Le lauréat, José Igartua (à gauche), recevant son prix des mains de Doug Peers, doyen des études avancées de l'Université de York et vice-président du Programme d'aide à l'édition savante.
(photo : Angela Reid )
Un honneur pour le livre savant de José Igartua
Le professeur d’histoire José Igartua vient d’être honoré d’un des quatre Prix du savant 2006-2007 de la Fédération canadienne des sciences humaines pour son récent ouvrage intitulé The Other Quiet Revolution : National Identities in English Canada, 1945-1971.
Au Parlement d’Ottawa, samedi soir dernier, il a reçu son prix Harold Adams Innis, décerné chaque année pour le meilleur ouvrage de langue anglaise en sciences sociales.
Fondés en 1990, ces prix reconnaissent l’excellence en recherche et en écriture en sciences humaines et sociales. Ils couronnent des œuvres «exceptionnelles».
Àgé de 61 ans, José Igartua est, on pourrait le dire, un Sylvifranc, même s’il a vu le jour à Porto Rico. Toute son enfance et son adolescence, jusqu’à ses études universitaires, il les a vécues dans les Bois-Francs. Sa mère, Georgette Mercier-Laroche, réside d’ailleurs toujours à Victoriaville.
M. Igartua enseigne l’histoire du Canada à l’Université du Québec à Montréal. Tout au cours de sa carrière, il a signé de nombreuses publications, des articles et des chapitres d’ouvrages.
The Other Quiet Revolution… est son deuxième ouvrage, le premier Arvida au Saguenay : naissance d’une ville industrielle, avait été publié en 1996.
En entrevue au téléphone, l’historien s’est montré très honoré d’avoir reçu ce prestigieux prix.
Son ouvrage, de 277 pages, publié chez UBCP (Presses de l’Université de la Colombie-Britannique) est la résultante d’une longue et patiente recherche d’au moins une dizaine d’années.
Par les journaux de l’époque, surtout les éditoriaux, les manuels scolaires et des premiers sondages Gallup, M. Igartua examine l’évolution du concept identitaire des Canadiens anglais, d’abord des sujets britanniques.
Sa recherche s’amorce au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, où le Canada commence à devenir un «grand garçon», comme dit le prof d’histoire, s’affranchissant, peu à peu, de l’Angleterre. L’auteur rappelle que, dans les années 1920-1930, lorsqu’il se promouvait à l’étranger, le Canada n’avait d’autre image à présenter que les Prairies de l’Ouest. «Et en été!», précise M. Igartua.
De la Loi de la citoyenneté adoptée en 1946 jusqu’au début des années 1970, le chercheur identifie des épisodes précis, montrant comment les discours se sont transformés, les pressions et les revendications du Québec ayant notamment une influence sur les représentations identitaires des Canadiens.
Pour mener sa recherche et rédiger son livre, l’historien avait reçu une aide financière de la Fédération canadienne des sciences humaines. «Le marché canadien est très étroit et sans cette aide à l’édition savante, on ne pourrait pas publier.»
Lorsqu’on a remis son prix à José Igartua, on a souligné qu’il était le fruit d’un travail «longuement mûri et réfléchi».
Et, parce qu’il a de la suite dans les idées, José Igartua «réfléchit prudemment» à un autre projet de recherche, portant toujours sur les représentations d’identité nationale.
Cette fois, José Igartua souhaiterait comparer le Québec à Porto Rico, leur histoire comportant beaucoup d’affinités, souligne-t-il. L’historien y est né, mais il est retourné à suffisamment de reprises pour s’étonner des rapprochements à faire entre certains faits historiques, double colonisation (Espagne, États-Unis), soulèvement, plébiscite sur le statut constitutionnel. Porto Rico a tenté, sans succès, de s’affranchir constitutionnellement des États-Unis. Les historiens portoricains seraient fascinés par nos référendums au Québec, ajoute le prof d’histoire.
«Qu’est-ce qu’être Portoricain aujourd’hui? Pratiquer la religion catholique, parler espagnol, danser la salsa, avoir sa concurrente au concours de Miss Monde?», se demande l’historien.
Cette grande question de l’identité québécoise pourrait aussi susciter bien des réponses ici.
José Igartua dit avoir suivi de «loin» l’«exercice de ventilation collective» qu’a provoqué la Commission Bouchard-Taylor. «Il faudra laisser décanter le tout», a-t-il dit, ajoutant qu’un groupe de chercheurs universitaires avait suivi de près cette tournée de consultation.
(photo : Angela Reid )