Paul Chatman et son ami d'enfance, l'écodesigner Mario Lambert au rez-de-chaussée de l'Attraction ambiance club
Un bar… du «rebut global»
Victoriaville a sa maison du rebut global sur le mont Arthabaska. Elle pourrait peut-être aussi se targuer d’avoir un bar du rebut global au centre-ville. Car ce nouvel établissement, Attraction ambiance club, qui s’ouvrira au public le 14 mai dans l’ancienne Banque nationale du Canada, est «la sculpture collective» précise-t-il, du concepteur sylvifranc Mario Lambert, un as… et un artiste du recyclage.
L’analogie avec la maison des Artisans du rebut global ne devrait pas offusquer le réalisateur et producteur Marc St-Onge, puisque Mario Lambert travaille dans les coulisses de tous ses projets de rebut global, des Artisans au mont Arthabaska jusqu'à Espace Rebut global autour du Sedna IV de Jean Lemire, en passant par les Citadins, les Compagnons.
Mario Lambert travaille avec le même esprit que Marc St-Onge, la même fougue, la même indignation devant la surconsommation et le gaspillage et la même énergie créatrice.
L’écodesigner a accepté l’invitation de son ami d’enfance, Paul Chatman, un des copropriétaires de l’Attraction – avec Joël Lehoux et Pascal Rivard – à prendre l’ancienne banque d’assaut… et à la transformer.
«Mas je ne voulais pas la dénaturer», précise Mario Lambert.
Comme dans la maison des Artisans du rebut global, tout ou presque a été confectionné avec des matériaux récupérés à même le chantier de la banque (construite en 1958) ou encore à partir de l’entrepôt bien garni (entre autres des vestiges du Village d’Émilie de Grand-Mère) de Mario Lambert.
Le créateur a une histoire à raconter pour chaque coin et recoin de l’établissement. La grille d’éclairage recycle la tuyauterie de l’ancien système de chauffage au gaz. Le bois de l’ancienne rampe menant à la mezzanine a été récupéré pour recouvrir certaines aires du plancher.
Mario Lambert rigole quand il raconte comment il s’est servi de la farine à dentier pour reproduire les fleurs de lys de la corniche de la banque qu'il devait allonger. Même l’épais vitrage servant à protéger l'ancienne salle de comptes de l’institution financière a trouvé d’autres usages.
Le plafond a été patiemment confectionné en apposant, une à une, des pièces de tôle prélevées sur des appareils de ventilation. «Ça a été un gros atelier de recherche et de développement… pour lequel on aurait dû avoir une subvention», dit encore Mario Lambert, en plaisantant.
Ce fut un gros, laborieux et coûteux chantier que la rénovation de ce bâtiment construit en 1958, admet Mario Lambert. «Je suis d’ailleurs responsable à 90% du report de l’ouverture. Je dirais même que je n’ai pas envie que ce soit fini pour l’inauguration, j’aimerais pouvoir le faire avec les gens.»
Le bâtiment s'est avéré une boîte de Pandore. «Quand on a abattu le premier mur, on a réalisé qu’il n’y avait pas d’isolation et que le mur comportait, jadis, quatre grandes fenêtres!»
Paul Chatman estime à 1,2 million $ les investissements qu’ont nécessité l’achat et l’aménagement du bâtiment dont on a refait, le système d’électricité, de chauffage. Et il a fallu renforcer la mezzanine.
«C’est toujours compliqué de travailler dans un bâtiment d’un certain âge. Et puis, les entrepreneurs ne sont pas nécessairement formés à travailler avec des matériaux de récupération. Ici, les gars ont appris qu'on pouvait construire en faisant autre chose que d’aligner des 2 X 4 l’un par derrière l’autre», dit Mario Lambert.
Originaire d’Asbestos, ayant grandi à Warwick, résidant toujours dans les Bois-Francs, le créateur (également peintre et pianiste) dit du bar l’Attraction qu’elle est son œuvre la «plus personnelle».
Parce qu’il a eu, pour ainsi dire, carte blanche. Et qu’il a pris plaisir à travailler avec des entrepreneurs d'ici, des plombiers, électriciens, menuisiers. «Tous des gens qui ont accepté de me suivre dans ma folie!»
De la façade extérieure jusqu'aux salles de toilettes, Mario Lambert, a, partout, donné sa touche écolo, par un éclairage plus efficace et moins énergivore et des appareils plus économes en eau.
Par son mobilier, certains accessoires, son «œuvre» marie les époques, la fin des années 1950 et la modernité, explique-t-il. Après tout, dit-il, il s’agit d’un lieu de rencontres, multiculturelles, à l’image de son ami Chatman.
Dans les salles de toilettes, la clientèle aura même des réminiscences de l’ancienne vocation du bâtiment. Pendant que monsieur urine, il pourra visionner des images de ce qu’était la banque autrefois. Et madame pourra s’amuser à compter, sur la surface du comptoir le nombre de sous noirs qui en composent le motif… Réponse ? 4 800, très exactement.