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Soyons reconnaissants

Article mis en ligne le 5 mai 2008 à 8:51
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Soyons reconnaissants
Assise dans le corridor de la clinique externe de l’hôpital, je réfléchis à la rencontre que je viens tout juste d'avoir dans la salle d’attente de la radiologie…

Après six semaines de plâtre, du pied jusqu’au genou, je suis à la dernière étape de cette expérience qui m’a paru interminable. Bien que je n’aie pas trop souffert physiquement après la chirurgie, le manque de liberté auquel je faisais face m’avait fait oublier la décision que j’avais moi-même prise d’être opérée.

J’étais en excellente santé, mais mes pieds, qui me faisaient souffrir, limitaient mes choix d’activités et cette chirurgie m’apparaissait la seule option pour une meilleure qualité de vie. J’étais maintenant à une radiographie près de cette liberté à laquelle j’aspire tant. On me dirait que tout est beau, on m’enlèverait le plâtre et les tiges de métal qui transpercent mon pied gauche et je pourrais enfin recommencer à marcher, vaquer à mes occupations et surtout reprendre mes sports préférés. Mon calvaire prendrait fin et cette expérience serait histoire du passé

Je la vois assise dans un fauteuil roulant en jaquette d’hôpital cette amie avec qui j’ai passé une partie de ma jeunesse. J’imagine qu’elle est là pour un examen quelconque. Quoi penser d’autre lorsqu’on essaie de voir la vie le plus positivement possible?

En me voyant, mon amie feint un sourire. Je lui demande ce qu’elle fait là, elle ne dit rien et regarde mon plâtre. Je lui pose à nouveau la question et finalement elle répond : probablement pire que ton plâtre. Je devine ce qui va suivre, mais je ne souhaite nullement l’entendre. Je l’ai pourtant entendu plus d’une fois venant d’étrangers, de collègues de travail, d’amis, de proches parents, mais à ce moment bien précis le soleil brille, les parfums printaniers nous égaient, nos «Habs» ont remporté, la veille, la première série contre les Bruins, j’ai des projets qui m’animent et je n’ai pas envie d’être plongée dans l’ombre du nuage qui flotte au-dessus de la tête de mon amie.

Le cancer me lance-t-elle en plein visage. Je l’ai appris hier et je ne peux pas être opérée, c’est trop avancé, je dois commencer la chimio maintenant. Elle a ce semblant de sourire qui retient les larmes. Je suis bouche bée devant l’écho du siècle.

Quel serait le mot ou la phrase le plus susceptible de lui donner espoir? Je me mets en mode recherche intensive dans tout le vocabulaire que je possède. Rien. J’ai pourtant l’habitude de jouer avec les mots, de les réfléchir, de les faire rimer, les rendre poétiques ou philosophiques, mais aucun trouve son chemin jusqu’à mes lèvres.

Chaque seconde qui s’écoule me fait sentir mon impuissance et me met face à sa réalité. Et, ma réalité est de lui avouer ma défaite, ne pas savoir quoi lui dire.

Elle me demande ce que j’ai à la jambe. C’est alors que je me souviens du calvaire dans lequel je croyais être et prends conscience qu’une perception peut être changée à une vitesse incroyable. Je réponds que je n’ai rien, juste une chirurgie au pied qui, soudainement, me semble des plus banales.

…l’infirmière me nomme, j’avance dans la pièce où je dois rencontrer la docteure, je n’ai plus de plâtre, on m’enlève effectivement les tiges de métal, mais la radiographie démontre que la guérison de mon pied n’est pas complète. La docteure m’annonce que je ne peux pas encore marcher et ce, pendant quatre semaines supplémentaires. Pour moi, cette nouvelle veut dire que je ne peux pas reprendre mes activités immédiatement et pourtant, demandez-moi comment je me sens et je vous répondrai que c’est la meilleure nouvelle que j’ai entendu cette journée là car moi je n’ai pas à me battre pour survivre, je n’ai qu’à faire preuve de reconnaissance pour ce que la vie m’offre sur un plateau d’argent et ce, tous les jours de ma vie … la SANTÉ.

Même avec nos petites misères sachons que rien n’est insurmontable lorsque nous avons la santé et j’espère que toujours je m’en souviendrai.

Et mon amie regarda mon plâtre avec envie… c’est à ce moment que je me suis sentie la personne la plus chanceuse sur cette terre.

Sonia Marcoux

Victoriaville
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