La chargée de projet, Sophie Lacasse, a le mandat d’implanter le programme Qualification des jeunes à Drummondville et Victoriaville. Elle pose ici en compagnie de François Deschênes, directeur des services jeunesse de la Mauricie.
Pour leur ouvrir d’autres portes que celle de l’aide sociale
Qualification des jeunes s’implante au Centre-du-Québec
Dans son documentaire «Les Voleurs d’enfance», Paul Arcand l’avait dénoncé : la journée de leur 18 ans, trop de jeunes en centres jeunesse se voyaient montrer la porte de sortie avec, bien souvent, leurs seuls effets personnels. Désormais, grâce au nouveau programme Qualification des jeunes (PQJ), il sera possible de leur offrir davantage...
Même si les équipes d’intervenants en centre jeunesse tentaient, avec les moyens du bord, de préparer leurs jeunes à une rupture de services, ceux-ci se retrouvaient, à leur sortie, sans soutien de leurs intervenants, représentant bien souvent les figures d’adultes les plus significatives de leur vie.
Pour la plupart, le bureau de l’aide sociale apparaissait comme une destination prédestinée, un cercle vicieux dont il serait particulièrement difficile d’en sortir.
Selon les statistiques du Centre jeunesse de la Mauricie et du Centre-du-Québec, 71 % des jeunes ayant quitté les centres jeunesse du Québec se retrouvent encore bénéficiaires de la Sécurité du revenu dix ans plus tard.
Or, dès cette année, dix jeunes de Drummondville et de Victoriaville qui sont desservis par le centre jeunesse pourront bénéficier d’un suivi personnalisé pendant trois ans, soit de 16 à 19 ans, et ce, sur une base tout à fait volontaire.
Cet encadrement, offert aux participants du PQJ, vise à mieux les préparer au passage à la vie autonome, à faciliter leur intégration au marché de l’emploi ou à une formation ainsi qu’à les entourer d’un réseau de soutien.
Cette aide, toutefois, sera réservée aux jeunes ayant connu de longs placements en centre jeunesse et qui sont privés du soutien de leur milieu naturel.
Une somme de 150 000 $ a été allouée pour l’implantation du programme dans les régions 04 et 17, qui figurent parmi les premières régions ciblées par le programme, après la période d’expérimentation au Québec qui s’est avérée positive.
«Je suis le programme depuis longtemps. J’ai souvent levé la main pour montrer notre intérêt», a avancé François Deschênes, directeur des services jeunesse de la Mauricie.
À noter qu’une autre cohorte de jeunes est également souhaitée d’ici deux ans pour la création d’un groupe dans la région de Nicolet et de Bécancour.
Recrutement en cours
À propos des jeunes de Victoriaville et de Drummondville, le recrutement est actuellement en cours. Pour la chargée de projet, Sophie Lacasse, il s’agit d’un défi important.
«Mon but est de devenir une personne significative et non menaçante. Je vais devoir prendre le temps, être en disponibilité. Le jeune devra savoir que, s’il a besoin d’aide, je vais pouvoir y aller peu importe où il sera», a-t-elle exprimé.
Mme Lacasse a déjà commencé une tournée des partenaires de la région, comme les organismes communautaires, les établissements d’enseignement ou les instances gouvernementales, afin de présenter le programme.
Le but est de s’assurer qu’une attention particulière soit apportée aux participants si jamais ils venaient à recourir à leurs services.
De fait, comme le soulignait le Conseil permanent de la jeunesse, la réinsertion sociale des jeunes ayant séjourné en centre jeunesse est pénible pour plusieurs. Ils sont craintifs devant l’inconnu et font difficilement l’apprentissage de leur nouvelle liberté. Ils ignorent presque tout du fonctionnement pratique de la vie en appartement, de la recherche d’un emploi, des obligations financières et sociales reliées à la vie adulte.
Le rôle de Mme Lacasse consistera donc à leur tendre la main dans l’espoir que cette étape de leur vie soit franchie avec un meilleur succès.
Il est d’ailleurs prévu que la première année soit axée sur la connaissance (faire avec), que la deuxième mise sur l’expérimentation (faire faire) et que la troisième permette la consolidation (passer le relais).
Mais la chargée de projet ne se fait pas d’illusion : «C’est connu qu’à 18 ans, les jeunes partent souvent sur la galère, mais s’il y a un lien qui a été créé entre nous, ils risquent de revenir vers moi. Il faudra que je sois patiente».
Elle tient tout de même à souligner que ce suivi ne remplacera pas les autres intervenants sociaux : «Je ne fais que m’ajouter aux ressources légales».
Soulignons finalement que le programme PQJ profitera également aux autres équipes en place, car plusieurs outils développés serviront aussi aux jeunes qui ne sont pas admissibles au programme, notamment par le biais d’interventions indirectes.