Le député libéral Bob Rae en campagne à Toronto mardi. LA PRESSE CANADIENNE /Frank Gunn
MONTREAL - Face à l'inquiétude grandissante des contribuables à l'égard de l'économie, le chef conservateur Stephen Harper a tenté de montrer un peu plus d'empathie envers les épargnants, mercredi, mais ses propos de la veille ont rapidement servi de munitions à ses adversaires.
En soutenant à plusieurs reprises, mardi, que la chute des bourses était l'occasion pour les investisseurs de faire de bons achats, M. Harper démontre qu'il est insensible et déconnecté de la réalité, ont fait valoir ses opposants, qui n'allaient pas rater cette occasion de faire mal paraître le chef conservateur sur un sujet qui semble miner sa campagne.
"Mais avec quel argent, en mettant encore plus en danger leur maison, leurs épargnes, en mettant en danger le dur travail qu'ils ont fait tous les jours? Aller leur dire une telle chose, c'est un manque de sensibilité fondamental", a martelé le chef libéral Stéphane Dion, de passage à Toronto.
La tendance des plus récents sondages laisse entrevoir que les turbulences de l'économie tirent les conservateurs vers le bas, rétrécissant l'écart avec les libéraux.
Mercredi, M. Dion a d'ailleurs tenté de capitaliser sur les réalisations historiques du Parti libéral du Canada (PLC), en matière d'économie, pour renforcer son image de bon gestionnaire. Devant un auditoire de gens d'affaires de Toronto, M. Dion s'est présenté flanqué de l'ancien premier ministre et pourfendeur du déficit, Paul Martin, et de l'ex-ministre des Finances, Ralph Goodale.
Dans son discours, il a ridiculisé l'approche de "laisser-faire" des conservateurs, faisant valoir que la population avait besoin de leadership et non de conseils financiers.
Les propos de M. Harper ont aussi eu des échos dans la campagne du chef néo-démocrate Jack Layton, qui faisait campagne à Edmonton.
A son avis, les propos du chef conservateur sont la preuve que "ce gouvernement est déconnecté de la réalité des familles de ce pays, des retraités qui s'inquiètent de leur avenir".
En point de presse à Victoria, Stephen Harper a dit ne pas regretter d'avoir suggéré aux Canadiens de profiter des aubaines sur les marchés boursiers. Et pour montrer une facette un peu plus humaine, il appelle sa mère à la rescousse, la citant plus d'une fois en exemple.
"Je parlais spécifiquement du fait que plusieurs Canadiens ont vu de grosses pertes dans leurs portefeuilles au cours des dernières semaines. Ma mère fait partie de ces gens et j'entends parler de cela (la crise financière) chaque jour. Nous savons que les gens sont inquiets et ils ont le droit de l'être", a déclaré M. Harper, tentant de se montrer un peu plus préoccupé par la situation.
A six jours du scrutin, M. Harper a bien des raisons, outre la situation financière, d'afficher un air inquiet.
Devant le recul des appuis envers sa formation, le chef conservateur semble désormais résigné à voir s'évanouir la possibilité de former un gouvernement majoritaire.
A l'opposé, le vent souffle dans les voiles de ses adversaires, qui tentent maintenant de conquérir des terrains qui étaient encore récemment hors d'atteinte.
Mercredi, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, faisait campagne à Québec et au Saguenay, où les bloquistes laissent entendre qu'ils reprennent du poil de la bête.
En point de presse, M. Duceppe ne s'est pas montré étonné outre mesure du recul apparent du Parti conservateur dans les intentions de vote au Québec comme ailleurs au Canada.
Selon lui, les électeurs ont compris que le "vieux fond réformiste" des conservateurs prend le dessus dans les orientations du parti.
"Les gens ont vu qui ils étaient", a analysé M. Duceppe, qui a déjà commencé à lancer un appel au vote.
"Il suffirait que les Québécois tiennent pour acquis les résultats du 14 octobre et qu'ils n'aillent pas voter en masse pour qu'on se réveille avec une majorité conservatrice", a mis en garde le chef bloquiste.
Fort de la bonne performance de son parti, Stéphane Dion aussi a tendu la main à un groupe qu'on croyait pratiquement impossible à atteindre en début de campagne pour les libéraux. S'adressant à "tous ses amis du Québec" dans un vibrant cri du coeur, il les a invités à se rallier, avec les Ontariens, au meilleur véhicule pour travailler ensemble au pays, le Parti libéral du Canada (PLC), selon lui.
"Nous les Québécois, on peut faire de grandes choses. Arrêtons d'être avec le Bloc, allons travailler avec tous les Canadiens, on a besoin de réussir ensemble!", a lancé M. Dion d'unn ton énergique.
Questionné en point de presse sur les réticences que pourraient avoir les sympathisants du Bloc québécois à voter pour lui, il a dit que "la plupart des gens ne sont pas à ce point partisans, et peuvent changer en fonction des informations reçues".
Depuis le scandale des commandites, le Québec constitue un champ de bataille difficile pour le PLC.
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