La tête bien haute!
Il n’y a pas que la campagne électorale qui excite les neurones et les hormones par les temps qui courent. Oui, bien sûr, on assiste à des échanges musclés d’un câble à l’autre de l’arène politique, quelques directs en pleine poire, du crêpage de chignon, des insultes et des invectives. Mais, les comportements «nonos» dans la cour des grands finissent par déteindre sur d’autres sphères de notre belle société.
C’est la ministre de l’Éducation, du Sport et des Loisirs, Michelle Courchesne, qui aurait eu avantage à assister au match de football opposant, chez les cadets, les Béliers de Montignac aux Vicas de la polyvalente Le boisé à Victoriaville, vendredi dernier. Elle qui visait surtout le hockey dans son Plan d’action pour contrer et prévenir la violence, n’en aurait pas cru ses yeux, si elle avait débarqué à Victo à bord de l’autobus des Béliers.
Des parents accompagnateurs, encore sous le choc, racontent avoir vécu des heures difficiles au pays de l’Érable. Comité d’accueil houleux, à coups de poing sur l’autobus, pluie de crachats et de… balles de neige (l’aréna Jean-Béliveau est situé tout près du terrain de football), insultes, intimidation, tout y était de la part d’un groupe d’hooligans en herbe, à la recherche de sensations fortes.
Sur le terrain, s’affrontaient deux bonnes équipes de football, invaincues toutes les deux depuis le début de la saison, en quête de la toute première place au classement général. Comme on l’a écrit dans l’hebdo La Nouvelle Union, les Vicas «ont servi une humiliante défaite de 37 à 7 aux Béliers de Lac-Mégantic.»
Ce n’est pas tant la défaite sportive qui a été humiliante que l’accueil que l’équipe et les spectateurs de Lac-Mégantic ont reçu à Victoriaville. Et la façon dont ils ont dû regagner l’autobus pour un retour rapide à la maison. Le chauffeur, qui avait eu la sage idée de stationner son véhicule assez loin du terrain pour éviter les actes de vandalisme, a dû cueillir son groupe derrière la polyvalente… près des conteneurs à déchets!
Et ce n’est pas tant l’odeur des déchets qui a fait lever le cœur de nos porte-couleurs, que le sentiment de s’être fait servir le pire des affronts!
La catégorie cadette dans le football scolaire regroupe des joueurs âgés de 13 et 14 ans, de secondaire II et III. De fiers compétiteurs, qui ont à cœur de faire honneur à leur uniforme partout où ils vont dans le circuit scolaire. Parce que les Béliers n’ont pas que la réputation d’être de bons footballeurs, ils ont aussi, et surtout, celle d’appartenir à une grande organisation qui a de la classe! Où l’éthique, la bonne conduite et le savoir-vivre sont des valeurs tout aussi importantes à véhiculer que les stratégies de terrain pour gagner! Parce que les Béliers sont aussi des gagnants! Des gagnants qui se font même féliciter par les entraîneurs adverses, des gagnants qui relèvent des adversaires couchés au sol, pas pour les humilier, mais les aider à se remettre debout! Des gentilshommes qui ont aussi reçu, faut croire, une belle éducation de la part de leurs parents! Ils ne sont pas issus d’une école privée, mais d’une bonne vieille école publique, là où des entraîneurs ont à cœur de préparer de jeunes athlètes à la vraie vie, celle où le respect de soi impose le respect de l’autre!
Cet après-midi-là, les élèves de la polyvalente Le Boisé avaient congé de cours pour participer, semble-t-il, à la «Journée d’appartenance», un événement annuel qui offre aux jeunes l’occasion d’assister à un match de leur équipe de football.
Méritaient-ils tous un congé de cours? Il aurait été plus profitable à certains d’entre eux de rester en classe, pour approfondir leur géographie. Apprendre, par exemple, que Lac-Mégantic n’est pas un coin perdu de la campagne profonde, ni une communauté de ti-clins! Et approfondir leur histoire! Apprendre qu’à Lac-Mégantic, au hockey, au football, au baseball, au volley-ball, et peut-être aussi dans d’autres disciplines qui m’échappent, il y a des générations de «winners» habitués davantage aux honneurs qu’au déshonneur!
Les Vicas, des nouveaux cette année dans le circuit où évoluent les Béliers, vont se pointer à Lac-Mégantic le 18 octobre. Leur autobus ne sera pas attaqué, rassurez-vous. Aucun terroriste n’a fait part non plus de ses intentions de placer des mines antipersonnelles sous les gradins de l’équipe visiteuse. Y’a pas de neige ni de balle de neige près du terrain de Montignac, rassurez-vous! Mais il y aura du monde, une grosse foule… pour encourager les Béliers. Leur montrer qu’ils peuvent continuer de marcher la tête haute, quelle que soit l’issue du match! Il y aura de fiers partisans pour faire du bruit, avec des tamtams, des flûtes… Surtout pas pour intimider l’adversaire, mais pour lui faire savoir c’est où Lac-Mégantic et surtout, c’est qui! Une population fière de ses jeunes et fière de ses équipes sportives.
Rémi Tremblay
L'écho de Frontenac