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Une chercheure fait le point sur l'avortement au Québec

Presse Canadienne Article mis en ligne le 24 septembre 2008 à 23:00
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MONTREAL - Vingt ans après la décriminalisation de l'avortement, une chercheure juge que l'Etat québécois ne finance pas suffisamment ce service dans le réseau public, de sorte que les CLSC et les hôpitaux peinent à pratiquer l'avortement dans des délais raisonnables.
A Montréal, les femmes qui tiennent à obtenir un avortement dans un délai d'une semaine sont dirigées vers une des cinq cliniques privées offrant ce service. Ces cliniques pratiquent ainsi 30 pour cent des avortements.
Cette option du privé n'est toutefois pas disponible en régions. En moyenne, dans l'ensemble du Québec, le temps d'attente est de cinq à huit semaines.
Marie-Eve Quirion, chercheure associée à l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS), a dénoncé cette situation, jeudi en conférence de presse. Elle a particulièrement déploré les disparités régionales.
A titre d'exemple, dans la région de Chaudière-Appalaches, il n'y a qu'un seul point de service situé tout près de Québec, mais à 150 kilomètres de plusieurs municipalités de la région. Durant la période de vacances, le service ne peut être offert, a avancé la chercheure.
Mme Quirion estime que le gouvernement s'est déchargé de sa responsabilité d'offrir des services universels et gratuits à toutes les Québécoises en matière d'interruption de grossesse. Au lieu de voir à augmenter les services offerts dans le secteur public, il transfère les cas au privé.
La chercheure souligne également qu'il y a peu de médecins qui effectuent des avortements. Ils sont moins de 50 à en faire, pour environ 28 000 avortements par année.
Avant 2006, les femmes qui allaient en clinique privée payaient de leur poche le service reçu. A l'issue d'un recours collectif, le gouvernement du Québec a dû les rembourser, ce qui représente une facture de 16 millions $. "Depuis les coûts des avortements en clinique privée sont défrayés par l'Etat", a précisé la chercheure.
Depuis 2001, le gouvernement consacre annuellement 2,7 millions $ pour maintenir au moins un point de service public dans chacune des régions du Québec, ce qui est jugé insuffisant par Mme Quirion.
En outre, un CLSC, celui des Faubourgs, s'occupe de coordonner les demandes d'avortement et de les acheminer au public ou au privé.
Les délais d'attente dans le public sont en moyenne de cinq à huit semaines, alors que, selon des données de 2006, les cliniques privées pouvaient offrir le service en moins de sept jours. Par contre, signale la chercheure, pour des raisons de rentabilité (bassin de population insuffisant) le privé n'est pas en mesure d'offrir les services à l'extérieur de Montréal.
"Des millions d'investissements de plus permettraient d'avoir des services d'avortement mieux coordonnés dans différents CLSC qui sont dans toutes les régions du Québec, ce qui rendrait les services plus disponibles, permettrait d'acheter de l'équipement, de former des gens, d'assurer que le planning des naissances ne soit pas uniquement fait par des infirmières, mais aussi par des sexologues et travailleurs sociaux", a fait valoir Mme Quirion.
En matière d'interruption de grossesse, le temps est précieux. Après 14 semaines de grossesse, il n'y a que trois points de service au Québec: Montréal, Québec et Sherbrooke. Au-delà de 23 semaines, la trentaine de femmes qui se retrouvent dans cette situation chaque année doivent être dirigées vers les Etats-Unis.
La situation se présente différemment selon la province. Une femme enceinte qui habite le Nouveau-Brunswick et qui choisit d'aller en clinique privée pour obtenir un avortement doit débourser de 550 $ à 750 $, non remboursable. Au Manitoba, seulement deux hôpitaux offrent le service d'avortement.
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