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«Comment on va se sortir de cette crise?»

Les artisans fromagers lancent un appel à l’aide

Hélène Ruel par Hélène Ruel
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Article mis en ligne le 22 septembre 2008 à 9:25
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«Comment on va se sortir de cette crise?»
Jean Morin
«Comment on va se sortir de cette crise?»
Les artisans fromagers lancent un appel à l’aide
«Comment on va se sortir de cette crise?» Cette question, l’artisan fromager Jean Morin, de la Fromagerie du Presbytère à Sainte-Élizabeth se la pose. Et il n’est pas le seul.
Lui et une quinzaine d'autres fromagers artisans, dont les produits sont distribués par Plaisirs gourmets sous l’étiquette Fromages de pays, ont tenté d’obtenir une rencontre avec le premier ministre Jean Charest qui se trouvait à Victoriaville à la fin de la semaine dernière.

Ils n’y sont pas parvenus.

Jean Morin explique que tous les artisans fromagers subissent les contrecoups de l’intervention «massive» du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation pour contrer la propagation de la bactérie listéria.

À la Fromagerie de Presbytère, les inspecteurs du ministère n’ont pas décelé la présence de la bactérie dans les produits fabriqués par les frères Jean et Louis Morin. Malgré tout, leurs ventes ont chuté. «Avant la crise de la listériose, je livrais 70 meules de Bleu. Cela a tombé à 20, puis à 15», signale le fromager de Sainte-Élizabeth.

Ce sont non seulement les consommateurs qui boudent les fromages fins, mais aussi certains détaillants, explique Jean Morin. «Ils ont été échaudés par le rappel massif des produits.»

Dans les fromages découpés, ajoute-t-il, les artisans fromagers essuient des pertes pouvant aller jusqu’à 70%. «Parmi notre groupe, trois fromageries ont été visées par des rappels. On a été touchés en plein cœur», souligne encore Jean Morin.
«À l'aide!»
Les artisans fromagers réclament une intervention immédiate du ministère.
Ils veulent d'abord une aide financière pour soutenir les fromagers artisans et les détaillants les plus touchés par la destruction des inventaires. Ils demandent aussi qu’une aide financière complémentaire soit ajoutée pour compenser leurs pertes une fois qu’elles auront été évaluées. Enfin, ils souhaitent un plan d’intervention et de communication pour rétablir la confiance des consommateurs.

«De l’aide, ça presse!», demande aussi la Société des fromages du Québec, qui, dans un communiqué de presse daté du 19 septembre, réclame de l’aide financière tout au moins pour les entreprises les plus durement touchées. Elle souhaite que le «MAPAQ révise sa position de ne pas accorder son aide financière», a-t-elle fait savoir, certaines fromageries ayant aujourd’hui, «un genou à terre».
Une intervention «excessive»
Même s’ils comprennent que la santé publique constitue un motif légitime, les artisans fromagers de Plaisirs gourmets estiment que l’intervention du ministère a agi de manière «excessive».

«Il est intervenu dans plus de 300 points de vente au Québec pour détruire une quantité considérable de fromages. Il a, par ailleurs, placé sous embargo la production fromagère de plusieurs fromagers artisans. Au cours de mois de septembre, les actions du ministère se poursuivent ; il ferme des points de vente et il maintient les embargos. Cette intervention extrême du ministère a profondément marqué les fromagers artisans, les détaillants et l’opinion publique tant au Québec, qu’au Canada, mettant en doute le savoir-faire acquis depuis plusieurs années. Le gouvernement partage avec notre industrie la responsabilité des conséquences économiques graves de cette intervention», écrivent-ils.

Jean Morin y va de façon plus directe en disant que le rappel et la destruction des produits ont été «spectaculaire» et menés «tout croche». Il se demande si la médiatisation des interventions du ministère ne serait pas directement proportionnelle à la forte croissance de l’industrie des fromages fins. «Est-ce que les quelques rappels de produits valaient qu’on en fasse tout un plat médiatique?»
Des analyses plus fréquentes
À la Fromagerie du Presbytère de Sainte-Élizabeth, sans attendre les nouvelles obligations, Jean Morin dit procéder à l’analyse de tous les lots de fromages et à une analyse mensuelle des produits, comme le veut l’Agence canadienne. «Au MAPAQ, seule une analyse aléatoire était prescrite jusqu’ici. Il nous en coûte quatre fois plus cher pour procéder aux analyses.»
L’artisan fromager dit encore que le «risque zéro n’existe pas». «Et je pense vraiment qu’il y a moins de risques à manger des fromages et des charcuteries qu’à entrer dans un hôpital! Bien sûr que si on a des carences, on court plus de risques qu’un autre.»
Construire en pleine tourmente
La Fromagerie du Presbytère vit cette tourmente alors qu’elle se trouve en plein chantier de construction. Son Bleu et son Champayeur au lait biologique sont, depuis le début, fabriqués à La Moutonnière de Sainte-Hélène-de-Chester. Dans trois semaines, les frères Morin seront en mesure de fabriquer leurs produits chez eux, après avoir investi 500 000 $ dans la fromagerie située dans l’ancien presbytère de Sainte-Élizabeth.
«C’est presque une chance que nous soyons en construction, parce que nos frigidaires sont vides. Mais nous sommes en pleine saison de préparer le Bleu pour la période des fêtes. On en fait ou on n’en fait pas?»

Ce n’est pas la première fois que Jean Morin se trouve dans une telle situation. «En 1996, on a lancé la Fromagerie L’Ancêtre au plus fort de la crise du lait cru», se rappelle-t-il.

La semaine dernière, les produits de 39 des 43 usines de fromages ayant reçu la visite des inspecteurs avaient été jugés conformes.

Dans la région Centre-du-Québec, douze cas de salmonellose, dont 9 confirmés, ont été décelés. En date du 9 septembre, l’enquête était complétée pour 11 cas sur 12. Parmi ces personnes, quatre avaient consommé des fromages ayant fait l’objet d’un rappel; une a dû être hospitalisée. La majorité des personnes ayant fait l'objet d'une enquête habitaient dans les Bois-Francs.

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