Assistaient au colloque «Pour faire face à la violence des médias» : le Lieutenant-Colonel David Grossman, du Killology Research Group, Jacques Brodeur, du Groupe Edupax, et le Dr. Peter Jaffe, de l'université Western, en Ontario.
L'influence des médias violents sur les enfants et les ados
Les Québécois ne sont pas seuls à vouloir protéger leurs enfants de la télévision, des jeux vidéo et de l'ordinateur. En avril dernier, le Conseil scolaire du district catholique de l'Est ontarien tenait une journée pédagogique hors de l'ordinaire.
Vu la superficie du territoire qui s'étend de Windsor au sud à London au nord, le Conseil avait réuni son personnel, toutes catégories confondues, en deux temps.
Le 11 avril, le Conseil accueillait 500 personnes à Windsor, au sud de Détroit; le 18, plus de 300 personnes étaient conviées à London, au sud-est de Toronto. L'objectif? Préparer le personnel de toutes les écoles du territoire à se donner un plan d'action institutionnel pour prévenir la violence.
Paul Levac, superviseur pédagogique, avait pris soin d'inviter des orateurs compétents en matière de violence juvénile. Et l'influence des médias violents était au menu. Suite à cette journée de sensibilisation et de mobilisation, dans chaque établissement, les équipes ont maintenant le mandat de se donner un plan d'action local.
Le 12 mai, c'est une coalition de 15 organismes qui accueillait plus 500 personnes dans un hôtel de Toronto à un colloque pour «Faire face à la violence des médias». La «Coalition Violence dans les médias» a été formée en janvier 2005 et regroupe maintenant 15 organismes ontariens : le Canadian Centre for Abuse Awareness, le Centre for Prevention Science (Fourth R Project), le Centre for Research and Education on Violence Against Women and Children de l'université Western Ontario, les fédérations d'enseignants du primaire, les Commissaires d'école catholiques, l'association des professeurs d'anglais, le Gouvernement de l'Ontario (littéracie et numéracie), la Fédération des Associations Foyer & École, le Conseil des directeurs d'école de l'Ontario, la Police provinciale de l'Ontario, Section prévention du crime, l'Association des CS publiques, les conseillers scolaires étudiants de l'Ontario, (OSTA-AECO), la Fédération des enseignants du secondaire, la Fédération des Enseignants ontariens (FEO), le Conseil Scolaire du Valley District, ainsi que madame Valerie Smith, militante en violence médiatique.
Le colloque visait à outiller les participants, majoritairement des enseignants, pour qu'ils puissent contrer l'influence des divertissements violents chez les jeunes en développant le sens critique des élèves de la Maternelle à la fin du secondaire.
Le premier conférencier était le Dr. Jim Stieben, de l'Université de York, chercheur et auteur spécialisé en neurologie sociale. Sa conférence s'intitulait : «Le cerveau des adolescentes et des adolescents : forces et vulnérabilité.»
Le Dr. Stieben a publié divers articles et travaux de recherche sur les jeunes. Ses réalisations sont affichées sur sa page Web.
Le deuxième conférencier était le Lieutenant colonel Dave Grossman, qui a travaillé pour l'armée des États-Unis durant 20 années; il a été professeur de psychologie à West Point et dirige présentement le Killology Research Group. Grossman a signé plusieurs livres, seul ou en collaboration. Notamment, avec Madame Gloria DeGaetano, «Stop Teaching Our Kids To Kill; A Call to Action Against Television and Videogame Violence».
Le titre de sa conférence était: «Relation entre la violence dans les médias et les crimes violents». Grossman, avec moultes statistiques et photos à l'appui, a démontré comment les jeux vidéo ont permis aux autorités militaires d'augmenter la capacité de tuer des recrues, analysé l'effet de ces jeux sur le cerveau des enfants des ados qui fréquentent nos écoles, expliqué l'impact des images violentes sur les taux de crimes violents des pays d'Amérique du Nord et d'Europe.
Grossman a présenté des radiographies du cerveau excité par des jeux vidéo violents ainsi que les résultats impressionnants obtenus en Californie et au Michigan grâce au programme SMART, acronyme de Student Media Awareness to Reduce Television.
Le troisième conférencier était le Dr. Peter Jaffe, psychologue pour la CS de Toronto et directeur du Département de psychologie à l'université Western. Sa conférence s'intitulait :
«Les enfants grandissent dans un monde violent: défis pour les éducateurs et les parents.» Le Dr. Jaffe est sans contredit l'âme dirigeante de la Coalition à l'origine du colloque du 12 mai 2008. «Nous voulons prendre des mesures qui préviendront les effets négatifs de la violence médiatique sur les enfants, sur leur comportement, leurs attitudes et leur compréhension du monde. Nous voulons reconnaître les 30 années d'études qui révèlent que les divertissements violents accroissent l'agressivité de façon mesurable et durable. Il est connu que le spectacle de la violence peut conduire à la désensibilisation à la violence dans la vraie vie.
L'Académie américaine de psychiatrie pour enfants et adolescnts et l'Académie américaine de pédiatrie ont témoigné devant le Sommet de santé publique du Congrès, il y a sept ans.
En 2006, des psychologues de l'Université de l'État d'Iowa ont publié les résultats de la première étude fondée sur des tests physiologiques objectifs démontrant que l'exposition aux jeux vidéo augmentait les pensées agressives, les sentiments colériques, l'excitation physiologique et les comportements agressifs, en même temps qu'ils diminuaient les comportements d'entraide. Il y a moins d'un mois, les découvertes divulguées par le Dr. Dimitri Chistakis, de l'Université de Washington, à Seattle, indiquaient que les garçons d'âge préscolaire exposés à des émissions de télé violentes, y compris des dessins animés, augmentaient les risques de devenir agressifs plus tard.
La revue de littérature révèle la nature profonde de la violence des médias dans la vie des enfants. Ils ont facilement accès à cette violence grâce à plusieurs, plusieurs sources, y compris l'Internet, les jeux vidéo, la télé, les films, les sports et la musique.
La culture misogyne domine un certain genre de musique et de vidéoclips. La cyberintimidation sous toutes ses formes (des insultes sur Facebook aux embuscades sur Youtube) est devenue le plus important des problèmes non académiques auxquels fait face l'école.
Les parents et les professionnels qui œuvrent auprès des jeunes s'inquiètent des dommages potentiels causés par les médias violents. Parmi les facteurs reliant le type de fusillades survenues à Columbine, au Collège Dawson et plus récemment en Finlande, on constate l'engagement des jeunes tueurs dans des jeux vidéo violents et les représentations violentes d'eux-mêmes sur des sites web.
Lorsque des enfants prennent une carabine et viennent ouvrir le feu dans une école, tuant d'autres enfants, que se passe-t-il dans leur tête ? On ne peut s'empêcher de faire le lien avec l'un des nombreux jeux de tueur de type FPS trop facilement disponibles à des enfants encore incapables de distinguer la fiction de la réalité.
La corrélation n'est pas simple, mais peut-on ignorer le degré de désensibilisation de nos enfants suite au bombardement de violence ? La puissante industrie qui fait circuler des images sensationnelles de violence en retire des millions.
Le passe-temps le plus populaire chez les garçons est le jeu vidéo. Le thème sous-jacent à plusieurs de ces jeux est la violence; dans plus de 90% des jeux vidéo le but consiste à tuer ou à maltraiter des êtres humains (femmes, policiers, étrangers). Les jeux les plus vendus sont ceux où la violence est la plus graphique et où le joueur devient tueur.
Les chercheurs ont noté l'aspect répétitif des gestes posés dans ces jeux et l'ont comparé à l'entraînement des policiers et des militaires. Les tireurs deviennent plus habiles et améliorent leur précision, tout en devenant désensibilisés à l'impact de la «vraie» violence.
Voilà le fond de scène des travaux menés par notre Coalition sur la violence des médias. Nous savons que l'une des actions les plus efficaces pour réduire les agressions commises dans nos écoles aujourd'hui consiste à éduquer les enfants sur les effets destructeurs de la violence dans les jeux, la musique et les émissions de télé, et d'aider les élèves à devenir des utilisateurs mieux informés et plus critiques des médias.»
Jacques Brodeur, EDUPAX, organisme à but non lucratif
Prévention de la violence, Éducation à la Paix, Éducation aux médias