville se soit dotée d’un plan des mesures d’urgence, ils estiment toutefois qu’elle devrait réviser ses indicateurs. «Nous, on sort quand l’eau monte!», a dit un citoyen habitant le secteur depuis trente ans, frustré d’avoir été évacué bien avant que l’eau n’ait atteint les balises qu’il s’est lui-même fixées au fil du temps. «Faudrait pas oublier qu’on est des humains, qu’on est aux premières loges à la Plage Hamel. Faudrait que vous redéfinissiez votre degré d'urgence!»
Nicolas Théberge a admis que l’évacuation avait été inutile en janvier dernier, mais il ne la regrette pas. Il est de la responsabilité de la Ville, a-t-il souligné, d’assurer la sécurité de ses citoyens. Non seulement veut-elle éviter que la vie des résidants soit mise en danger, mais elle souhaite également que les évacuations se fassent «à pied sec» plutôt qu’en hélicoptère ou en Zodiak, a expliqué le coordonnateur.
D’ailleurs, a-t-il spécifié, avec des débits d’eau moins importants que ceux de janvier dans la Bulstrode, le quartier a déjà été inondé. «Les débits observés les 8 et 9 janvier étaient supérieurs à ceux qu’on a déjà vus, et on a été surpris qu’il n’y ait pas eu de dégâts», a-t-il dit.
Même avec ces règles géodésiques pour mesurer le niveau d’eau des rivières Nicolet et Bulstrode que la Ville veut installer prochainement à quelques endroits stratégiques, il n’y a pas, selon M. Théberge, de formule mathématique permettant de prévoir une inondation. L’épaisseur de la glace sur une rivière, la température de l’eau, la nature des précipitations, la présence ou non d’un embâcle jouent, chacune, son influence.
Le barrage
Inévitablement, il a été question de la gestion du barrage du réservoir Beaudet, sous la responsabilité du service hydrique du ministère de l’Environnement. Nicolas Théberge a spécifié que même si l’on vidait le réservoir à «titre préventif», cela ne régulerait les trombes d’eau dévalant des montagnes. «Ça rentre à 120 mètres cubes à la seconde!»
Le drainage des terres agricoles, le développement de la construction avec plus de toits et de revêtement d'asphalte accentuent le ruissellement des eaux vers les rivières, a expliqué M. Théberge. «La terre est moins perméable et l'eau s'écoule directement et rapidement dans les rivières», a-t-il noté.
Des mesures correctives
Outre les nouveaux outils de mesures dont la Ville veut se doter pour apprécier le niveau d’eau des rivières, elle a également adopté de nouveaux protocoles pour corriger les «ratés» de la dernière opération.
Par exemple, lors d’une prochaine évacuation, les résidants seront invités à remplir un formulaire pour que la Ville puisse garde un lien avec eux et pouvoir leur communiquer le moment où ils pourront réintégrer leur demeure. D’ailleurs, la Ville veut se donner un canal plus direct avec les citoyens. En janvier dernier, les médias nationaux auraient déformé les messages des autorités civiles, ce qui a mêlé les cartes pour des résidants.
La Ville s’engage aussi à ceinturer le quartier évacué, à poster des surveillants afin d'éviter que les voleurs ne profitent de la situation.
Nicolas Théberge a recommandé aux résidants de se préparer à une évacuation dès qu’ils reçoivent un appel d’alerte.
Les résidants du secteur Hamel ont également eu en primeur ce que tous les citoyens de Victoriaville recevront la semaine prochaine, ce guide de préparation à une urgence, lequel invite notamment, à préparer sa trousse de survie pour 72 heures.
Et, oui, la Ville a, légalement, ce pouvoir d’ordonner une évacuation, a répondu M. Théberge à ceux qui lui posaient la question.