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Victo écrase, Drummond résiste

Impact de la Loi anti-tabac au Centre-du-Québec

Caroline Lepage par Caroline Lepage
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Article mis en ligne le 8 décembre 2006 à 15:00
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Victo écrase, Drummond résiste
La Casa du spaghetti, de Drummondville, a aménagé depuis peu un fumoir extérieur chauffé. Ces derniers sont légaux à condition, notamment, qu'ils soient exclusivement utilisés pour consommer du tabac.
Victo écrase, Drummond résiste
Impact de la Loi anti-tabac au Centre-du-Québec
Depuis six mois, soit depuis l’application de la Loi anti-tabac, les fumeurs centricois ont dû changer leurs habitudes. Certains ont écrasé, d’autres ont résisté et les commerçants, eux, doivent s’adapter. Si l’État a fait le choix d’une meilleure santé, ils sont nombreux à se demander le prix à payer.
Selon la dernière enquête de l’Agence de la santé et des services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec, en 2005, 24 % de la population des 12 ans et plus, des régions 04-17, était composée de fumeurs.

En 2001, cette proportion atteignait 30 %. «On peut s’attendre à une diminution des fumeurs au Québec étant donné les nouvelles mesures mises en place, soit l’interdiction de fumer partout, les campagnes sociétales sur l’abandon du tabac et l’accessibilité des services pour aider les gens à arrêter de fumer», a indiqué Jean-Maurice Roy, répondant régional pour la réduction du tabagisme à la Direction de santé publique.

Pourtant, au Centre-du-Québec, les demandes d’aide enregistrées aux centres d’abandon du tabac des CLSC, sont stables, sinon légèrement en hausse, depuis l’entrée en vigueur de la Loi anti-tabac. «Les chiffres de la région d’Arthabaska restent très performants», a-t-il souligné.

L’an dernier, 906 Centricois ont adhéré au «Défi J’arrête, j’y gagne!». Selon le profil des participants, ces derniers sont en moyenne âgés de 37 ans, composés de femmes, à 65 %.

«On ne peut pas garantir que 100 % des personnes vont cesser de fumer. Il y a des arrêts temporaires. En moyenne, ça prend six tentatives pour réussir à arrêter définitivement», a noté M. Roy, qui a aussi observé une recrudescence des ressources alternatives pour l’abandon du tabac, via le laser ou l’acupuncture, par exemple.

En plus de l’interdiction de fumer dans les bars et les restaurants, le répondant régional se réjouit que la Loi s’applique également pour les terrains des écoles primaires et secondaires.

«Au Québec, les jeunes commencent à fumer à 12 ans. Ça aura un impact sur l’arrêt, mais aussi en termes de prévention», a-t-il précisé.

De fait, c’est à long terme que le gouvernement compte tirer profit de ces actions. «On paye encore pour les gens qui ont déjà fumé. Même s’ils ont arrêté, il y en a qui ont développé des maladies associées au tabagisme», a soutenu M. Roy.
Des mesures exagérées
Au Centre-du-Québec seulement, au dire du président-fondateur de l’Union des tenanciers de bars du Québec, Peter Sergakis, une soixantaine de propriétaires se sont joints au regroupement afin de contester la Loi anti-tabac.
Chez ces derniers, l’impact économique s’avère fort variable, allant de la fermeture, notamment du bar Saint-Laurent, de Drummondville, à la simple revendication d’un fumoir intérieur, comme dans le cas de Christian Héneault, propriétaire du bar Gaulois, de Victoriaville.

«Si on nous donnait le droit de remettre les cendriers sur la table, je ne suis pas sûr que je le ferais. C’est un phénomène mondial! Les gens vont s’habituer. Chez nous, les pertes ont été pires pour les jeux de loterie que les ventes d’alcool. Je préférerais un fumoir intérieur», a affirmé M. Héneault.

À la discothèque La Bamba, de Drummondville, c’est plutôt la gestion du vestiaire qui a changé la donne. «Il y a beaucoup plus de va-et-vient, donc il a fallu augmenter le personnel, à la porte et au vestiaire, et imposer un coût d’entrée de 2,50 $, en période hivernale seulement», a avancé Philippe Perreault. D’après lui, les brasseries et tavernes écopent davantage.

À cet effet, Réjean Gardner, propriétaire de la Brasserie du boulevard et du Bar la détente, de Drummondville, a confirmé une baisse de revenus de 30 %.

«Plusieurs clients viennent quand même, mais on remarque qu’ils partent après seulement une consommation. Ils vont fumer chez eux», a-t-il expliqué.

Mario Michaud, du Resto-bar peace, de Victoriaville, qui accuse aussi des pertes de 20 %, trouve déplorable que le gouvernement aille de l’avant avec de telles décisions sans prendre le pouls de la population, d’autant plus que le parlement lui-même est doté d’un fumoir.

À sa connaissance un inspecteur serait venu à deux reprises dans son établissement depuis l’entrée en vigueur de la Loi, sans devoir émettre de contraventions.

Dans ce contexte, la plupart des propriétaires prévoient, si ce n’est déjà fait, aménager un fumoir extérieur pour contrer la baisse d’achalandage actuelle ou prévisible avec le temps froid.

«Nous, les fumeurs, ça nous permet de nous retrouver entre nous, de socialiser. C’est rendu qu’on nous considère quasiment comme des lépreux», s’est offusquée Denise Perreault, pour qui les mesures exagérées du gouvernement viennent renforcer son intention de fumer.

«C’est drôle! Je me sens délinquante», s’est-elle exclamée, faisant valoir son excellente santé.

Depuis peu, les fumeurs peuvent se faire entendre par le biais du site Web www.monchoix.ca, un organisme sans but lucratif qui revendique des politiques justes et équitables à l’égard des usagers du tabac.

Si l’union fait la force, les contestataires en auront besoin pour renverser la tendance. «Partout à travers le monde, dans les pays industrialisés, les mesures de plus en plus sévères sont adoptées, car il y a un impact sur la consommation de tabac et les coûts associés à la santé», a finalement défendu Jean-Maurice Roy.
Nombre d’abonnés au site www.monchoix.ca
Arthabaska : 66

Drummond : 182

Bécancour-Nicolet : 43
Nombre de clients du centre d’abandon du tabac

(avril-octobre 2006)
Arthabaska : 121

Drummond : 44

Bécancour-Nicolet : 25

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