Éric Leblond (photo : Michel Bourret)
L'ellipse
Vous êtes vous déjà amusé à parler comme un indien étant jeune? Au nom de l’humour enfantin, avec mes amis, on s’amusait parfois de cette façon (rires).
Nous formulions des phrases en soutirant volontairement les mots de liaisons qui auraient permis une meilleure fluidité dans notre locution. Comme exemple cocasse on pouvait se dire;
Moi, grand chef indien.
Au lieu de…
Je suis un grand chef indien.
On essayait de reproduire à notre façon le langage d’un indien ayant de la difficulté avec le français. À cette époque de mon enfance, j’ignorais candidement que je pratiquais l’ellipse.
Aujourd’hui, c’est pour d’autres raisons que je la pratique. Il est presque impossible de lire un texte de chanson sans que cette méthode soit impliquée. Pourquoi? Car, elle nous permet de marier la rythmique et les paroles tout en gardant le sens de ce que l’on veut dire. On coupe dans le gras!
J’aime bien vous montrer un exemple pour affirmer ce que j’avance. Alors, voici un extrait de la chanson coécrite par monsieur Roger Tabra et Éric Lapointe «Priez!» interprétée par Éric Lapointe (Album / Invitez-les vautours)
Avant les barres obliques, j’ai écrit ce que nous pourrions considérer comme une phrase normale et après les barres obliques ce que les deux auteurs ont signé sur cet album avec la technique de l’ellipse.
Nous vivons une ////////// nuit de fous
Et un /////////////// rush d’adrénaline
Et nous avons un ////////// rendez-vous
//////////////// Pour les jeux sublimes
C’est vraiment une //////// nuit de zoo
////////////// Du genre qui nous allume
Nous sommes tous des ///// Loups-garous
Allons-y ! //////// Sortons de la brume
Je vous invite à scruter à la loupe n’importe quel texte de chanson et je vous garantis que vous verrez un moment donné cette démarche de la part de l’auteur. Qu’elle soit exécutée de façon extrême ou légèrement, elle sera sans cesse présente. Bonne écriture!