La valorisation de la profession d’enseignant
Auparavant dans nos villages et nos villes, quelques personnes étaient considérées comme des sages et consultées sur maints sujets : le curé, le notaire, le médecin et la maitresse d’école. Leurs études menant à ces fonctions et l’importance de leur activité pour la société en faisaient des sources de référence et des puits de conseils.
De nos jours, il y a de moins en moins de curés, les médecins sont archi occupés et les notaires ont vu leurs activités se modifier avec l’importance et la multiplicité des lois régissant nos vies. Qu’en est-il du maître d’école, l’enseignant?
Il suffit de mentionner que nous travaillons dans le domaine de l’éducation pour se faire servir, amicalement mais toujours avec un sourire narquois, que l’on fait une belle vie, que l’on a de longues vacances et que les profs n’enseignent que de 15 à 20 heures par semaine.
C’est là faire preuve d’un grand manque de connaissances de la complexité de la tâche d’un enseignant et en même temps c’est là une forme de dévalorisation de cette fonction.
Quel que soit le niveau d’enseignement, primaire, secondaire, collégial ou universitaire, au-delà de particularités importantes quand à l’encadrement, la surveillance des élèves, la recherche et autres, une base est la même : l’enseignement en classe.
Or cette partie visible, la présence en classe, ne représente que la pointe de l’iceberg. Avant de se présenter en classe, l’enseignant a dû étudier pendant de nombreuses années, il doit continuellement se mettre à jour et ce, quel que soit le domaine de son enseignement, et il doit préparer cours et autres activités pédagogiques tels laboratoires, sorties, évaluations formatives et sommatives, corrections d’examens ou de dissertations, etc.
Pour bien comprendre la lourdeur de la correction d’examens, prenons l’exemple d’un enseignant au niveau collégial qui enseigne à 4 groupes de 35 étudiants dans un cours spécifique durant un trimestre et qui leur demande un travail de session de deux pages sur un sujet. Dans sa correction, il lui faut donc discerner la profondeur de l’analyse, la précision de la synthèse, l’habileté à cerner rapidement le sujet en le présentant et la qualité de la présentation tant sur le fond que sur la forme y compris la qualité de la langue.
Pour se faire une idée de ce travail, demandons à quelques amis de nous décrire par écrit le même sujet. Nous trouverons rapidement qu’il y a répétition lors de notre lecture de ces textes et que nous pourrons difficilement déterminer la gradation de la qualité de ces écrits. Que ferions-nous si nous avions comme notre enseignant ci-dessus 140 textes à évaluer?
À cette tâche d’enseignement, il faut ajouter toutes les autres demandes de participation à des comités divers que ce soit par rapport aux rencontres avec les parents, à la promotion des programmes d’études ou à l’élaboration et l’évaluation de ces programmes.
Il faut aussi ajouter les réunions de départements afin de standardiser procédures et approches pédagogiques et échanger sur les stratégies d’encadrement des étudiants.
Il faut également consacrer le temps nécessaire pour la disponibilité aux étudiants et participer aux comités administratifs et pédagogiques convoqués par la direction. Ces multiples responsabilités sont lourdes, mais combien valorisantes quand on constate le succès de nos étudiants.
Comment se fait-il alors que plusieurs désertent l’enseignement après s’être préparés pendant de nombreuses années? Pourquoi les maisons d’enseignement se questionnent-elles sur leur capacité à remplacer les nombreuses personnes qui prendront leur retraite d’ici quelques années?
Le respect envers les enseignants est à mon avis à la base de cette problématique. Quand des parents critiquent les enseignants de leurs enfants au primaire et ce devant leurs enfants, quand ils incitent leurs enfants à ne pas perdre tant de temps avec leurs devoirs, comment veut-on que ces mêmes enfants respectent leurs enseignants en classe? Quand on lit dans les journaux que des parents se présentent à l’école et rudoient des enseignants, comment veut-on que ces enseignants se sentent respectés le lendemain par ceux qui ont été témoins de ces actes?
L’éducation est l’affaire de toutes et tous. Elle commence à la maison, se complète dans les réseaux d’éducation et se peaufine par notre expérience de vie. Si chacun de nous, dans notre milieu, avec nos enfants et nos proches, respecte et valorise le travail des enseignants, ces derniers auront moins de difficultés à se faire respecter en classe et pourront ainsi consacrer leur énergie à leur vraie fonction, la transmission de connaissances.
Le rôle que nous, chacun des parents, déléguons aux enseignants dans la poursuite de l’éducation de nos enfants ne mérite-t-il pas le plus grand respect? Ne leur confions-nous pas ce que nous avons de plus cher au monde? Ne devrions-nous pas former équipe avec ces mentors alors que nous attendons tellement d’eux
Si nous venons à manquer de personnes de valeur pour poursuivre cette mission, comment nous assurerons-nous comme société d’une évolution, d’une relève capable d’établir des relations saines et respectueuses et d’y apporter une valeur ajoutée?
Dans plusieurs états américains, des enseignes nous invitent à ADOPTER UNE PARCELLE D’AUTOROUTE. Au Québec, des artistes nous invitent à ADOPTER DES COURS D’EAU. Ne pourrions-nous pas ADOPTER UN ENSEIGNANT OU MIEUX L’ENSEIGNEMENT? et rétorquer à chaque personne qui se permet des remarques désobligeantes sur les enseignants de mieux se renseigner sur la diversité et l’importance de cette fonction. Il y va de l’avenir du recrutement de nos futurs enseignants et de l’avenir de la formation de nos enfants!
Normand W. Bernier, MBA, Adm.A.
Directeur général du cégep de Drummondville