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Couleur café colombien

Article mis en ligne le 9 avril 2008 à 14:03
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Couleur café colombien
Dans la MRC d’Arthabaska, après avoir reçu des réfugiés de plusieurs pays, nous entendons de plus en plus la langue espagnole des réfugiés colombiens. Nous dégustons leur café inéquitable «sans nom» jusqu’à ce que nous croisions leur regard. Venus du nord-ouest de l’Amérique du sud, ils s’appellent José Ricardo, Andrei, Olivain, Dubys, Maria, … Pourquoi sont-ils aussi nombreux? De sérieuses raisons les poussent à fuir leur pays natal et à tout laisser derrière eux.
La Colombie porte dans ses terres une tradition de violence, de tensions, de guerres civiles, de révolutions manquées et de programmes avortés. Après un siècle, la Colombie semble patauger dans le même marasme social. Néanmoins, durant la présidence d’Alfonso López Pumarejo et celle de son successeur Alberto Lleras Camargo (1942-1946), le «gouvernement sur le progrès social» (conditions de travail, lois sur la terre, etc.) cède sous la pression de propriétaires fonciers (autant libéraux que conservateurs). La répression reprend alors contre les travailleurs.

La décennie appelée «La violence» (1946-1957) fut la période la plus sanglante de l’histoire contemporaine de la Colombie. Une véritable guerre civile a fait plus de 300 000 morts et de nombreuses terres furent dévastées.

Les masses populaires, dirigées par Jorge Eliecer Gaitán, chef du parti libéral qui était dans l’opposition en 1948, sont sévèrement réprimées. Gaitán est assassiné le 9 avril 1948. À l’annonce de sa mort, des soulèvements populaires se répandent partout dans la Colombie, causant d’énormes dégâts matériels et emportant des milliers de vies.

Les propriétaires terriens conservateurs organisent des milices armées pour contrer les groupes armés libéraux et communistes. Le général Rojas Pinilla entreprend un coup d’état avec les classes économiques, les dirigeants conservateurs et libéraux.

Il amnistie les guérilleros libéraux, mais continue à réprimer les paysans «communistes» des régions. Comme Rojas accorde des privilèges aux militaires et moins aux industriels et aux banquiers, une grève survient et provoque sa chute en 1957.

La violence, omniprésente dans le pays, échappe au contrôle du gouvernement. Les deux partis (libéral et conservateur) instaurent le front national et décident que seuls les partis conservateur et libéral pourront être représentés au parlement et imposent l’alternance de 1958 à 1974.

Ce régime de démocratie contrôlée amène les autres partis à s’organiser alors en guérilla, menant un véritable combat contre le gouvernement.

Les principaux mouvements d’opposition armée d’obédience communiste sont l’ELN (Armée de Libération Nationale), l’EPL (Armée Populaire de Libération), les FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie), le M-19 (Mouvement du 19 avril) alors que les deux mouvements d’opposition légale sont le MRL (Mouvement Révolutionnaire Libéral) et l’ANAPO (Alliance Nationale Populaire).

La Colombie s’enlise lentement dans une guérilla et un statut d’alternance politique de façade. Dans les années soixante, la guérilla, surtout la rurale, entre dans les villes avec l’avènement du M-19.

De 1979 jusqu'à 1982, la lutte entre l’armée et les guérilleros est terrible, avec sa longue liste d’assassinats, de détentions arbitraires, de tortures, etc. L’état s’appuie sur le «statut de sécurité» mis en place par le président Julio César Turbay (1978-1982) qui abolit les droits des suspects.

En 1982, le conservateur Belisario Betancourt cherche le dialogue avec les mouvements d’opposition armée. De nombreux amnistiés des FARC et du M-19 sont ensuite exécutés par l’armée qui bloque ainsi le processus de pacification, afin de maintenir leur pression sur la politique. Malgré tout, les FARC acceptent de participer à la vie démocratique du pays en formant l’Union Patriotique (UP).

En 1985, le M-19 prend en otage plusieurs magistrats avec l’accord du cartel de la drogue. La riposte armée est un véritable massacre qui cause une centaine de morts dans le palais de justice.

En 1990, le président César Gaviria réforme la constitution colombienne qui est adoptée en 1991. Elle n‘est pas pour autant un remède miracle pour la paix ; la corruption touche tous les aspects du pouvoir. En 1998, le président Pastrana aggrave la situation, en accordant aux FARC un territoire grand comme la Suisse où l’armée n’interviendra pas au cours de quatre années de tables rondes de négociations. Les FARC sont lancées en toute impunité dans la production et le trafic de drogue.

Le gouvernement déclare la guerre aux FARC en février 2002 après avoir scellé un terrible accord avec les États-Unis en 2000 : le fameux PLAN COLOMBIE qui, huit ans plus tard, se traduit par une croissance sans précédent de champs de coca (plus de 26% de cultures, alors que ceux-ci seraient officiellement fumigés).

En 2002, Alvaro Uribe est élu avec un discours de fermeté, d’autorité et de pouvoir vis-à-vis des guérillas. Fini le dialogue, place à la guerre, avec l’appui logistique et financier des États-Unis. Depuis, les confrontations militaires se multiplient.

Les FARC détiennent 3 mille otages dont Ingrid Bétancourt, qui, lors de sa séquestration, se présentait comme présidente du parti vert, pour entre autres choses, offrir l’éducation gratuite. Les FARC échangent des otages contre certains de leurs dirigeants détenus par les autorités colombiennes et contre des rançons.

Enrôler des enfants et tenir des camps de concentration est d’usage pour tous les groupes armés illégaux. En moyenne, un massacre par jour a lieu envers des communautés paysannes. D’autres groupes de guérillas sont aussi actifs, dont les forces paramilitaires liées à l’état et aux intérêts de Washington.

Les paramilitaires, encouragés et autorisés par le gouvernement, sont les groupes les plus cruels dans la vie violente de la Colombie. Eux luttent contre la guérilla, mais c’est la population qui leur sert d’otage.

Ils se définissent eux-mêmes comme des agents de l’ordre privé, visant à faire un «nettoyage» social à tort ou à raison. Ces groupes paramilitaires organisent leurs rafles nocturnes et massacrent impitoyablement leurs victimes. On estime que ces milices font dix fois plus de morts dans la population que la guérilla, mais leurs meurtres ne soulèvent pas l’indignation du gouvernement ni de l’opinion publique.

Malgré un accord de paix signé en juin 2005, le nombre de paramilitaires est toujours très élevé. Les saccages et les déplacements forcés sont loin d’être terminés et il existe encore bel et bien une guerre d’extrême droite à l’échelle du pays.

Aujourd’hui, les chiffres ne trompent pas : à peine 2% des propriétaires possèdent quelque 80% des terres. Malgré tous les discours, la réalité brute donne à penser que la «loi de justice et de paix» d'Uribe votée en 2005, est une farce, parce que certains ne se désarment pas pour autant.

Pourtant, d’aucuns proclament que cette loi ne fait que légaliser ces mouvements d’extrême droite. Soutenus par les milices privées, les grands propriétaires terriens continuent d’exproprier les petits paysans sur la côte Pacifique par exemple. Quatre à six millions d’hectares appartiennent désormais aux paramilitaires.

En 2004 en Colombie, on comptait plus de trois millions de déplacés, 22 000 homicides (sans compter les disparus) et un taux de pauvreté atteignant 64% de la population.

Tout colombien a été touché de près ou de loin par la disparition d’un être cher, d’un fils, d’un mari, d’un père, d’un ami, etc. La vie quotidienne pour beaucoup de gens en Colombie est entourée d’une multitude de préoccupations, de menaces et de morts. Il n’y a pas de guerre civile ouverte ni de guerre avec l’étranger, mais il est clair que la population est la cible de cette guerre sans raison.

Il parait évident que la Colombie est à un tournant de son histoire, après des années de tourmente ayant fait plus de 200 000 morts.

Dans un tel contexte, il est très facile de comprendre pourquoi tant de colombiens sont réfugiés ici. Nous sommes chanceux de vivre en paix. Saluons la force et le courage des réfugiés colombiens, par la langue universelle du sourire.

Cette chronique est réalisée grâce à l’appui financier du «Programme d’appui aux relations civiques et interculturelles» du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles.

Julie Morin avec la collaboration de José Ricardo Delgado Abril et Andrei Parejo Ebratt

Solidarité Nord-Sud des Bois-Francs et Association Colombiens Bois-Francs

Sources : «50 ans de guerre en Colombie», www.mondediplomatique. fr

Amnesty International, Massino Panzino, militant pour les droits humains en Amérique Latine, Petit futé/Colombie

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