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Trop de porcs au royaume du Québec

Article mis en ligne le 25 octobre 2006 à 9:27
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Trop de porcs au royaume du Québec
La semaine dernière, le volume de porcs abattus dans les abattoirs du Québec était de 142 810 (cf. La Terre de chez nous, vol. 77 # 36). Ce n’est pas toujours ainsi, mais durant les 52 semaines de l’année, il s’abat entre 3,5 et 4 millions de porcs annuellement au Québec, et si ce n’est pas plus.

Ces porcs ont été engraissés pendant six mois en vue d’atteindre un poids approximatif de 110 kg l’unité. Pour arriver à atteindre ce poids, le porc mange à volonté pendant ses six mois de vie, c’est-à-dire six à huit kg de moulée par jour. Six à huit kg de moulée ingurgités, ça produit six à huit kilos de déjections, communément appelé fumier. Mélangé à l’urine, à l’eau de lavage et à l’eau qui s’écoule de toutes les buvettes de la porcherie, ça donne le lisier, composé à 95% d’eau.

Pour mettre autant de porcs en marché, il faut en avoir autant en engraissement, ainsi que les reproducteurs pour les concevoir. Donc, on arrive à un chiffre qui doit tourner autour des 7 à 8 millions de porcs dans le royaume. Plus près de 8 millions que de 7. Et la production porcine actuelle est de type industriel. Un porc produit environ six fois plus de déjections que l’humain. Imaginez le volume.

La position permanente du syndicat agricole national, c’est de constamment revendiquer le droit de produire. Ce syndicat ne tient aucunement compte de tous les inconvénients causés par ce type d’élevage, qui ne sont pas seulement une question d’odeur, mais surtout une question de pollution et d’empoisonnement des nappes phréatiques, des cours d’eau et des lacs.

Les producteurs porcins établis sur des « fermes familiales» (ou ce qu’il en reste) sont en compétition avec les intégrateurs pour un marché voué à plus de 50% à l’exportation. Pour arriver à diminuer leurs frais de production, ils grossissent et grossissent, mais sans jamais atteindre la rentabilité, car les intégrateurs font de même.

De plus, les producteurs porcins du Québec compétitionnent sur le marché mondial, là où les pays émergents de l’Amérique du Sud écoulent aussi leur production porcine. Pour un porc produit ici qui coûte quelque 185 $ à maturité, il coûte environ 35 à 40$ en Amérique du sud. Même les États-Unis produisent à meilleur coût que le Québec.

Alors, pour la production porcine du Québec, c’est la fuite en avant. Les producteurs produisent plus et polluent plus, car il faut le dire, la production porcine, comme elle se fait présentement, est de loin la production animale la plus polluante. Et en produisant plus de porcs, ils produisent plus de lisier. Ils ont besoin de terres pour épandre, la ferme familiale comme l’intégrateur.

À ce jour, une grande part des terres de la plaine du Saint-Laurent sont saturées de phosphore ou sur le point de l’être. Des rivières sont polluées, la Yamaska, la rivière l’Assomption, pour ne nommer que ces deux-là, et tout ça pour le droit de produire.

Les producteurs dans la région des Bois Francs, pour certains, arrivent aussi à saturation. Alors, ils pensent à nos régions montagneuses, où les sols sont quasi vierges au niveau phosphore. Ils y revendiquent le droit de produire pour éviter tout contingentement de la production et utiliser nos sols selon leurs besoins.

Mais ce n’est pas nécessairement pour bâtir de nouvelles porcheries. C’est aussi et surtout pour l’épandage du lisier des futurs agrandissements de leurs installations actuelles ou à venir. Et ce lisier, il nous arrive déjà par camions citernes de l’extérieur de notre région. Ça ne fait que commencer. On est en montagne, avec des pentes de 5 à 15%. À la moindre pluie, ça va descendre directement dans les rivières. Les bassins versant de la Bulstrode et de la Nicolet risquent d’être en péril un jour.

La ministre des Affaires municipales et des Régions, Natahlie Normandeau, tout au long du document de présentation sur «Orientations gouvernementales en matière d’aménagement, - Précisions relatives à l’encadrement des élevages à forte charge d’odeur, en particulier porcins, et à la protection du milieu naturel, février 2005», parle amplement de concertation entre les intervenants du milieu et les communautés locales qui «garantissent le développement des activités agricoles et la cohabitation harmonieuse des usages agricoles et non agricoles».

Un document que peu de gens ont lu et que notre syndicat agricole national s’efforce d’ignorer parce qu’il n’a qu’un désir, celui du contrôle du territoire, tout en ignorant les populations des communautés rurales.

L’épandage du lisier de porc et la production de maïs sont les plus grands vecteurs de pollution par le phosphore. Ça empoisonne nos cours d’eau et nos nappes phréatiques. Il est grand temps qu’on s’en occupe.

Yvan Riopel

Sainte-Hélène-de-Chester

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