«Line-up» à la clinique gynécologique Laurier!
20 mai 2008, 8 h
Voici plusieurs semaines que j'attends cette date fixée par la clinique pour prendre mon rendez-vous par téléphone et je ne veux surtout pas rater ma chance. J'ai déjà manqué ce rendez-vous important (le fameux «examen gynécologique annuel») en février dernier puisque j'étais en convalescence.
Dès 8 h, donc, je me mets au téléphone. Pas de chance, la ligne est occupée. Je recompose toutes les cinq minutes, mais c'est toujours occupé. Je vérifie le numéro, c'est pourtant le bon. Ensuite, 10 h, encore occupé. Je ne comprends pas pourquoi personne ne répond. Ah non! Je ne vais surtout pas manquer ce rendez-vous de nouveau!
Ma petite voix intérieure me dit d'aller directement à la clinique pour savoir ce qui se passe. Certaine d'être une des rares patientes à m'y rendre, je suis stupéfaite de constater que des dizaines de femmes attendent déjà en ligne dans le corridor, jusqu'à la porte extérieure arrière. Étonnée, je demande si la clinique est ouverte? «C'est le 20 mai et on vient prendre notre rendez-vous», me dit-on. Je suis consternée.
Nous devions toutes prendre un rendez-vous par téléphone ce matin-là, mais le téléphone est décroché. Comment peut-on débrancher la ligne dans une clinique médicale et ce, pour toute la journée prévue pour prendre ce rendez-vous important et crucial pour plusieurs femmes.
Je me place dans la file moi aussi, me sentant tout à fait dépassée par la situation. En regardant toutes ces femmes qui sont aussi consternées que moi, je me demande : suis-je à la billetterie de la loto? Vais-je gagner ma place aujourd'hui?
Une patiente à côté de moi s'inquiète. «C'est quand ce prochain rendez-vous? J'ai manqué le dernier, j'ai peur, J'ai un cancer, mon médecin va-t-il me chicaner?» Je ressens son insécurité, son désarroi, sa peur et surtout l'importance d'obtenir un rendez-vous pas trop loin s'il-vous-plaît.
Je suis privilégiée : j'ai obtenu un rendez-vous pour juillet prochain. Mais je me demande ce qui arrive à toutes ces femmes qui travaillaient ce jour-là et qui ne pouvaient se rendre à la clinique pour prendre leur rendez-vous. Elles devaient téléphoner pour prendre leur rendez-vous, elles aussi.
«Il n'y a pas de service au numéro que vous avez composé…essayez de nouveau…passez votre tour.»
On peut supposer que ce scénario se répétera chaque mois. Quatre mois avant votre examen, vous devrez prendre votre rendez-vous à la date précise fixée par la clinique…Serez-vous prête à vous rendre faire la file pour aller chercher votre numéro chanceux?
À vous toutes, mesdames, qui ce matin-là viviez cette expérience frustrante, je tiens à vous dire que je comprends vos craintes et vos questionnements. Notre dignité de femmes n'est pas respectée si nous devons quémander pour obtenir les quinze minutes que dure notre visite médicale. Il me semble plutôt que cela est un droit tout à fait légitime.
Lise Trottier
Victoriaville