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Métier? Luthier!

Hélène Ruel par Hélène Ruel
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Article mis en ligne le 21 août 2008 à 10:15
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Métier? Luthier!
Yves Lanteigne dans son atelier. Il a fabriqué le violon et la guitare que l'on aperçoit ici, mais pas la mandoline en bois de rose qu'on lui a confiée pour la réparer.
Métier? Luthier!
Yves Lanteigne a pu concentrer, dans son métier de luthier, tout ce qui l’animait, jadis, lorsqu’il touchait la sculpture, l’ébénisterie, la peinture, la photographie… et son amour de la musique.
Luthier, avons-nous écrit? «Quand je dis que je suis luthier, les gens s'étonnent», dit Yves Lanteigne.

Le luthier fabrique et répare des instruments à cordes, des violons, des guitares, des mandolines. Yves Lanteigne a ajouté une «corde» à son «arc», puisqu’il répare et accorde aussi des pianos.

Au Québec, précise l’artisan, le métier de luthier moins bien connu qu'en Europe. «Après tout, on n’a ici que 400 ans d’histoire!»

Pourtant il s’enseigne au Québec, au Cégep de Limoilou notamment, où Yves Lanteigne a complété sa formation il y a dix ans, décrochant un diplôme d’études professionnelles.

Originaire de la Rive-Sud de Montréal, il a de qui tenir. Son grand-père, Henri Landry, puis son oncle, Fidèle (eux-mêmes originaires du Nouveau-Brunswick), ont été ses premières sources d’inspiration. «Ils étaient des luthiers autodidactes», précise Yves Lanteigne.

Nécessité fait loi, raconte-t-il. Son grand-père aimait particulièrement le violon, mais n’avait pas les moyens de s’en procurer un. Ingénieux et débrouillard, il s’est mis à en fabriquer.

Après avoir satisfait sa soif en pratiquant une diversité de médiums artistiques, Yves Lanteigne s’est rapproché de l’atelier de son oncle Fidèle, de qui il a appris beaucoup des rudiments du métier. Son premier violon, électrique, il l’a fabriqué il y a 15 ans.

«J’ai décidé d’aller à l’École de lutherie de Limoilou pour intégrer mes connaissances», précise-t-il. Et aussi pour toucher la guitare.

Diplôme en poche, il a ensuite, de l’aval en amont du fleuve, cherché le meilleur emplacement pour installer son atelier. À Notre-Dame-de-Lourdes il a élu domicile et atelier, pas très loin de Victoriaville où il a aussi pignon sur rue Tourigny.

Il y a, ici, un bassin intéressant de musiciens, dit-il, justifiant son choix. «Et personne ne s'annonçait», ajoute-t-il.

Sa boutique constitue un microcosme de l’univers du luthier, avec ses innombrables outils, limes, clés tournevis, pinces et pics à âme. Parce que le violon a une âme, voyez-vous. Souvent en épinette.

Jusqu’ici, le luthier gagne surtout sa croûte en réparant des instruments dont la table a été fissurée, dont le dos a décollé, dont le manche a dérivé.

Mais il en fabrique aussi, des guitares et des violons. «La différence entre les deux? La guitare est peut-être plus complexe à fabriquer parce qu’elle comporte quelque 300 pièces différentes. Quant au violon, il en comporte moins, mais il est plus délicat à fabriquer.»

Caressant la table d'harmonie de son premier violon classique, fabriqué selon les règles édictées par M. Stradivarius (1738) - et dont il n’accepterait pas de se départir - le luthier décrit les différentes parties de son instrument. Sa table en épinette européenne, ses éclisses et son fond en érable ondé, ses filets incrustés, son manche en ébène relié au caisson par tenon et mortaise, son chevalet en érable, ses touches, ses clés et sa mentonnière aussi en ébène. Et, à l’intérieur, la barre de basse et cette âme en épinette.

Les violons paraissent tous se ressembler, pas un ne donne le même son, explique encore le luthier. «La qualité du son repose beaucoup sur le choix du bois, son grain, son âge. Il faut choisir un bois séché depuis au moins cinq ans, une pièce dont les résines ont durci. C’est pour cela qu’on dit qu’un violon s’améliore avec l’âge.»

Il faut au moins trois mois pour fabriquer un violon, observe l’artisan. Et à ce long délai, on ajoute toutes ces journées de séchage entre chaque couche – une dizaine – de vernis. «Ce que j’aime là-dedans, c’est le côté sculptural, le toucher, la créativité, le plaisir de la recherche.»

On pourrait croire que le luthier s’ennuie à réparer des instruments. «Mais non, parce que c’est en réparant toutes sortes d’instruments, qu’on apprend, qu’on fait des découvertes.»

Il y a, dans sa boutique, une bien vieille mandoline napolitaine, une pièce rare, dit-il, qui l’a tout de suite intéressé quand on la lui a confiée. Assez pour lui donner envie d’en concevoir une. «Jusqu’à ce jour, j’ai fabriqué plus de guitares que de violons. Mais j’aimerais aussi me lancer dans la mandoline et le dulcimer.»

Le métier de luthier n’est pas menacé d’extinction selon lui. «Même que des Européens, ayant désormais plus difficilement accès au système de formation chez eux, viennent ici au Québec pour apprendre le métier.»

C’est en forgeant qu’on devient forgeron, disait-on. La maxime pourrait aussi s’appliquer à la lutherie, croit Yves Lanteigne. Artiste ou artisan, il y a un peu des deux dans son travail.

Considérant que le luthier est, selon lui, le maillon entre l’instrument et le musicien, il dit qu’il faut se soucier, tout autant de la sensibilité de l'un que de celle de l'autre.

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