Une des créatures d’argile de Francine Leduc.
L’art du feu, en trois temps
Ils se nomment Luc Foisy, Francine Leduc et Geneviève Vigneault. Ces trois artistes n’ont, dans leur style, aucun point commun, sinon qu’ils dépendent du feu pour réaliser leurs ambitions artistiques. La Maison de la culture de Warwick a donc décidé de les ressembler tous les trois sous son toit, dans une exposition intitulée «L’art du feu».
Le souffle créatif
Designer verrier, Geneviève Vigneault est fondatrice de la boutique-atelier Le Soufflard, sur la rue Anctil à Victoriaville. Sa spécialité consiste à créer une myriade de bijoux, pour tous les goûts, ou selon les désirs de ceux qui les commandent sur mesure.
«Je travaille au chalumeau, qui est en fait la technique du verre soufflé, mais appliquée au miniature», explique celle-ci. À partir de baguettes de verre, de la taille d’un crayon, elle chauffera celles-ci à la torche et les façonnera jusqu’à en tirer la forme imaginée au départ.
«Je peux également faire de plus grandes pièces, et les fusionner en les mettant dans un four à céramique légèrement transformé pour le verre», ajoute Mme Vigneault.
En plus des bijoux et des autres petites pièces offertes pour une plus large clientèle, telles que des veilleuses, l’artiste verrier façonne en plus le verre selon ses inspirations saisonnières…
«Je suis également sculpteure à mes heures», mentionne l’artiste en pointant du doigts ses deux séries de sculptures de verre, cousues sur un canevas.
«Je façonne rapidement la masse toujours en fusion, qui fige en l’espace de 10 secondes. Je couds ensuite le résultat sur un canevas, imbriqué dans un caisson de pin. J’ajoute parfois au canevas des plumes, du duvet, de la feutrine, de la pâte de verre, selon ce que la saison et les textures m’inspirent. Je joue avec le côté extrême de la finesse, pour en faire un objet fluide, presque aérien.»
Coordonnatrice du collectif «À couper le souffle!», elle présentera un spectacle intitulé «Rites Urbains», en compagnie de David Roux (compositeur) et Kim Girouard (danseuse), à Warwick et Victoriaville, à compter de la mi-juillet.
«Il s’agit d’un spectacle alliant la danse contemporaine aux métiers d’arts. Il y aura différents jeux de lumière, des projections vidéos, etc. Moi, je me charge de concevoir l’univers dans lequel le spectacle évolue. Je jouerai beaucoup avec les textures», annonce déjà Geneviève Vigneault.
Sculpteure de nature
Francine Leduc, qui habite depuis plusieurs années à Sainte-Hélène-de-Chester, préfère à la translucidité du verre le côté sombre, voire même plus instinctif de l’argile.
«J’ai débuté en créant des gargouilles. À l’époque, je m’intéressais beaucoup au côté animal de l’humain», raconte l’artiste qui façonne l’argile depuis maintenant plus de trente ans. «Avec le temps, «l’instinct animal m’a un peu lâché», rigole la sculpteure.
Mais pas tout à fait. Car les différentes créations de Francine Leduc invitent souvent à pénétrer dans un monde imaginaire, là où les fées, les gnomes, les elfes et autres personnages mythiques, gardiens très proches de la terre, poursuivent leur surveillance des humains.
Pour ajouter au réalisme de ses créatures, qui semblent sortir tout droit de la forêt ou directement des différents éléments de la nature, l’artiste y ajoutera des ossements, des plumes, des pattes de perdrix, du duvet, bref, ce qu’elle peut trouver autour d’elle, à la campagne, et qui lui rappelle tout de même un certain côté animal…
«Un jour, un ami m’a même offert une mâchoire de cheval.» Celle-ci l’a sculptée, lui ajouté de l’argile et de la corde, et en a fait un char, dont la bride est tirée par un autre de ses personnages imaginaires. Elle l’a baptisé «Preneur de rêve».
Présentement, on peut aussi admirer ses nombreux masques d’argile, colorés et fleuris, aux «Jardins de rêve», à Vianney. Outre la sculpture, Francine Leduc propose également la réalisation de faux-finis ou de revêtements muraux. «À partir du vendredi 15 août, j’offrirai également un cours initiatique à sculpture d’argile, intensif sur trois jours. Même les repas son t compris!» Pour les intéressés, il est toujours possible de la contacter au 819 382-2403.
L’expérimentation à très haut degré
Luc Foisy, de Tingwick, est peintre émailleur. Après avoir peint à l’acrylique pendant plus de vingt ans, son goût de l’expérimentation l’a poussé à explorer les différentes avenues possibles avec les émaux sur cuivre.
«Au départ, je suis allé pour acheter de l’argile au magasin. Mais j’ai trouvé des émaux et je m’y suis intéressé», se rappelle l’artiste, qui conçoit ses œuvres presque de la même façon qu’il brosse un tableau.
«Je saupoudre l’émail sur une plaque de cuivre. Je fais le même geste que si je dessinais. Je fais ensuite une première cuisson à plus 900 degrés Celcius. Après seulement une à deux minutes, je retire la plaque que je dépose sur le marbre, pour la retravailler», explique l’artiste émailleur.
C’est ainsi qu’en jouant avec les différentes couches de couleurs et les cuissons, la transparence, l’opalescence ou l’opacité, Luc Foisy crée son œuvre, au fur et à mesure qu’elle lui apparaît. «Je ne sais jamais où ça va me conduire. Je me laisse guider par les résultats.»
Celui qui a développé une véritable passion pour les émaux sur cuivre est même allé jusqu’à Limoges pour y trouver la plus belle qualité. «J’en ai ramené des tonnes dans mes valises!», raconte à ce sujet M. Foisy.
Le peintre émailleur aime à expérimenter. Il a même tenté l’expérience sur une plaque d’acier. «On doit chauffer l’acier à 2 000 degrés Celcius, c’est très différent!» Plutôt prolifique, Luc Foisy peut produire une centaine de ces tableaux-émaux par année, où, peut-on observer, la nature du Mont Ham-Sud aime à s’y attarder.
Pour ceux qui passeraient dans la région de Magog cet été, celui-ci expose présentement ses œuvres à la Galerie Courtemanche.