Hélène Leclerc, Louise Blais et René Camiré
En équipe pour ce jeune qui ne va pas
Il n'y a désormais qu'une porte à laquelle frapper pour ce jeune qui "ne va pas", dont les troubles de comportements persistent malgré les interventions des professionnels scolaires, qui réagit mal ou encore pas du tout à la perte d'un de ses parents, qui a des crises suicidaires, dont on soupçonne des troubles psychologiques, voire une maladie mentale. @R:Les services en santé mentale offerts aux jeunes... et à leur famille, ont été complètement réorganisés au Centre de santé et de services sociaux (CSSS) d'Arthabaska-et-de-l'Érable. Et c'est au CLSC qu'il faut s'adresser pour obtenir ce genre de services, soit celui de Victoriaville (rue Monfette) soit celui de Plessisville (rue Saint-Calixte). Une équipe de base en santé mentale, comme on l'appelle, réunit cinq professionnels de la santé, des psychologues, une intervenante sociale, une psychoéducatrice et une omnipraticienne. La présence d'un médecin serait rare pour des équipes de ce genre, selon René Camiré, directeur des programmes familles, santé publique et déficience intellectuelle. "Avec la "lunette" médicale, on peut même évaluer la médication d'un jeune", se réjouit Louise Blais, coordonnatrice du programme de santé mentale jeunesse, de la déficience intellectuelle et des troubles envahissants de développement. Elle présente l'équipe jeunesse comme "une porte d'entrée, un guichet d'accès pour la mère inquiète de la déprime de son fils ou, directement, pour ce jeune qui éprouve des difficultés familiales" L'intervenante sociale Hélène Leclerc, au CLSC, accueille toutes les demandes, procède à l'évaluation du cas, l'analyse avec les autres membres de l'équipe, va, si nécessaire, à la rencontre des familles, des professionnels du milieu scolaire, dirige le jeune vers le service approprié, jusqu'aux pédopsychiatres s'il le faut. "Et ça marche dans les deux sens. Parce qu'on peut aussi assurer le suivi du jeune passé par la pédopsychiatrie après, par exemple, avoir été admis à l'urgence de l'hôpital", précise-t-elle. Les demandes de services peuvent provenir des jeunes eux-mêmes, de leurs parents, ou encore des professionnels du milieu scolaire, de la Direction de la protection de la jeunesse ou des médecins. @ST:"Le bon service au bon endroit" @R2:Si l'on connaît les équipes de base en santé mentale pour les adultes, il n'existait rien, avant 1997 pour la jeunesse, signale René Camiré. Avec l'arrivée du pédopsychiatre Mario Morency, en 1998, le portrait a commencé à changer. @R:Dans la foulée des plans d'action visant à organiser des services spécifiques pour les 0-17 ans, des budgets ont été alloués pour constituer, partout au Québec, des équipes de santé mentale dédiées à la jeunesse. Le CSSS a reçu 191 000 $ de l'Agence régionale pour créer son "guichet". L'équipe multidisciplinaire se compose de "4,7" professionnels pour accueillir, potentiellement, une clientèle de 410 jeunes des MRC d'Arthabaska et de l'Érable. "Idéalement, on devrait pouvoir compter sur 5,5 professionnels", observe René Camiré. L'objectif ultime de cette réorganisation, explique-t-il, c'est d'offrir aux jeunes et à leur famille "le bon service au bon endroit". On veut, incidemment, faciliter l'accès aux services, éviter que les jeunes errent dans le réseau avant de trouver la bonne ressource, favoriser le continuum des services, créer un partenariat entre les professionnels. Dans le jargon, on appelle cela le "suivi systématique". L'équipe de base en santé mentale emprunte un mode d'organisation déjà éprouvé, comme celui qu'a adopté récemment la nouvelle clinique musculosquelettique. On veut favoriser l'accès aux services, mais on veut aussi éviter que tous se retrouvent inutilement dans le cabinet des spécialistes, orthopédistes dans le cas de la clinique musculo, pédopsychiatres dans le cas de l'équipe de base en santé mentale. Il semble que, là-dessus, la constitution de l'équipe de base en santé mentale - complétée depuis octobre - comporte déjà des effets bénéfiques sur le travail des pédopsychiatres Mario Morency, Isabelle Arès. En dix mois, leur liste d'attente est passée de 40 à 6 jeunes seulement. Des 40 enfants ou ados inscrits sur la liste d'attente, 26 patientaient depuis plus de 60 jours, note René Camiré. "Il y a des jeunes qui, avant la création de l'équipe, se retrouvaient chez le pédopsychiatre alors qu'ils n'en avaient pas vraiment besoin et qui, en plus, avaient dû patienter de longs mois. Quant à ceux qui en ont vraiment besoin, ils attendent moins longtemps." Et pourtant, au "front", le nombre de demandes de services psychologiques a augmenté. En 2006, on a traité 51 dossiers de ce type. En dix mois, l'équipe accueillait 98 dossiers. "Plus on intervient tôt, plus vite la situation rentre dans l'ordre", observe Louise Blais. L'intervenante Hélène Leclerc paraît apprécier cette nouvelle façon de faire. "Travailler en équipe multidisciplinaire, ça nous permet d'offrir un meilleur service à la clientèle. Et c'est enrichissant pour les professionnels, parce que chacun a ses lunettes pour examiner une situation." René Camiré estime que la création de l'équipe de base en santé mentale jeunesse constitue un "plus" pour notre territoire. Douze heures par jour (de 8 à 20 heures), cinq jours par semaine, un jeune ou ses parents peuvent frapper à la porte de son CLSC pour un problème, un malaise ou un mal-être persistants. Vingt-quatre heures par jour, sept jours par semaine, on peut aussi composer le numéro de l'Info social (819 758-7281 ou 819 362-6301) pour appeler à l'aide.