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«Tu n’avais pas le droit de détruire mon début d’adolescence»

Une victime d’abus sexuel se vide le cœur

Claude Thibodeau par Claude Thibodeau
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Article mis en ligne le 24 août 2008 à 21:41
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«Tu n’avais pas le droit de détruire mon début d’adolescence»
Le silence était très lourd à porter, a confié Ginette Vigneault.
«Tu n’avais pas le droit de détruire mon début d’adolescence»
Une victime d’abus sexuel se vide le cœur
Victime d’un abus sexuel par son oncle Michel Royer alors qu’elle avait 13 ans, Ginette Vigneault a pris la parole devant le Tribunal, le 15 août au palais de justice de Victoriaville, jour de la sentence, pour témoigner des conséquences désastreuses de l’agression dont elle a été victime à Plessisville en octobre 1983.
Résidant de Saint-Lin-Laurentides, Royer, 49 ans, a reconnu sa culpabilité le 13 mars 2008 à une accusation d’attouchement sexuel.

Avant que le juge Mario Tremblay de la Cour du Québec ne condamne l’individu à une peine d’emprisonnement de deux ans moins un jour à purger dans la collectivité, la victime, âgée aujourd’hui de 37 ans, a lu une lettre de deux pages.

D’entrée de jeu, elle a remercié la Cour de lui donner la possibilité «d’exprimer tout le mal qu’il m’a fait, il y a de ça 25 ans».

Puis, elle a adressé ses propos directement à l’homme qui a bouleversé sa vie. «Te faire face aujourd’hui est très bouleversant, mais, pour moi, c’est déjà mission accomplie. À partir d’aujourd’hui, je reprends ma vie en main.»

Profondément blessée, Ginette Vigneault ne pourra passer l’éponge et pardonner. «Tout le mal que tu m’as fait physiquement il y a 25 ans est impardonnable. Malheureusement, tout ça va rester graver au fond de moi, mais peut-être se logera une certaine sérénité lorsque je repartirai de cette Cour, non pour te pardonner, car cela est impossible, mais plutôt pour me pardonner à moi-même et accepter les choses qu’on ne peut changer», a-t-elle exprimé.

Longtemps, la victime a vécu de pénibles moments, a-t-elle raconté. «La honte, le rejet, la culpabilité, l’humiliation ont pris toute la place dans ma vie. Tu n’avais pas le droit de détruire mon début d’adolescence. Je n’avais que 13 ans. J’ai dû apprendre à vivre avec cette honte.»

La femme meurtrie a aussi évoqué les séquelles des gestes maudits posés sur elle. «Tout ça m’a suivi dans ma vie et dans mes relations intimes(…) J’ai eu souvent des réactions à la façon dont on me touchait et des pannes de désir qui étaient incompréhensibles même à 20 ans et très difficiles à composer pour celui qui partageait ma vie (…) Des séquelles, j’en ai et qui sont restées dans plusieurs sphères de ma vie», a-t-elle souligné, notant l’incapacité d’imposer ses limites, de faire confiance, en plus de la crainte du jugement. «Tout cela fait partie de ma vie de tous les jours», a-t-elle ajouté.

Un événement, un jour, a constitué, si on veut, la goutte qui a fait déborder le vase. «En mars 2007, j’ai vécu du harcèlement sexuel à mon travail et depuis, je suis en arrêt de travail avec médications et psychothérapie, a-t-elle raconté. Tout cela m’a fait plonger dans de profonds souvenirs douloureux et j’ai décidé que quelqu’un, l’enquêteur André Gingras, devait m’écouter pour que tout cela arrête.»

Le 19 novembre 2007, Ginette Vigneault dénonçait son agresseur. Un mois plus tard, jour pour jour, les enquêteurs André Gingras et Yves Gravel de la SQ de la MRC de l’Érable procédaient à l’arrestation de Royer à Saint-Lin-Laurentides.

En rendant sa triste histoire publique, Ginette Vigneault se libère. «Parce que le silence est très lourd à porter», a-t-elle indiqué au www.lanouvelle.net.

En prenant la parole en Cour, la victime «redonnait ce cadeau empoisonné». «Toute cette honte, cette culpabilité, je te la redonne, car elle t’appartient», a-t-elle lu, à l’intention de Michel Royer.

Son geste, a-t-elle précisé, elle l’a posé pour elle-même et pour d’autres aussi. «Enfin, aujourd’hui, je me libère de toi, même si on m’avait conseillé de fermer ce tiroir et d’accepter de vivre avec cette épreuve si bouleversante, mais je n’ai pas écouté cette personne et j’en suis fière. Je sais que ce que tu m’as fait ne s’effacera pas. Mais, aujourd’hui, je sais que j’ai fait un grand pas pour moi et un autre pour tous les enfants, adolescents, qui sont à te merci», a-t-elle conclu.

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Mance-Élise Delisle

Commentaire mis en ligne le 25 août 2008
Mme Vigneault,

Je tiens personnellement à vous féliciter pour avoir dénoncé. J'ai moi-même subi une situation semblable il y a plus de 35 ans... Mon tiroir est maintenant trop plein et je ne VEUX PLUS le fermer. Votre témoignage me donne le courage. Merci !

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