«Difficile de contenter tout le monde...»
Depuis quelques années, l’agriculture moderne a pris le virage industriel. La mondialisation des marchés telle que préconisée, prend et tient les populations en otage. On nous oblige à accepter des pratiques agricoles polluantes sous prétexte de rentabilité et de survie des entreprises.
Ce n’est pas la ferme familiale qui est en péril, mais «l’agrobusiness». Il est aussi très vrai que l’agriculture au Québec vit une crise conjoncturelle de mondialisation et est en difficulté parce qu’en situation de compétition inégale.
Je ne crois pas qu’il ne faille régler seulement les problèmes d’odeur dans les pratiques actuelles. Mais aussi et surtout, de sauvegarder et préserver notre environnement, particulièrement la couche phréatique, pour notre génération et les générations à venir.
Afin de protéger nos ressources aquatiques et aquifères, il est nécessaire que certaines pratiques agricoles soient revues et corrigées. Présentement, des régions du Québec sont en surplus de phosphore ou près de l’être. En entrevue à Radio-Canada, Richard Carignan, biologiste spécialisé en biologie aquatique, déclarait «que le phosphore favorise le développement des algues bleues qui sont en extension phénoménale dans nos cours d’eau». Notre capacité à occuper et développer le territoire et les régions doit aussi être repensée.
À mon point de vue, le droit de produire ne donne pas le droit de polluer. Et ne donne pas non plus l’exclusivité de la gestion du territoire.
Les principaux responsables de l’écoulement du phosphore dans nos cours d’eau sont les élevages porcins et la production de maïs. Bien que de façon mineure par rapport aux rejets agricoles, il y a également les installations de chalets trop près des lacs (déversements directs ou indirects dans les lacs et cours d’eau) et les pelouses «engraissées» au chimique aux abords des lacs, qui sont aussi responsables de cette pollution.
Le développement porcin actuel est une fuite en avant. Produire plus pour mieux arriver : ça coûte juste plus cher et ça pollue plus, parce que ça produit plus. Comme les saucisses Hygrade. Or, on a besoin de surface d’épandage parce qu’on a besoin de capacité d’expansion. Alors, on cherche à «ouvrir» ou rendre disponibles d’autres régions. Et on y fait du maïs.
La mer est vide. La forêt se vide. Actuellement, on se fait proposer un type d’agriculture qui risque à court terme (50 ans), c’est peu dans la vie de la planète, de nuire à l’ensemble de notre écosystème, de mettre en péril la santé publique et, en plus, de conduire les producteurs actuels dans un cul de sac. Tout ça au nom de la rentabilité. D’autres manières de faire sont certainement possibles et existent. Il nous faut repenser nos modes de productions agricoles.
C’est une question politique que nos gouvernements locaux et nationaux doivent prendre en compte sérieusement. En plus, la structure actuelle du développement agricole ne permet que difficilement l’établissement d’une relève. Il faut être bien nantis ou être gratifié par la famille pour s’établir en agriculture de nos jours.
Les élus formant le conseil des maires de la MRC Arthabaska sont redevables à l’ensemble des contribuables. Ils ont à tenir compte de la santé de leurs commettants, de leur bien-être physique et de leurs intérêts collectifs et ce, pas seulement dans l’immédiat, mais dans un avenir à long terme, très long terme.
Pensons à l’eau potable. Si j’étais résidant de Victoriaville, je m’inquiéterais grandement de ce qui se passe dans les bassins versants qui alimentent le réservoir Beaudet et les autres sources d’eau potable.
Le conseil des maires de la MRC d’Arthabaska n’a pas à se faire dicter sa conduite par qui que ce soit. Encore moins par un regroupement syndical qui représente des intérêts corporatifs.
L’orientation actuelle de l’application de la loi sur le zonage agricole favorise l’exode de nos campagnes. La loi restreint la capacité d’établissement dans le milieu rural. Et de fait, la capacité de développement des municipalités rurales en leur interdisant la capacité de définir elles-mêmes l’organisation de leur territoire plutôt que de faire du mur à mur comme le préconise l’orientation actuelle des politiques gouvernementales influencées par un corporatisme syndical unique et centralisateur.
Il y a une collaboration à établir entre tous les résidants du milieu pour en venir à un bon partage et une occupation optimum du territoire et de son organisation.
Pensons-y avant qu’il ne soit trop tard!
Yvan Riopel
Sainte-Hélène-de-Chester