Je marquerai mon époque de ma plume assassine
Être fêlé comme Nelligan, suicidé comme Aquin ou «fumé à l’opium» comme Baudelaire : il y a plusieurs possibilités pour créer un chef-d’œuvre. Tout sauf ce bonheur improductif, état de grâce réservé aux non-écrivains de ce monde…
«Je me rends compte qu’atteindre mon objectif ne sera pas aisé avec toutes ces facilités auxquelles on a accès dans cet Occident du tout-cuit-dans-le-bec. Avec l’informatique, le surgelé, les antidépresseurs et les lignes allô-suicide, la souffrance devient aussi difficile à trouver qu’une aiguille dans une botte de foin. Au pire, si on ne s’extasie pas dans le réel, on peut toujours s’émanciper virtuellement dans les mailles du Web, s’inventer une vie, être beaubonfort.com. Se triple-double vêtir de fausses identités. Tout est trop facile. La dépression est mal perçue, il ne faut surtout pas s’afficher mal dans sa peau au sein de la grande société des loisirs. Surtout après le rude hiver : l’arrivée du printemps rend les gens fous comme des balais, heureux comme larrons en foire.»
Dans le but de devenir un grand auteur, un jeune homme enclenche un processus de quête du malheur. Éviter les pièges du bonheur jusque dans ses derniers retranchements, voilà le plan de notre héros. C’est la guerre au bonheur bourgeois, la résistance à ce monde capitaliste « qui nous tient en liesse ». Tous les moyens sont bons pour arriver au génie, et la fin justifie les moyens. Mais atteindra-t-il cet état ultime qui lui permettra d’écrire l’un de ces chefs-d’œuvre « comme il ne s’en fait plus » ? Dans un langage coloré et teinté d’humour, ce premier roman exploite une image caricaturale de l’artiste tout en rendant hommage à la littérature.
Sébastien Filiatrault est né en 1978. Il trépassera un jour ou l’autre. Il a grandi en banlieue, a cessé de grandir en ville et espère un jour rapetisser en campagne. C’est en explorant les chemins sinueux de son cerveau et les contrées labyrinthiques de son imagination qu’il a écrit Le Chef-d’œuvre, son premier roman.