Julie Couillard et Maxime Bernier. LA PRESSE CANADIENNE/ 2007/ Paul Chiasson
MONTREAL - Dans un livre percutant, "Mon histoire", Julie Couillard règle ses comptes avec l'ancien ministre fédéral Maxime Bernier, qui cherche actuellement à se faire réélire comme député de Beauce, et avec les médias, qui l'ont goulûment épiée ce printemps.
Du même souffle, la femme de 39 ans se défend d'avoir sollicité l'influence de politiciens fédéraux pour faire avancer les dossiers de sociétés qu'elle représentait, plus particulièrement ceux du groupe immobilier Kevlar.
Aux yeux de Mme Couillard, M. Bernier est un être "imbu de lui même", superficiel, indécis et manipulable, en plus d'être affligé d'un manque de jugement chronique et d'une "paresse intellectuelle étonnante".
Son passage au ministère des Affaires étrangères a été houleux parce qu'il ne s'intéressait pas aux dossiers, témoigne-t-elle. "Sa coupe de cheveux, l'éclat de son teint, la forme de son noeud de cravate et le pli de son pantalon - autrement dit l'image qu'il projetait - figuraient beaucoup plus haut dans sa liste de priorités que le sort du Darfour ou la guerre en Irak", écrit Julie Couillard, en dépeignant l'ex-ministre comme étant "plus vaniteux que dix vedettes de cinéma réunies".
Entre autres révélations, elle affirme que Maxime Bernier lui a confié qu'il n'avait "pas de problème" avec l'indépendance du Québec ("je suis prêt, j'attends ça", lui aurait-il dit), qu'il était personnellement contre l'envoi de soldats en Afghanistan et que le réchauffement de la planète était "une grosse peur que les écolos racontent au monde". Confirmant le penchant de M. Bernier pour l'idéologie "libertarienne", Mme Couillard relève qu'il est fasciné par le politicien républicain Ron Paul, partisan de l'élimination de l'impôt fédéral américain et de la réduction de la taille de l'Etat.
La femme d'affaires reproche en outre à Maxime Bernier de s'être moqué du premier ministre Stephen Harper, notamment en le traitant de dictateur, et d'avoir méprisé l'épouse de celui-ci, Laureen. Ambitieux, il se voyait déjà le remplacer à la tête du Parti conservateur, prétend-elle.
Engagement d'un an
Julie Couillard a rencontré Maxime Bernier en mai 2007 lors d'un souper organisé dans un restaurant montréalais par un ami du politicien, l'homme d'affaires multimillionnaire Éric Boyco. Le courant a vite passé ce qui, raconte l'auteure, n'était pas sans déplaire au coprésident de Kevlar, Philippe Morin, qui était vivement intéressé par un contrat fédéral et qui était présent au souper.
Rapidement, la relation est devenue intime. Un mois plus tard, M. Bernier a proposé à Julie Couillard de devenir sa conjointe officielle pendant au moins un an, "que ça fonctionne ou pas entre toi et moi".
Le ministre s'est montré soulagé que la Lavalloise accepte rapidement sa proposition. "Ca va faire taire les rumeurs", lui aurait-il dit, en soutenant que certains murmuraient, sur la colline parlementaire, qu'il était homosexuel. "Je suis ami avec un ministre qui est gai et qui s'affiche comme tel, alors certains journalistes présument que je le suis aussi", aurait-il expliqué.
L'auteure décrit pourtant Maxime Bernier comme un "coureur de jupons" impénitent qui l'aurait trompée à plusieurs reprises, notamment avec une journaliste d'Ottawa.
Quoi qu'il en soit, Julie Couillard a décidé de raconter son histoire afin de mettre fin aux "ragots", "âneries et autres "faussetés" écrites à son sujet au cours des derniers mois. Elle se moque de ceux qui, en se basant sur ses relations amoureuses passées avec des motards criminels, l'ont soupçonnée de vouloir infiltrer le gouvernement canadien au nom du crime organisé.
"Le temps du délire est maintenant terminé, annonce-t-elle. (...) Je n'ai jamais fait partie d'aucun complot, d'aucun plan secret, d'aucune machination pour ou contre qui que ce soit."
Grave erreur
Mme Couillard admet néanmoins avoir commis une "grave erreur" en parlant à M. Bernier, alors qu'il était ministre, des démarches qu'elle faisait au nom de Kevlar pour la vente, au gouvernement, d'un terrain de Québec en vue d'y construire un édifice fédéral.
Dans cette affaire, Julie Couillard reconnaît avoir offert ses services à Kevlar après que cette entreprise eut appris qu'elle connaissait Bernard Côté, un employé de Michael Fortier alors que ce dernier était ministre des Travaux publics, le ministère responsables des contrats immobiliers.
Elle jure toutefois qu'elle ne s'est pas servie de sa liaison avec Maxime Bernier pour faire avancer le dossier de Kevlar, sur lequel enquête actuellement la Gendarmerie royale du Canada (GRC), d'après le quotidien The Globe and Mail.
Mme Couillard avance que c'est plutôt l'ex-ministre qui est intervenu, mais pour bloquer la soumission de Kevlar. Selon l'agente d'immeubles, M. Bernier craignait que la participation de sa conjointe à un appel d'offres nuise à sa carrière. "Pourquoi tu ne m'as pas dit que le fait de sortir avec toi me disqualifiait de représenter des clients dans des projets gouvernementaux?" lui aurait lancé celle qui avait déjà tenté, quelques années auparavant, de vendre des systèmes de sécurité à l'Administration canadienne de la sûreté du transport aérien, mais en vain.
Se sentant coupable que le projet de Kevlar soit compromis, Maxime Bernier aurait offert à Julie Couillard de devenir commissaire à l'immigration, un projet qui n'a pas débouché.
Les documents secrets
Au sujet des fameux documents secrets que M. Bernier a laissés chez Mme Couillard, cette dernière donne plus de détails. "Il a déposé tout ça sur le comptoir de la cuisine en me disant 'pourrais-tu mettre ça aux vidanges pour moi' ", révèle-t-elle, précisant que l'incident, qui a coûté son poste de ministre au politicien, illustrait à la fois sa "vanité" et sa "désinvolture". Pour se racheter, Maxime Bernier lui aurait suggéré de poursuivre le Bloc québécois, qui a abondamment fait état de l'affaire aux Communes, et le quotidien La Presse, entre autres. Il lui aurait offert que le Parti conservateur paie ses avocats, une promesse qui n'a pas abouti. En conclusion de son autobiographie, Julie Couillard blâme le "sexisme" et la "misogynie" pour une bonne partie de ses ennuis.
"Cet acharnement à vouloir me faire passer pour une espèce de courtisane vulgaire, à la vertu et à la moralité douteuses, s'inscrit parfaitement dans le sillage des idées reçues que continuent d'entretenir beaucoup de gens sur la nature féminine", déplore-t-elle.
La femme, qui a dû se réfugier dans un appartement du centre-ville de Montréal dans les semaines qui ont suivi l'éclatement du scandale, en mai, espère maintenant qu'elle pourra "recoller les morceaux" de sa vie et cesser de se faire dévisager en public.
"Je veux juste redevenir Julie, implore-t-elle. Est-ce que c'est trop demander?"
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